INSTINCT D'IMITATION
quand on se trouve en présence de délits ou même de crimes se rattachant aux choses sexuelles, d'examiner l'état mental des prévenus.
L'instinct d'imitation existe chez les idiots simples et est surtout développé chez les imbéciles, mais il est loin d'être aussi fort qu'on a coutume de le dire. Ainsi que le remarque Séguin, l'imitation est le dernier mot de l'action musculaire. Or, les idiots sont maladroits, nous l'avons déjà dit, ils commandent mal à leurs muscles, ne savent pas s'en servir. Comment donc pourraient-ils imiter convenablement ce qu'ils voient faire? On sait, d'autre part, le rôle que peut jouer l'imitation dans l'éducation des enfants, et on ne manque pas de l'utiliser chez les idiots. Mais on est loin de constater d'aussi bons résultats chez les idiots et les imbéciles que chez les enfants normaux, ce qui ne peut s'expliquer que de deux façons, ou que le rôle de l'imitation dans l'éducation n'a pas l'importance qu'on lui attribue, ce qui est faux, ou que l'instinct d'imitation des idiots n'est pas aussi développé qu'on le dit.
En quoi donc diffère le rôle de l'imitation dans l'éducation des enfants normaux et des idiots? En ceci, à notre avis, que chez les idiots, l'imitation est automatique, tandis que chez les enfants normaux elle est accompagnée de la compréhension de l'acte imité.
On observe chez les enfants qu'ils imitent les actes et les paroles des grandes personnes, surtout dans leurs jeux. Ils entrent alors tellement dans la peau de leurs personnages que non seulement ils en reproduisent les gestes, mais encore des raisonnements qu'ils ne s'appliqueraient pas à euxmêmes en pareille circonstance. Il n'y a donc pas seulement imitation de l'acte présent, mais aussi de l'acte passé, des
idées exprimées antérieurement, grâce au souvenir. L'idiot, lui, ne joue guère, et sa mémoire est faible; il ne peut donc pas s"inculquer par l'imitation et la répétition de ce qu'il a entendu dire ou vu faire, les idées qu'on a émises devant lui ou la conduite qu'il a vu tenir.
L'imitation, pour porter ses fruits, a besoin chez l'enfant de se reproduire un grand nombre de fois. De plus, elle se produit surtout sous l'influence de l'acte présent, plus que par le souvenir ; mais, malgré cela, rien n'est plus faux que de dire que les idiots sont imitateurs comme le singe.
Seguin i avait déjà remarqué au contraire qu'ils n'ont souvent ni le goût, ni la possibilité de l'imitation, soit à cause de l'instabilité de leurs organes, soit à cause de leur difficulté d'attention, soit à cause de leur faiblesse de volonté, et que ce sont plutôt les imbéciles qui en sont doués. 11 faut d'ailleurs, pour imiter, que l'on ait la notion des diverses parties de son corps et beaucoup d'idiots ne l'ont pas. S'ils imitent, c'est donc tout à fait inconsciemment, et, partant, sans grande utilité. Pour imiter vraiment, il faut une certaine dose d'intelligence, comprendre ce qu'il y a d'intéressant dans un acte et avoir un motif pour le reproduire. Il faut que cet acte attire suffisamment l'attention de l'idiot pour déterminer chez lui une idée qui s'exprime par un mouvement analogue à celui qui s'est produit devant lui. Or, nous avons vu quels troubles présente l'attention chez l'idiot et chez l'imbécile. Ne comprenant pas la portée de ce qu'il voit, l'idiot n'éprouve pas le besoin de le reproduire. Son imitation, quand elle a lieu, se fait donc en quelque sorte à son insu, de la même façon dont inconsciemment on imite les jeux de physionomie d'un interlocuteur ou d'un acteur.