INSTINCT D'IMITATION
L'imitation chez l'idiot et chez l'imbécile nous paraît donc avoir pour principal caractère d'être un acte auquel l'intelligence ne participe que peu ou point. Le profit qu'on peut en tirer pour l'éducation consiste donc surtout à obtenir la reproduction en quelque sorte automatique d'actes semblables à ceux qu'on aura maintes fois exécutés devant eux, sans grand espoir de les voir interpréter, et, par conséquent, transformer suivant les circonstances particulières réclamant leur modification. Chez l'idiot, c'est là un fait presque constant, et qui n'a pas lieu de surprendre. Mais chez l'imbécile, on observe en outre que lorsqu'il cherche à modifier un acte appris par imitation, il le fait d'ordinaire d'une façon maladroite et qui montre bien qu'il n'a pas du tout saisi le but et la raison de l'acte qu'il imite. Ce fait déjà frappant chez lui pour les acles, le devient encore plus peur les idées, et lorsque dans la conversation il se croit, comme c'est le cas le plus fréquent, de l'esprit et veut en faire montre, il se livre à une série de coq-à-1'âne qui égaient souvent fort la société où il se trouve.
Chez l'imbécile, l'imitation, comme tout le reste, est dirigée vers ce qui est mauvais ou malfaisant. — Chez les idiots, on observe surtout l'imitation des actes, beaucoup moins celle des paroles, des idées, sauf chez ceux d'un degré un peu supérieur. Mais les actes répréhensibles, les paroles obscènes, grossières, ne sont pas, en général tout au moins, imités de préférence à ceux qui sont indifférents. Les imbéciles prennent au contraire bien plus facilement les manières des gens grossiers et mal élevés. S'ils paraissent se tenir assez convenablement, quoique pas toujours, au miieu de gens convenables, ils sont dans un état de contrainte et reprennent vite leurs tendances dès qu'ils ont changé de milieu. Ils apprennent avec une facilité étonnante les termes
d'argot, se donnent des airs de voyous ou de filles publiques, et ce qu'il y a de plus particulier, c'est qu'ils s'en font gloire. Il faut du reste remarquer que cette tendance s'observechezun certain nombre d'enfants, d'ailleurs intelligents, mais d'un caractère faible et facilement entraînables. Or, les enfants convenables, bien élevés, ayant de bons sentiments, et surtout des sentiments de leur âge, ne cherchent pas à imiter de telles manières et à en tirer vanité Mais ceux qui ont de mauvais instincts, qui sont vicieux, qui sont plus avancés que leur âge ne le comporte, qui cherchent à imiter les grandes personnes dans ce qu'elles ont surtout de mauvais, ceux-là essayent d'entraîner les autres en leur faisant entrevoir des satisfactions qui les tentent, mais qu'ils ne peuvent se procurer seuls. Ce sont donc toujours les sentiments malsains, bas, grossiers, qui ont le plus de chances de frapper les esprits faibles. Rien n'est plus facile à entraîner qu'un imbécile. Le raisonnement le plus saugrenu soutenu avec autorité et conviction suffit à le décider.
Lorsque l'indiscipline se met parmi les imbéciles dans une section dhospice, elle se propage avec une remarquable rapidité. Très poltrons généralement quand ils sont isolés, ils ne reculent devant rien quand ils sont en groupe, et souvent, sans savoir de quoi il s'agit, ils se mettent à crier, à frapper, parce qu'ils ont vu les autres crier et frapper. De plus ils se mettent toujours du côté du plus fort, et nous aurons lieu d'y revenir lorsque nous analyserons leurs sentiments moraux.
Il y a encore une chose qui est plus spéciale aux imbéciles et qui n'est du reste qu'une perversion en quelque sorte de leur instinct d'imitation, c'est la simulation; simulation grossière et maladroite, bien entendu, mais qui montre bien la perversion de tous leurs sentiments. Ce besoin de simu-