‹ Psychologie de l'idiot et de l'imbécile (volume 2)Chapitre 72 sur 213 · DES SENTIMENTS · texte numérisé non relu

DES SENTIMENTS

SOMMAIRE : Des divers ordres de sentiments. — Plaisir et douleur. — Sentiments affectifs . — Pleurs, rire. — Passions. — Attachement, amitié, amour. — Affectivité pour les animaux. — Commisération. — Crainte. — Courage. — Colère. — Reconnaissance.

— Sentiments sociaux. — Protection. — Solidarité. — Propriété. — Vol. — Travail. — Paresse. — Sentiments moraux. — Droit et devoir. — Remords. — Récompenses et punitions. — Religiosité. —

— Sentiments de famille. — Pudeur. — Timidité. — Modestie. — Vanité. — Coquetterie. — Sentiments esthétiques. — Sentiments intellectuels. — Étonnement. — Curiosité. — Crédulité. — Véracité. Mensonge. — Ruse. — Physionomie. — Microcéphales. — Hydrocéphales. — Myxcedémateux, leur caractère. — Imbéciles, leur caractère.

(( L'appétit est l'essence même de l'homme, a dit Spinosa, elle désir, c'est l'appétit avec conscience de lui-même. » Satisfait, le désir produit une émotion de plaisir ; contrarié, une émotion de peine. Plaisir ou douleur, voilà les émotions fondamentales liées à tout phénomène affectif, et pour nous tous les sentiments dérivent des sentiments affectifs.

Nous examinerons donc ces premiers sentiments avec les émotions et les passions qui s'y rattachent. Les sentiments affectifs nous conduisent tout naturellement aux sentiments sociaux. Mais ceux-ci ont d'autres attaches, et si les sentiments affectifs sont la première condition de leur naissance, les sentiments moraux sont la condition non moins néces-

saire de leur maintien. La société repose en effet sur la propriété, de quelque espèce qu'elle soit, et pour l'acquérir, il faut développer une certaine activité, produire un travail qui se manifeste différemment suivant les époques elles civilisations, mais qui existe partout et toujours. Tout ce qui viendra dans une société troubler ce rapport fondamental entre le travail et la propriété acquise, sera mal et injuste. Tout ce qui le fortifiera sera Lien et juste. La famille et les sentiments qu'elle détermine étant le point de départ de la société, se rattachent tout naturellement à l'étude des sentiments moraux. Mais pour les entretenir, les hommes n'ont pas cru que les sentiments naturels fussent suffisants non plus que leur intérêt Lien entendu, et plus la société s'est développée, plus l'intérêt général a cédé la place à l'intérêt particulier. Pour chercher à maintenir l'état normal, on a recouru à d'autres moyens, la récompense et le châtiment, et ces moyens même ne suffisant pas, on s'est servi des moyens surnaturels ou prétendus tels. L'ignorance où on était des grands phénomènes de la nature rendait la chose facile et peu à peu les religions se sont formées, qui aboutirent à des conceptions idéalistes dont on commence à peine aujourd'hui à voir l'inanité. Les sentiments religieux qui ne sont qu'une conséquence du raisonnement humain ne sont donc pas des sentiments naturels. Aussi tandis qu'on voit la disparition des autres sentiments pouvoir former des états morbides spéciaux, celle du sentiment religieux n'a jamais donné lieu à aucune forme pathologique. Une fois la société constituée, l'intérêt n'a pas été le seul but. Le besoin s'est fait sentir de satisfactions générales, les sentiments esthétiques se sont développés et enfin les sentiments intellectuels, supérieurs à tous.

Il va sans dire que tous ces sentiments se sont plutôt dé-

veloppés parallèlement que successivement, mais si Ton considère l'évolution de l'enfant, on voit qu'ils se sont néanmoins présentés avec une prédominance de plus en plus grande dans l'ordre que nous indiquons. C'est encore plus frappant chez l'idiot et nous chercherons à le démontrer dans les pages qui vont suivre, en même temps que nous tenterons d'établir aussi quels sont les sentiments primaires et secondaires de l'esprit humain. Il est possible que Tordre que nous donnons ici ne soit pas admis en général; il nous a cependant paru le plus rationnel et reposer sur l'évolution même de l'esprit de l'enfant, et de cet être qui reste toute sa vie pire qu'un enfant, de l'idiot.

La vie affective ne consiste pas au fond dans le plaisir et la douleur. Ce ne sont là, avons-nous dit, que des effets, des signes qui montrent que certains appétits ou penchants sont satisfaits ou contrariés. Aussi nous avouons ne pas bien saisir la théorie de M. Paulhan 1 qui voit dans tous les phénomènes affectifs le résultat de l'arrêt d'une tendance. Mais passons.

Chez l'idiot complet, les sentiments et les émotions peuvent être nuls, même les sentiments affeclifs les plus élémentaires. Et quand on songe que ces êtres sont incapables de reconnaître ce qui se passe autour d'eux on n'en sera pas surpris. Toutefois, même chez les plus dégradés on peut observer quelquefois des mouvements de plaisir ou de douleur, de joie ou de tristesse, de colère aussi, provoqués par des sensations physiques. Ils agissent en cela comme les jeunes enfants. « Les plus vifs sentiments de l'enfant, dit Perez2, sont longtemps ceux qui se rapportent au goût. Le

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