COMMISÉRATION
l'amour existe chez eux. Chez les filles il en est de même, et leur instinct sexuel étant aussi très développé, elles parlent d'amour très facilement et jouent leur rôle au sérieux. — Un sentiment corrélatif de l'amitié et surtout de l'amour, c'est la jalousie. Or il est remarquable qu'on ne l'observe pas, et c'est une preuve que leurs sentiments affectifs ne sont pas très développé?, ou sont pervertis. Chez les idiots, au contraire, nous avons vu que la jalousie se manifeste souvent à l'égard des frères et des sœurs.
Le sentiment de la commisération est un sentiment qui marque un grand progrès vers la sociabilité. Il prouve que l'homme sait ce que vaut son semblable; car, pour comprendre la valeur d'un homme et l'utilité qu'il y a à l'aider, à le soulager, à le soigner, il faut réfléchir sur soi-même, se connaître, savoir que les autres hommes sont nos semblables et nous valent.
La commisération est-elle un sentiment complexe ou simple? Est-elle primitive, spontanée, naturelle à l'homme ? Ou dérivet-elle du besoin de réciprocité? Est-ce de l'intérêt bien entendu, forme intelligente de l'égoïsme? Ce qui se passe chez les êtres inférieurs que nous étudions en ce moment va peutêtre nous éclairer un peu.
L'idiot profond est impassible devant une personne qui souffre. Il ne comprend pas. L'idiot d'un degré plus élevé est étonné; il regarde et instinctivement se met à imiter les grimaces de celui qui souffre. L'idiot léger semble prendre plaisir à voir souffrir un de ses camarades. Les deux dernières catégories nous fournissent un spectacle bien instructif. On sait aujourd'hui l'important rapport qui existe entre les jeux de physionomie, les attitudes passionnelles et les mouvements de l'âme.
Les idiots essentiellement automates reproduisent les jeux de physionomie exprimant la souffrance; mais ceux-ci n'éveillent pas chez lui les sentiments corrélatifs faute de développement et de puissance intellectuels. Mais il est déjà permis de supposer que c'est en éveillant chez nous des sentiments analogues à ceux qu'éprouvent les personnes qui soutirent que la commisération se présente à notre esprit par un raisonnement égoïste très simple, consistant à se dire que si on éprouvait ce que l'individu qu'on voit exprime, on souffrirait et désirerait être soulagé. Mais, chez l'idiot, ceraisonnement ne se fait pas et il reste indifférent. Il ne peut s'élever qu'à un raisonnement encore plus simple, mais beaucoup plus égoïste, à savoir qu'en comprenant que l'autre souffre, il se rend compte que lui ne souffre pas. Dès lors il s'en réjouit.
Chez l'imbécile on peut faire des remarques analogues, mais avec quelques différences. Si l'imbécile voit son camarade souffrir d'un accès, par exemple, sa physionomie exprime l'effroi, mais non la commisération. Si son camarade est puni, l'imbécile prend son parti, lance des regards furieux à celui qui vient de le punir. Il y a là une certaine marque de solidarité, germe des instincts sociaux. — Si deux de ses camarades se battent brutalement, il suit la lutte avec intérêt, il est même heureux, se frotte les mains, et semble se féliciter d'être à l'abri des coups qui s'échangent. On est couramment témoin de ces faits dans les services spéciaux.
Quel enseignement pouvons-nous tirer de ces diverses circonstances? Dans le premier cas, comme chez l'idiot, nous ne voyons la douleur d'autrui ne déterminer qu'une chose, l'étonnement et la crainte. L'imbécile ne pense pas qu'il peut lui en arriver autant : dès lors, il n'a pas de pitié. S'il prend, dans le second cas, parti pour son camarade, est-ce bien