‹ Psychologie de l'idiot et de l'imbécile (volume 2)Chapitre 79 sur 213 · IRASCIBILITÉ · texte numérisé non relu

IRASCIBILITÉ

mieux lui conserver son auréole que de le ramener à ce qu'il .est sans doute dans la réalité.

Le courage réfléchi, qui est peut-être plus rare qu'on ne croit, est le fait d'une intelligence forte, qui comprend le danger, mais a confiance dans son énergie pour le vaincre, ou obéit à des sentiments d'ordre très élevé pour le mépriser. Aussi peut-il être allié à une très grande timidité. Les hommes vraiment courageux ne s'en vantent guère. Les imbéciles au contraire, qui ne se rendent compte de la valeur de leur acte que par les félicitations et les encouragements qu'ils reçoivent, s'en targuent d'autant plus qu'ils ont eu moins conscience de ce qu'ils faisaient. Il en est du reste bien souvent de même chez des gens qui ne sauraient, en aucune façon, passer pour des imbéciles.

L'impulsivité et l'irascibilité sont des apanages des races inférieures et se retrouvent chez l'enfant. Les idiots les présentent aussi communément. Ou bien ils ont une apathie extraordinaire, ou bien ils ont des impulsions. La colère est de bon aloi chez un enfant lorsqu'elle a un motif, mais, chez l'idiot, elle est le plus souvent sans raison et d'une violence extrême. Ils se roulent à terre poussant des cris, brisant tout, deve nant bleus. Quelquefois même ces accès de colère chez les jeunes amènent à leur suite des convulsions, des suffocations.

Les accès de colère chez les idiots et les imbéciles sont très communs et s'observent souvent à un âsre très bas. C'est presque un symptôme d'instabilité mentale. Ils s'observent du reste chez beaucoup d'enfants qui ont des tares nerveuses et deviendront plus tard des névropathes ou des psychopathes à un titre quelconque.

Mais entre les idiots et les imbéciles se remarquent ton. jours ces différences sur lesquelles on ne saurait trop in-

sister au point de vue social. Dans ses accès de colère, l'idiot se fait du mal à lui-même, il trépigne, fait des grimaces, agite violemment la tête et se mord souvent les doigts de la main gauche, tandis qu'avec la droite il frappe ce qui l'entoure et se donne des coups de poing. Il casse des carreaux et se fait souvent de graves blessures. C'est surtout aux objets inanimés qu'il s'en prend.

L'imbécile s'attaque surtout aux personnes. Il est méchant dans ses colères. Il cherche à faire du mal aux autres, quitte à s'en faire à lui-même. Il porte de mauvais coups à ses adversaires. Quand il est mis dans l'impossibilité de nuire, il écume de rage, la face est violacée; il a de véritables convulsions quelquefois. Comme le remarque Griesinger, et comme nous avons été à même de l'observer plusieurs fois, ces accès de colère peuvent aller jusqu'à constituer un véritable accès de manie.

La base de la société est le sentiment de la propriété, sans lequel la satisfaction des besoins naturels n'est pas assurée. La sauvegarde des acquisitions faites pour obtenir cette satisfaction est donc la condition première de la vie en commun. Mais on a à se défendre contre la nature et les animaux d'une part, et d'autre part contre l'homme. Dénué de toute protection naturelle, l'homme n'a de force qu'en s'unissant à l'homme pour lutter. Mais, pour rester unis dans cette lutte, il faut la réciprocité, c'est-à-dire un contrat, tacite ou non. Il faut que chacun sache qu'il peut compter sur les autres non seulement pour le défendre, mais pour ne pas être attaqué à son tour par les autres. C'est ici que l'intérêt intervient. L'homme ne secoure l'homme que parce qu'il sait qu'un jour viendra où il aura lui aussi besoin du secours de ses semblables. Ce sentiment de la réciprocité dans la

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