SENTIMENTS SOCIAUX
défense, c'est, nous semble-l il, la base du droit et du devoir, et il n'est pas besoin pour les expliquer d'aller cbercher bien haut dans les sphères élevées de la morale ou de l'intelligence. Il suffit de considérer l'homme avec ses besoins physiologiques et l'intérêt qu'il a à tout faire pour les satisfaire. Et la meilleure preuve qu'il ne faut pas voir dans ces sentiments sociaux antre chose qu'un des modes de l'intérêt, c'est que, dès que l'homme, seul ou en groupe, se sent le plus fort, il attaque celui qui possède ce qu'il convoite. Cette lutte n'est plus de mise, aujourd'hui, d'homme à homme et cela constitue un vol ou un crime. Mais, de groupe à gourpe, elle existe toujours, que ce soit sous forme de société financière, ou de guerre civile, ou de guerre internationale.
Si nous avons dû exposer en peu de mots la genèse des sentiments sociaux que nous croyons la plus simple pour expliquer l'évolution de la société humaine, c'est que l'idiot et l'imbécile, qui nous représentent les types les plus inférieurs de l'humanité, vont sans doute nous permettre de retrouver quelques sentiments sociaux à l'état primitif et rudimentaire, tels par conséquent que devaient les éprouver nos premiers ancêtres. Car on a l'habitude dans la morale spiritualiste de considérer l'homme actuel et non l'homme passé, et d'oublier par quelles séries de transformations psychologiques, modifiées d'une part par les événements, et maintenues de l'autre par l'hérédité, il a dû passer depuis son origine, où, avec un langage primitif, comme celui qu'on retrouve encore chez certaines peuplades, il était plus rapproché du singe que de l'homme actuel.
La société n'a été vraiment constituée que lorsqu'il y a eu de l'industrie et du commerce, cessation de la vie errante et formation de la cité. Or, pour l'industrie et le com
merce, la première condition, c'est le travail. Tout individu ne pouvant ou ne voulant pas travailler devient dans une société un être inutile et par conséquent nuisible, car il absorbe à son profit des forces qu'il immobilise et qui sont perdues pour ceux qui en auraient le plus besoin.
Nous sommes donc amenés à examiner le sentiment de la solidarité et de la propriété, puis le goût du travail et la paresse. Nous verrons ensuite quelle idée nos sujets se font du droit et du devoir, de la récompense et du châtiment, quels sont leurs sentiments familiaux.
Pour ce qui concerne le sentiment de la solidarité, nous n'avons pas même à rechercher s'il existe, à quelque degré que ce soit, chez les idiots incurables où il est totalement absent. Chez les idiots attentifs, curables, nous avons vu, à propos de l'affectivité pour les personnes, que l'idiot ne paraît pas comprendre la souffrance de son semblable. Or, pour être solidaire, la première condition est évidemment de s'apercevoir que les autres hommes sont nos semblables au moral comme au physique. Nous avons même vu qu'en général un idiot aime à voir un de ses camarades recevoir des coups. La solidarité, le sentiment qu'on aide les autres et qu'onen sera aidé semble donc des plus rudimentaires. Il est juste d'ajouter que le milieu dans lequel ils vivent, les conditions de facilité qu'on donne à leur existence, vu leur incapacité d'y pourvoir eux-mêmes, ne sont pas faites pour développer ces tendances, si elles existent.
C'est chez l'imbécile que nous voyons apparaître la première fois le sentiment de la solidarité. Mais c'est en s'insurgeant contre la sociélé que nous le voyons se montrer. Ce n'est pas pour aider un camarade à faire quelque chose de bien ou d'utile, c'est pour se venger d'une entrave mise