‹ Psychologie de l'idiot et de l'imbécile (volume 2)Chapitre 81 sur 213 · SENTIMENT DE LA PROPRIÉTÉ · texte numérisé non relu

SENTIMENT DE LA PROPRIÉTÉ

à ses mauvais instincts et à ses actes nuisibles. C'est contre le maître qui les punit que les imbéciles se liguent ; c'est pour faire un mauvais coup qu'ils se prêtent un mutuel appui. C'est encore pour défendre l'ami contre nature qu'ils témoignent de leur esprit de solidarité. Nous retrouvons là toujours l'imbécile comme un anti-social, mettant le peu d'intelligence qu'il a au service d'une mauvaise cause, les sentiments sociaux rudimentaires qu'il a se trouvant faussés dès leur apparition.

L'amour de la propriété, pour rester estimable, doit être allié à un respect non moins grand de la propriété d'autrui. — Les idiots inférieurs — les incurables laissés de côté — ne paraissent avoir aucune idée de ce sentiment. On les voit aller, venir, s'agiter, toucher à tout ce qui tombe sous leur main, le mettre dans leur poche et se fâcher si on veut le leur retirer. Ils font là, mais à un âge beaucoup plus avancé, ce que font des enfants de deux ans, avec cette différence toutefois qu'à vingt mois un enfant sait déjà ce qui appartient à lui et aux autres. — Chez les idiots les plus élevés, ce sentiment atteint souvent un grand développement. Ils ont les poches toujours pleines de bouts de bois, de ficelles dont ils ne se servent jamais, mais qu'ils tiennent à garder. La satisfaction immédiate de leur désir prime toute autre considération, aussi lorsqu'ils rencontrent quelque objet à leur convenance ne se font- ils pas faute de se l'approprier ; et comme ce qui les touche le plus, c'est la nourriture, c'est ordinairement la part d'aliments ou de vin de leurs camarades qui est l'objet de leurs larmes. Il y en a cependant qui ont une propension toute spéciale au vol. Mais chez aucun plus que chez les imbéciles nous ne voyons cette propension plus développée et acquérant même le caractère impulsif qui lui a

fait donner le nom de kleptomanie. Il est rare cependant que ce soit une vraie kleptomanie qu'on rencontre, car il est à remarquer que ce qu'on a regardé comme les stigmates psychiques des dégénérés héréditaires se rencontre beaucoup plus rarement chez les dégénérés profonds que chez ceux qui sont plus légèrement atteints. Ce qu'on rencontre chez eux, c'est le vol fréquent, habituel, inconscient ou déterminé, mais non impulsif. 11 en est qui volent à toute occasion : gâteaux aux fêtes, fourchettes et couteaux au réfectoire, cahiers en classe, morceaux de cuir, de bois, de fer à l'atelier, en un mot tout ce qui est à leur portée, sans but, sans utilité, mais aussi sans impulsion. Il en est d'autres, plus nombreux, qui volent pour se procurer un objet qui les tente. Le mobile de leur vol est celui des criminels vulgaires, avec lesquels du reste ils forment une vaste famille dont ils sont les représentants les moins bien partagés peut-être au point de vue de l'intelligence, mais non des mauvais instincts. Mais s'ils n'ont pas le respect de la propriété d'autrui, ils ont le sentiment de la leur propre, et ils la défendent énergiquement, âprement. Ils ont l'amour de la propriété et peut-être faut-il voir dans son intensité la cause de la faible résistance qu'ils offrent à violer celle des autres. Ils appliquent en tous cas la théorie qu'on a faussement tirée de Proudhcn, que la propriété c'est le ko\. Nous voyons en tous cas, que, chez eux, le sentiment de la propriété est faussé comme tous les autres puisque le respect du bien d'autrui est en raison inverse de l'amour qu'ils ont du leur.

A côté du sentiment et du respect de la propriété, il est une autre condition d'une société bien équilibrée; c'est celle même de l'acquisition de la propriété, à savoir le travail. Il n'y a pas lieu de nous en occuper chez les idiots incu-

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