‹ Psychologie de l'idiot et de l'imbécile (volume 2)Chapitre 82 sur 213 · TRAVAIL ET PARESSE · texte numérisé non relu

TRAVAIL ET PARESSE

râbles. Chez les idiots curables la paresse est la règle et a besoin d'être continuellement secouée. « L'extrême paresse, dit Morel, est peut-être le moindre défaut de ces malades; laissés à eux-mêmes, ils n'ont aucune initiative, ils resteront étendus au soleil, se vautreront dans la boue et ne se réveilleront que pour manger. » Nous ajouterons qu'il n'y a pas lieu de s'en étonner. Le défaut d'attention de ces malades les empêche de s'intéresser à quoi que ce soit et les laisse plongés dans la vie végétative; sans imagination, sans préoccupation de l'avenir qu'ils ignorent, ni souvenir du passé, ils n'éprouvent pas le besoin de l'activité. Mais est-ce là de ia vraie paresse? Non. Le vrai paresseux n'est pas celui qui ne fait rien parce qu'il ne sait pas qu'il y a quelque chose à faire, ou ne le comprend pas, c'est celui qui, le sachant et le comprenant, refuse de le faire.

Eh! bien, l'idiot n'est pas paresseux si nous entendons ainsi la paresse. On n'a qu'à lui commander, et il travaillera tant qu'on lui commandera. Il aime même à faire des corvées. Il parait très fier de la confiance qu'on lui témoigne ainsi.

Tout autre est l'imbécile qui est essentiellement paresseux. C'est avec toutes les peines qu'on le décide à travailler, et encore n'est-ce que par l'appât du gain ou la crainte d'une privation de plaisir ou d'une punition. Cette antipathie pour le travail est la cause de tous les méfaits qu'ils commettent dans la société qui a, avec sagesse, formulé le proverbe, que la paresse est la mère de tous les vices.

On se rend bien compte de cette différence entre les idiots et les imbéciles dans des ateliers comme ceux de Bicêtre où ils travaillent côte à côte. Les idiots une fois dressés à un certain travail — et le fait de travailler marque chez eux une grande amélioration — le font consciencieusement, plus ou moins adroitement, cela va sans dire, ne faisant preuve

d'aucun esprit d'initiative et routiniers par excellence. Une fois un certain degré d'habileté obtenu, il leur est impossible de faire aucun progrès, mais ils se maintiennent au même niveau. Quand ils se trompent, c'est par défaut d'attention ou de mémoire.

L'imbécile, lui, outre qu'il est un ferment d'indiscipline partout où il se trouve, a la prétention de bien faire, prend une initiative fâcheuse, se dégoûte vite de sa besogne, voudrait toujours faire celle de son voisin. Il a l'air quelquefois de comprendre assez vite ce qu'on veut obtenir de lui. Sur ces apparences trompeuses on le laisse livré à lui-même et 'on ne tarde pas à s'apercevoir des sottises qu'il commet avec un aplomb imperturbable. Il n'a du reste aucun goût dans son travail.

Avec son instabilité mentale caractéristique, il voudrait sans cesse changer de métier, n'étant jamais satisfait de celui qu'il fait dans le moment présent.

Là, comme toujours, plus que jamais, l'imbécile se montre un antisocial et est, par là même, dangereux. Livré à lui-même, sans direction, sans travail obligatoire, l'idiot reste inoffensif et indifférent à ce qui l'entoure. L'imbécile, lui, a une imagination qui travaille, avec, en plus, des mauvais instincts à son service. Le résultat, c'est un jour ou l'autre quelque attentat contre la société. Il n'y a pas lieu de leur en vouloir sans doute, mais il y a lieu de les traiter comme dangereux et nuisibles.

Le travail est, en effet, le meilleur moyen de contention morale et le plus utile au point de vue social pour ces dégénérés, pour ceux surtout qui sont hospitalisés et qui, coûtant à entretenir, doivent au moins, dans la mesure du possible, compenser les dépenses qu'on fait pour eux. Aussi est-il étonnant de voir les critiques lancées contre les ré-

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