‹ Psychologie de l'idiot et de l'imbécile (volume 2)Chapitre 83 sur 213 · HOSPITALISATION DES IDIOTS · texte numérisé non relu

HOSPITALISATION DES IDIOTS

formes introduites sous ce rapport par notre maître Bourneville, dans l'hospitalisation des idiots et des imbéciles. On a fait, dit-on, des palais pour des êtres profondément dégénérés, alors que les aliénés et souvent même les malades ordinaires sont dans de moins bonnes conditions hygiéniques.

Tout d'abord Pépithète de palais nous paraît bien exagérée pour des bâtiments en briques dont le seul luxe consiste dans beaucoup de propreté, d'air et de lumière. Si les services d'aliénés des hôpitaux sont déplorables, il faut les modifier. Quant aux asiles nouveaux tels que ceux de la Seine, ils présentent un confortable bien supérieur encore à celui des services d'idiots de Bicêtre ou d'Angleterre ou d'Amérique. De plus, en ce qui concerne les dépenses que cela occasionne, les chiffres sont le meilleur argument à invoquer. Eh bien! avec l'organisation des ateliers de menuiserie, de serrurerie, cordonnerie, vannerie, etc., les travaux exécutés par les enfants s'élèvent, d'après les tarifs de la ville de Paris ou de l'Assistance, à la somme de 26,000 francs pour l'année 4889, et ce chiffre qui est allé en augmentant chaque année, s'élèvera certainement encore. Déduction faite des frais des maîtres, c'est un bénéfice d'environ 10,500 francs1. Quel est le service non seulement d'aliénés, mais d'épileptiques valides, qui en produit autant? Mais n'est-ce que cela? Non. Car si on fait le compte de ce que dépensaient le même nombre d'enfant livrés à eux-mêmes, comme ils l'étaient autrefois, se déchirant, détériorant tout autour d'eux, salissant du linge en grande quantité, gâtant, etc., et ce qu'ils coûtent aujourd'hui qu'on traite leur gâtisme, qu'on les occupe à travailler au lieu de les laisser

1. Compte rendu du service des enfants idiots, épileptiques et arriéré de Bicêtre. 1890.

abîmer leurs effets, on conviendra que c'est peut-être la meilleure façon de comprendre et de pratiquer l'hospitalisation, et que si ce moyen était plus généralement appliqué, les hospices coûteraient moins cher au budget, ou, s'ils coûtaient autant, pourraient rendre service à plus de malades. Nous autres pourtant, qui sommes si enthousiastes de tout ce qui se fait à l'étranger, il est étonnant que nous ne prenions pas en cela exemple sur lui. Il est vrai que beaucoup ignorent ou veulent ignorer que les établissements de ce genre pullulent en Amérique, où véritablement ils ne seraient pas si en honneur s'ils ne présentaient aucune utilité pratique.

Quel est le degré de développement de leur sentiment du droit et du devoir? Le sentiment du droit est corrélatif de celui de la propriété. Il y trouve son origine. Comme chez les enfants, ce sentiment est bien peu développé chez les idiots, ou pour mieux dire, il ne l'est pas du tout. L'idiot ne connait les droits que son maître a sur lui que par l'expérience, comme un animal pourrait le faire. Mais quant à l'idée de ses droits à lui, en tant qu'homme, nous ne saurions affirmer qu'elle existe si ce n'est d'une manière négligeable. Il faut, en effet, pour posséder cette idée de droit, avoir à l'exercer, à la défendre. Le droit est- d'ailleurs chose variable avec les époques et l'état social. Pour eux qui vivent en dehors de toute société, ils n'en éprouvent pas le besoin, n'ayant aucune revendication à formuler. La vie se résume pour eux dans un si petit nombre d'actes que l'étendue de leurs droits est forcément proportionnée à eux. Plus l'activité se déploie au contraire, plus les rapports sont multiples entre les hommes et plus on sent le besoin d'établir des limites autres que la force aux empiétements des voisins; ce

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