‹ Psychologie de l'idiot et de l'imbécile (volume 2)Chapitre 85 sur 213 · COMMANDEMENT ET OBÉISSANCE · texte numérisé non relu

COMMANDEMENT ET OBÉISSANCE

observe à l'état normal. Mais nous nous occupons ici de la psychologie normale de l'idiot et de l'imbécile et nous ne pouvons insister sur ce point spécial qu'on a l'habitude de traiter dans la pathologie.

Une des nécessités de la vie sociale, c'est le commandement et l'obéissance. Les idiots, comme beaucoup d'enfants, ont très bien la notion du degré d'autorité auquel ils sont forcés de se soumettre. Nous ne parlons pas, naturellement, des idiots profonds, incapables de saisir un ordre. Mais dès qu'ils sont un peu plus développés ils comprennent très bien au ton du commandement si la résistance leur est ou non possible. Aussi beaucoup d'enfants qui ne sont susceptibles d'aucune direction dans leur famille, se soumettent-ils très facilement à celle des maîtres. C'est le fait, du reste, de tous les individus dénués de volonté. Dès qu'ils en sentent une supérieure à la leur, et inébranlable, ils s'y soumettent, d'autant plus que cela leur épargne la peine de se déterminer eux-mêmes.

Cette observation ne s'applique pas seulement aux individus, niais aussi aux sociétés, et les peuples cherchent à secouer le joug d'une autorité limitée à un petit nombre de personnes dès qu'ils se sentent assez de volonté pour se diriger eux-mêmes.

Les idiots sont assez obéissants, en général, parce qu'ils semblent sentir la faiblesse de leur volonté et que leur réaction n'est pas suffisante pour contrebalancer l'influence de l'autorité. Mais les imbéciles, au contraire, sont tout à fait indisciplinés et désobéissants, ce qui tient en général à ce qu'ils se croient des facultés remarquables et égales au moins à celles de leurs supérieurs. C'est par défaut de jugement. Quand ils sont doux, ils peuvent être obéissants, mais le plus souvent, c'est la crainte, la force brutale, indiscutable,

qui les fait plier. Mais autant ils sont peu souples pour obéir, autant ils ont le sentiment de la domination sur les autres, sentiment absolument antisocial.

En présence d'êtres doués de sentiments semblables, quelles récompenses et quels châtiments agissent le mieux pour les encourager, développer et faire jaillir les bons instincts et réprimer les mauvais? On sait que c'est là un point délicat à établir pour les enfants normaux et à plus forte raison pour ceux-là. Autrefois, avec les enfants, il n'y avait guère de milieu entre l'amour et les coups. Aujourd'hui on cherche à employer d'autres arguments et ce n'est pas sans raison.

On a remarqué, par exemple, que c'était les places qui frappaient le plus les enfants beaucoup plus que les prix auxquels ne peuvent prétendre que les élèves d'élite. Il en est de même et plus encore avec les idiots et les imbéciles. Les premiers, à vrai dire, sont bien peu sensibles aux récompenses purement intellectuelles, consacrant simplement la reconnaissance de leur supériorité sur leurs camarades. Du reste, en général, tous sont plus sensibles aux châtiments qu'aux récompenses, à la peine qu'au plaisir, au blâme qu'à la louange. Et de fait, le plaisir d'être félicité suppose la mise en jeu de bien des sentiments d'ordre élevé auxquels ils n'atteignent guère, tandis que la peine, quelle qu'elle soit, comporte toujours un élément physique, la privation d'un désir, d'un besoin qu'on ressent plus que le plaisir qu'on aurait à le satisfaire. De plus le champ des récompenses et des châtiments est beaucoup plus limité que pour l'enfant normal, chez lequel on peut s'adresser à toutes les branches de la sensibilité. En outre le défaut d'attention chez les idiots rend très précaire le résultat de la récompense et de la punition,

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