‹ Psychologie de l'idiot et de l'imbécile (volume 2)Chapitre 86 sur 213 · RÉCOMPENSE ET CHATIMENT · texte numérisé non relu

RÉCOMPENSE ET CHATIMENT

et en tous cas très peu durable. La crainte du châtiment existe très peu chez l'idiot ou même pas. Du reste la crainte est en rapport avec l'expérience, et c'est précisément ce qu'ils acquièrent difficilement, leur attention n étant pas suffisamment attirée ni leur raisonnement assez développé pour remarquer toutes les circonstances dans lesquelles on les a réprimandés une ou plusieurs fois, et saisir le rapport qui existe entre l'acte qu'ils ont commis et la peine qu'ils subissent, si ce n'est à la longue.

Il faut reconnaître d'ailleurs qu'avec les idiots en général on a peu besoin de recourir aux procédés d'encouragement et de répression. Ils n'ont guère de méchanceté et il suffit de les empêcher de mal faire si on les aperçoit, car le plus souvent ils agissent sans intention. C'est surtout une grande surveillance qu'il faut exercer sur eux.

Chez les imbéciles, on s'attendrait à avoir beaucoup plus de prise, car ils sont éminemment sensibles à la louange et au blâme, plus encore peut-être à la louange qu'au blâme, étant ordinairement si infatués de leur personne que le blâme ne les atteint pas, toujours persuadés d'une injustice dans l'appréciation de leur valeur personnelle. Chez eux, à l'inverse des idiots, les récompenses agissent surtout quand elles frappent leur amour-propre si naturellement exagéré. C'est ainsi que les places qui témoignent de leur supériorité sur leurs camarades, les prix donnés en séance solennelle, les félicitations publiques ont une influence manifeste. Momentanée seulement, par malheur, car ils profitent souvent des éloges qu'on leur a décernés pour se croire tout permis et donner libre cours à leurs mauvais penchants. De sorte qu'on est pris entre ces deux alternatives, ou les récompenser et exalter leur amour-propre et leurs prétentions, ou ne pas leur témoigner de satisfaction lorsqu'ils ont

bien agi, et les décourager de recommencer, les livrer souvent, par colère, à leurs mauvaises tendances.

On doit donc se montrer très circonspect dans la distribution des louanges, ne les donner qu'à bon escient et plutôt endeçà qu'audelà, sinon on est débordé.

Quant aux châtiments, leur action est tout aussi momentanée, et l'alternative est tout aussi délicate que pour les récompenses. D'instinct on se révolte toujours contre un châtiment; on a de plus toujours la tendance à le trouver disproportionné à safaute, pour laquelle on invoque d'excellentes raisons de l'avoir commise. Chez les imbéciles qui ont une idée de leurs droits si fausse et en même temps si étendue, il est naturel que toute peine leur paraisse un abus de pouvoir dont ils gardent du ressentiment. Ils se soumettent parce qu'ils ne peuvent faire autrement, parce qu'ils reconnaissent un pouvoir supérieur au leur, mais dans leur for intérieur, ils gardent de la rancune et un espoir de vengeance.

Plus ils se croient supérieurs, plus ils se sentent humiliés. N'espérez guère qu'ils feront un retour sur eux-mêmes, qu'ils se repentiront sincèrement. Ils n'ont qu'un désir : recommencersans se faire prendre. L'absence de sens moral, ou plutôt sa déviation, fait qu'ils croient ne devoir rien à personne, ni à leurs parents, ni à leurs maîtres, ni à ceux qui les soignent. Leur propre satisfaction est leur but unique et leur supériorité sur les autres. Obligés de céder, ils s'insurgent. Aussi les châtiments moraux ont-ils peu d'action sur eux, ils leur sont indifférents ou ne font que les exciter. Les imbéciles se donnent des airs provoquants vis-à-vis de leurs maîtres, pour se poser auprès de leurs camarades. Très poltrons au fond, ils font les fanfarons pour étonner les autres. Cette satisfaction qu'ils éprouvent à poser ainsi,

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