Esquirol, Loc. cit
les idiots en deux séries dans lesquelles ils se groupent tous. Dans la première, l'organisation est plus ou moins parfaite, les facultés sensitives et intellectuelles sont peu développées ; les imbéciles ont des sensations, des idées, de la mémoire, des affections, des passions et même des penchanls, mais à un faible degré. Ils sentent, ils pensent, ils parlent et sont susceptibles de quelque éducation. Dans la seconde série, l'organisation est incomplète, les sens sont à peine ébauchés, la sensibilité, l'attention, la mémoire sont nulles ou presque nulles. Les idiots n'ont qu'un très petit nombre d'idées limitées, ainsi que leurs passions, aux besoins instinctifs qu'ils expriment par quelques gestes, par quelques mots, par quelques monosyllabes ou par des cris. La raison ne dirige point leurs actions qui, peu nombreuses, se répètent par habitude ou par imitation. »
Cette dernière classification d'Esquirol est certainement insuffisante. Les idiots de la première catégorie, qu'il appelle des imbéciles ne sont pas des imbéciles, au sens où on les comprend aujourd'hui, et représentent plutôt les idiotssimples, curables et éducables. La seconde catégorie comprend, elle, les idiols profonds, incurables. Restent donc les imbéciles proprement dits, dont il ne parle pas, ou plutôt qu'il confond, si l'on en juge par les observations qu'il cite, avec les idiots simples.
Quant à prendre la parole pour base d'une classification des idiots et des imbéciles, c'est très contestable. Il s'en faut de beaucoup que la parole soit en rapport avec l'intelligence. De ce qu'un homme d'une intelligence normale parle facilement, tandis qu'un idiot profond ne parle pas du tout, il ne s'en suit pas que la parole soit la toise à laquelle se mesure l'intelligence des individus compris entre ces deux termes extrêmes. De même que chez les individus normaux
ce ne sont pas toujours ceux chez lesquels la parole est la plus brillante qui offrent des qualités d'esprit les plus solides, de même chez les idiots ce n'est pas non plus le seul critérium. Les microcéphales par exemple parlent eu général avec facilité, souvent même avec volubilité, tandis que les hydrocéphales parlent au contraire plus lentement, plus difficilement et sont moins bavards. Et cependant, à moins d'un degré très accentué, l'hydrocéphalie comporte souvent plus d'intelligence que la microcéphalie. La facilité de la parole ne tient pas seulement du reste à l'état des centres nerveux, elle tient aussi à l'état des organes qui la transmettent, lesquels sont, chez les idiots, comme beaucoup d'autres organes, plus ou moins défectueux. Nous ne saurions, pour notre part, nous baser sur le développement de la parole pour classer un idiot dans telle ou telle catégorie.
Dubois d'Amiens i admet trois classes : dans la première sont ceux qui présentent le plus haut degré d'abrutissement et sont réduits à l'automatisme; dans la seconde sont les idiots qui ne possèdent que des instincts; enfin la troisième comprend ceux qui possèdent des instinc's et des déterminations raisonnables, c'est-à-dire les imbéciles. Cette division est acceptable, mais le terme d'instinct est trop vague et n'établit pas de limites assez précises entre les diverses catégories qu'il prétend séparer.
Pinel s regarde l'idiotie comme une maladie de naissance ciractérisée par la nullité morale et intellectuelle, mais présentant cependant trois variétés fort distinctes : 1° l'abrutissement, état de dernière abjection humaine, où il n'y a •
1. Dubois, Inductions philosophiques sur l'idiotisme et la démence M -m. Acad. de méd. 1837.