‹ Psychologie de l'idiot et de l'imbécile (volume 2)Chapitre 94 sur 213 · SENTIMENTS INTELLECTUELS · texte numérisé non relu

SENTIMENTS INTELLECTUELS

Nous en arrivons maintenant à la dernière classe de sentiments, les sentiments intellectuels, l'étonnement et la cucuriosité qui sont des dérivés de l'attention, la crédulité à laquelle se rattachent la véracité et le mensonge.

L'étonnement est un des moyens les plus énergiques pour attirer l'attention; mais c'est un sentiment passager et qui ne suffit pas à la maintenir. Si c'est un grand levier chez les enfants, il n'en est malheureusement pas de même chez les idiots et les imbéciles. Us sont sous ce rapport comparables à l'homme primitif dont Spencer dit : « Il accepte ce qu'il voit comme fait l'animal ; il s'adapte spontanément au monde qui l'entoure; l'étonnement est au-dessus de lui. » L'idiot toutefois s'étonne plus que l'imbécile, et souvent même très vivement. Mais l'étonnement, quand on arrive à le déterminer, dure peu. Car l'idiot par le fait de son défaut d'attention, l'imbécile par l'instabilité de son attention, ne considèrent pas assez longtemps l'objet qui le provoque. L'étonnement causé par le bruit semble plus vif que par la vue. Il parait en être de même chez le jeune enfant, qui a plus peur de ce qu'il entend que de ce qu'il voit. Les impressions auditives déterminent aussi plus de satisfaction ou plus de peine que celles de la vue, ce qui tient peut-être à ce qu'elles agissent sur le corps tout entier, tandis que celles de la vue ne portent que sur un seul organe.

La curiosité chez un individu bien constitué est une conséquence presque forcée de l'étonnement qu'il éprouve à voir, entendre ou apprendre certaines choses. La curiosité chez l'enfant se manifeste de très bonne heure, dès qu'il a acquis une certaine expérience ou certaine habitude. C'est un instinct naturel, qui mis intelligemment en œuvre par un maître adroit, active singulièrement le développement de

l'intelligence, car on apprend beaucoup plus facilement ce qu'on a le désir de savoir. Chez l'idiot profond, il y a, nous l'avons déjà dit, une indifférence complète. L'idiot simple veut savoir, mais n'ose pas demander. Si on explique l'usage de telle ou de telle chose, il écoute et cherche à* retenir.

L'imbécile pose beaucoup de questions, mais n'attend pas la réponse. Son instabilité lui fait tout oublier. C'est toujours ce défaut de l'attention qui est en cause. Nous voyons donc encore ici celte différence entre l'idiot et l'imbécile basée sur la différence de leur attention. L'idiot, capable d'une certaine attention, faible il est vrai, mais timide, sans prétention, cherche à comprendre et à s'intéresser si on a su et pu accaparer son esprit. L'imbécile, au contraire, incapable de soutenir son attention, passe d'un sujet à un autre, sanstransition, sans regrets, sans désirs, parlant pour parler, interrogeant pour se faire remarquer le plus souvent et n'est même pas capable d'attendre qu'on le renseigne.

Mais pour apprendre, il ne suffit pas de faire attention aux choses d'abord, de désirer les comprendre ensuite, savoir leur pourquoi et leur comment; il faut encore ajouter foi à ce qu'on nous dit. Sous ce rapport de la crédulité, les idiots et les imbéciles se ressemblent beaucoup. L'idiot simple est crédule, il ne sait pas distinguer ce qui est possible de ce qui est impossible. Aussi ne doit- on pas jouer avec cette crédulité et s'en amuser si l'on veut obtenir quelque chose des idiots. On arriverait, à leur donner des notions fausses qui seraient ensuite difficiles à déraciner et leur enlèverait toute confiance dans ce qu'on enseignerait ensuite. Il ne faut pas oublier que les idiots sont en général confiants et qu'on doit éviter avec soin tout ce qui peut diminuer la confiance qu'ils ont dans leurs maitres.

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