VÉRACITÉ ET MENSONGE
Celle-ci a pour principe la croyance naturelle de l'enfant au sens exprimé par les mots, c'est-à-dire à l'objectivité des idées que les mots représentent. Chez l'idiot et chez l'imbécile, cet instinct n'existe pas en effet ; mais il faut distinguer dans la véracité la croyance dans la véracité des autres et la tendance qu'on a soi-même à être véridique. Nous avons vu pourquoi ils croyaient à la véracité des autres, simplement parce qu'ils sont incapables de trouver des motifs pour en douter.
L'idiot léger a certainement l'idée du vrai. Lorsqu'on lui parle de quelque chose dont il n'a pas encore entendu parler, il vous regarde comme pour vous demander une affirmation plus catégorique. Quant à l'imbécile, il l'a également, car il sait quant il ment.
Quant à leur amour de la vérité, l'idiot et l'imbécile ne suivent en cela que leur intérêt. Toutefois l'idiot ment moins généralement que l'imbécile, car il est moins capable d'invention que lui.
L'idiot pour mentir se contente de nier la chose qu'on lui demande ou reproche ; l'imbécile invente une explication, cherche des preuves du contraire le plus souvent grossières et invraisemblables. Il y a toutes sortes de raisons pour mentir, et chez l'enfant normal on voit le mensonge par imagination, par imitation, par amour- propre, par égoïsme, par jalousie ou par paresse. Tous ces mobiles du mensonge se retrouvent chez les imbéciles, mais avec un développement considérable. Tout d'abord l'intérêt prime tout. Il en est toutefois qui mentent pour le plaisir de mentir. Quand ils n'ont pas à mentir par nécessité, ils inventent à plaisir des histoires fausses, la plupart du temps pour se donner des mérites, — en bien ou en mal, — qu'ils n'ont pas. C'est
un véritable besoin chez eux. Très suggestibles, ils mentent par imitation et quelquefois même mentent en croyant être véridiques, comme lorsqu'ils témoignent d'un fait qu'ils ont mal vu. C'est du reste là une chose très fréquente chez les enfants normaux et chez les adultes, qui autorise à toujours mettre en doute les témoignages des enfants, point sur lequel M. Motet a insisté au point de vue médico-légal.
Après ces mobiles de mensonges, le plus important peutêtre de tous, c'est le moyen d'éviter une punition. Us n'hésitent pas alors non seulement à nier, mais encore à rejeter toute la faute sur leurs camarades, mais en général de préférence sur ceux qui n'ont pas pris part à leurs méfaits, montrant là, par conséquent, un certain esprit de solidarité. Lorsqu'il y a quelques idiots d'impliqués dans un mauvais coup organisé par des imbéciles, on n'a guère de chance d'obtenir la vérité que par eux, qui racontent naïvement ce qu'ils ont fait et ce qu'on leur a dit de faire, souvent sous la menace de coups. Ils disent la vérité ou se renferment dans le mutisme.
La gourmandise les fait souvent mentir aussi. Us disent, qu'ils n'ont pas été servis pour avoir deux fois ce qu'ils aiment. — Une forme de mensonge fréquente occasionnée par la paresse, c'est de se faire passer ponr malades. A l'inverse des idiots qui ne savent pas dire quand ils souffrent, les imbéciles s'écoutent beaucoup et souvent même mentent pour qu'on les reconnaisse malades et qu'on les dispense d'aller à l'école ou à l'atelier. Assurément tous ces mensonges ne diffèrent pas de ce qu'on observe chez certains enfants normaux ; mais ce qui est spécial, c'est la fréquence avec laquelle le mensonge s'observe chez les imbéciles. C'est ce qui montre que, chez eux, le mensonge est une conséquence du mauvais fonctionnement intellectuel.