‹ Psychologie de l'idiot et de l'imbécile (volume 2)Chapitre 98 sur 213 · STIGMATES DE DÉGÉNÉRESCENCE · texte numérisé non relu

STIGMATES DE DÉGÉNÉRESCENCE

mau, ou d'autres encore. Mais cela se rencontre tout aussi fréquemment chez les individus ordinaires, et la fréquence de ces ressemblances des idiots avec les différentes races n'est pas, au moins chez nous, assez commune, pour en faire une base de classification. Nous croyons du reste que l'on fait absolument fausse route en cherchant à voir, dans les types d'idiots, de l'atavisme.

Il n'y a d'abord aucune raison pour que, dans notre race, un individu retourne au type mongol ou lapon, etc., et de plus, ainsi que nous l'avons déjà dit, ils offrent un type perverti, mal développé, mal conformé. Ils ne présentent jamais un type pur. Ce n'est pas un type atavique, c'est un type dégénéré, ce qui n'est pas du tout la même chose.

Nous nous en tiendrons donc aux trois types que nous avons indiqués plus haut. Pour ce qui est des idiots qui ne rentrent pas dans ces trois catégories, tout ce qu'on peut en dire, c'est qu'ils présentent un plus ou moins grand nombre de stigmates de dégénérescence. Le crâne est très fréquemment asymétrique, plagiocéphale, etc., etc. Les différents diamètres ne présentent pas les rapports normaux. Les yeux sont trop rapprochés, ce qui est le cas le plus fréquent, ou trop écartés de la racine du nez. Ce qui frappe surtout, c'est leur défaut d'expression. Si les yeux, comme on l'a dit poétiquement, sont le miroir de famé, que pourraient-ils donc refléter chez nos sujets? Nous avons vu, à propos des premiers signes de l'idiotie, l'importance qu'avait le regard, et que c'était souvent sa singularité qui attirait l'attention des parents. Le regard est terne, sans vivacité, vague, incertain, ne se fixant sur rien, caractérisant par conséquent le défaut d'attention du sujet. Souvent aussi chez des idiots éducables il est indécis et dénote de la timidité. Il semble qu'ils aient consciencede leur infériorité. Des états pathologiques de l'œil,

strabisme, cécité, taies, conjonctivite, etc., viennent encore fréquemment s'ajouter pour ôter au regard toute expression et tout charme.

Le nez est dévié, asymétrique, mal formé; les oreilles sont plus ou moins mal conformées, mal ourlées, à lobule adhérent ou détachées exagérément de la tête, ou asymétriques, à plis anormaux, etc. Mais ces parties donnent beaucoup moins d'expression au visage que la bouche. Celle-ci est presque toujours entr 'ouverte chez la plupart, et plus ils sont inférieurs, plus elle l'est. Il s'en écoule alors une salive abondante. La bouche est rarement petite, les lèvres rarement fines. L'ouverture laisse voir une dentition des plus mal formées. Mme Sollier ', dans sa thèse sur la dentition chez les enfants idiots ou arriérés, a passé en revue, après M. Bourneville et d'autres, toutes les anomalies que peuvent présenter les dents des idiots et leur fréquence. Elles sont de toutes sortes et se rencontrent isolées ou combinées entre elles dans 90 °/0 des cas. Le prognathisme se rencontre très fréquemment, ainsi que l'élargissement des maxillaires inférieurs, qui paraît encore plus marqué par suite de l'étroitesse du crâne et surtout du front. Il en résulte un aspect bestial qu'on remarque aussi chez beaucoup d'épileptiques qui, du reste, au point de vue de la dégénérescence physique, n'ont rien à envier aux idiots. Ajoutons à cela tous les tics possibles, clignotement des paupières1, mouvements incessants de la langue et des lèvres, grimaces, grincements des dents, et nous aurons un tableau complet de la physionomie d'un idiot incurable.

1. A. Sollier, De l'étal de la dentition chez les enfants idiots et arriérés. Thèse, Paris, 1887. — Bourneville, Journal des connaissances médicales, 1862-63. — Th. Ballard, in. The Lancet, 1862. — Langdon Down, in The Lancet, 1875.

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