‹ Psychologie de l'idiot et de l'imbécileChapitre 19 sur 90 · ABSENCE DE VOLONTÉ · texte numérisé non relu

ABSENCE DE VOLONTÉ

d'un idiot pris en particulier, ils ne sauraient nous donner la marche à suivre pour connaître la psychologie générale de l'idiotie, pour montrer quelle est sa caractéristique.

Cette psychologie générale a cependant été ébauchée par Séguin, qui y consacre trois pages à peine et arrive à cette singulière conception de montrer tout ce que l'idiot n'est pas et en fait une description en quelque sorte négative, an lieu d'en donner un portrait positif et d'indiquer tout ce qu'on rencontre chez lui d'anormal, et à quel développement s'y voit ce qui est normal.

Ses conclusions ne sont cependant pas dénuées d'intérêt, et cette psychologie à rebours nous montre certains points qui servent à faire ressortir la différence de l'idiot et de l'homme normal. Pour Séguin, c'est dans la volonté qu'il faut chercher la caractéristique de l'idiot. Nous avons déjà dit ce que nous pensions de celte opinion. Nous y reviendrons tout à l'heure ; mais qu'il nous soit permis tout d'abord de citer tout au long le passage de Séguin. « Ce qui manque à l'idiot, ce n'est donc : « i° Ni la perception distincte, car il en fait preuve quand il distingue du pain d'avec tout autre objet, etc., etc. ;

« -2° Ni la sensation interne, quand il savoure ou rejette un ' aliment, ferme les yeux à la vue d'un objet, ou écoute avec plaisir de la musique ;

« 3° Ni la sensation externe, quand il se brûle, a froid, chaud, et éprouve des sensations correspondantes aux modilications qu'impriment les principaux modificateurs externes de l'état d'être humain;

i Ni l'attention, quand il fixe son esprit et ses désirs sur les choses ou sur la seule chose qui lui soient agréables ;

:>° Ni la comparaison, ni le jugement, quand il compare et choisit entre plusieurs objets celui qui lui plaîtle mieux ;

« (!" Ni l'entendement propre, quand il subit l'influence morale des paroles douces ou sévères qui s'adressent à lui ;

« 7° Ni la prévoyance pour ses besoins, car, si limitée qu'on la suppose, elle est réelle et pousse son esprit peu hâtif à la satisfaire;

« 8° Ni les appétits, car ils ne sont ni moins impérieux ni Sollier. — L'Idiot. 3

PSYCHOLOIllK DU L'IlMoï l'.ï I)K L'IMBÉCILE

moins exigeants que les nôtres, quoi(|ue moins nombreux, et pour leur pâture, l'idiot (s'il n'est perclus) est capable de tourner ou de renverser tous les obstacles avec une patience et une ingéniosité qui semblent tenir du prodige, eu égard à son état ;

« 9° Ni les goûts qui, fussent-ils bornés au désir de décbirer delà toile, de lécber une faïence, etc., occupent aussi assidûment son esprit que le goût du tabac, de la danse, de l'ivrognerie, du jeu, occupent les esprits les mieux faits;

« 10° Ni ses désirs qui veulent être satisfaits, comme son unique désir, le nombre n'y fait rien, non plus que ses répugnances ;

« 11° Ni ses affections et antipatbies personnelles, qui se prononcent enfin dès qu'il vil dans un milieu propre à les

exercer;

« ik° Ni sa volonté même qui existe dans la limite négative que je marquerai.

« Donc ses instincts sont bornés, mais impérieux : ses sensations déterminent en lui l'exercice de l'attention, de la comparaison, du jugement, de la mémoire, de la prévision, de la volonté; il fait acte en un mot de toutes les facultés dites intellectuelles, et pourtant il est idiot.

« Que lui manque-t-il donc intellectuellement pour ressembler à tout le monde ?

« Il ne lui manque aucune faculté intellectuelle, mais il n'a pas la liberté nécessaire pour appliquer ses facultés dites intellectuelles à l'ordre des phénomènes moraux et abstraits : il lui manque la synergie, la spontanéité d'où jaillit la volonté morale.

« L'idiot jouit de l'exercice de toutes ses facultés nrtëlleo tuelles, mais il ne veut (?) les appliquer que dans Tordre des phénomènes concrets; et encore seulement à ceux des phénomènes concrets dont la texture, la forme, la saveur, le goût, le son, ou telle autre propriété particulière et que soweffl il apprécie seul) sollicitent en lui un désir, une manifestation de. l'intelligence, de la vie. Mais il y a pins : non seulement l'idiot n'est en rapport volontaire qu'avec des phénomènes concrets, non seulement il limite ces phénomènes

Tiiwmii: m slx;uin

concrets, avec lesquels il entre en rapport, à un très petit nombre, à un seul quelquefois, mais encore cet unique phénomène ou ce petil nombre, ne vous imaginez pas qu'il en ait une idée ou seulement une notion exacte ou complète, nullement. Dans chaque phénomène, son intelligence active jusque dans sa paresse semble se hâter d'éliminer toutes les propriétés qui ne sont pas le but de son élection; elle ne veut voir dans lin dessin que la couleur, ne sentir que le poli dans le métal, n'entendre que certains bruits dans la réunion d'un grand nombre, et, par un procédé d'élimination qui serait peut-être impossible aux natures les mieux organisées, elle réussit à ne se laisser impressionner que par une seule propriété de choses qui en ont nécessairement un grand nombre. L'idiot goûte ainsi instinctivement le charme de sensations très nettes et très prolongées, sans distraction possible, soit de la part des sens qui ne sont pas appelés à fonctionner, soit du côté de l'intellect qui reste toujours et tout entier subordonné à une perception unique.

« Tels sont, en ne tenant, aucun compte des anomalies particulières à Chaque sujet, les symptômes psychologiques de l'idiotie; tel est l'état intellectuel de l'idiot, ioioç, solitarius, seul; seul avec la sensation unique, sans rapport abstrait ni conventionnel volontaire, sans volonté intellectuelle ni morale. Physiologiquement, il ne peut pas ; intellectuellement, il ne sait pas ; psychiquement, il ne veut pas ; et il pourrait et il saurait s'il voulait; mais avant tout, et surtout, il ne veut pas ! »

Ainsi, pour Séguin, il semble que l'état des facultés psychiques de l'idiot soit pour ainsi dire normal, quoique diminué, mais que la volonté seule lui fait défaut et l'empêche de les exercer. Nous l'avons déjà dit, nous ne saurions souscrire à une telle opinion. L'état qui correspond à la description de Séguin, ce n'est pas l'idiotie, mais l'aboulie. Pas plus qu'il n'est possible à un homme d une intelligence moyenne de devenir un homme de génie, quelle que soit sa force de volonté, pas plus il n'est possible à un idiot de devenir à volonté un homme d'intelligence moyenne. Les facultés de ce qu'on est convenu d'appeler l'âme humaine, toute théorie philosophique

mise à part, soi toutes solidaires entre elles et sont dans on " oror dir et exact avec l'état de la cellule cérébrale. Des que îe cerveau est lésé dans son ensemble, comme c'est le cas dans 'idio t e, toutes sont atteintes ; ce n'est donc pas dans la volonté Set part, regardée comme nne ebose d istmete du reste de FTmc qu il faut chercher l'explication de l'état d'.dmue. S i's quand on examine les choses de près, on en

demander si véritablement ,' .uns l'amotodnssement on

fXence d'une faculté quelconque qu'il faut chercher la cause ,e r tat e, sa persistance. Toutes les facultés sont atumte ' nu degré plus on moins marqué, et si nous blâmons Ségu

SI faire de l'absence de la volonté la clef de ,o te de ndio.ie.ee n'est pas pour y substituer une autre faeul . el'îinous exposerait à uneeritique aussi facile et aussi juste. U c te bien entendu que nous n'avons pas le dro,l d men-

miner telle faculté plutôt que telle autre ; l'anatomte [ .0 0-

„H,ue nous l'interdit. Mais nous pourrons nous placer a u . Xpdntde vue, celui de l'éducation, c^^* vue pratique, thérapeutique, puisque, a cote de s ' l'éducation qui forme la base du 'f^f^J^. il nous est permis de nous demander ce qu il > a de plus mpoi 2t à développer chez l'idiot, ce sans quoi l edueatmn devten o b e. on suivant le degré auquel cela existe, d.f6c, enlement ou possible. A la question du traitement sajou loue ans" celle du pronostic, qui est la première qu adressent e „ rent e è laquelle on doit répondre. Sur qno. donc s s -on pour dire, avec probabilité bien entendu que el enfant s'améliorera, se perfectionner a ou au «-« Lrmre, , isnue fort do rester dans le même état d .diolu A cetu "Soi nous avons cherché une réponse dans les auteurs e eus n'avons rien trouvé. Force nous est donc de donner net, , sente oputTon personnelle d'après les nombreux cas que no* avons «s sous les yeux, et qui n'ont fait que confirme lof» mon théorique que nous nous étions faite en comparant 1 ubo, avec l'enfant normal.

De cette étude il nous a paru ressortir nettement que^ „ ,,,'taui d'attention plus ou moins prononce qu on doit ra,

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