‹ Psychologie de l'idiot et de l'imbécileChapitre 26 sur 90 · VORACITÉ · texte numérisé non relu

VORACITÉ

noté aussi, en y insistant, le petit nombre de sourds-muets. Sur 280 idiots, Wilbur n'a en effet observé que 7 sourdsmuets complets et 9 partiellement sourds. Séguin pense même que leur proportion est moindre que chez les enfants intelligents. C'est un point à contrôler, mais, quoi qu'il en soit, on est surpris de la faible quantité de sourds-muets chez les idiots.

A coté de la surdi-mutité vraie, il y a lieu de signaler la pseudo- surdité par défaut d'attention. Son pronostic est loin d avoir la même gravité puisqu'on peut toujours espérer sa disparition en éveillant l'attention un jour ou l'autre. Ce n'est donc presque qu'une question de temps. Il ne manque pas de moyens pour s'assurer si on a affaire à de la pseudo-surdité, mais souvent ils échouent tous, et ce n'est qu'au bout de fort longtemps qu'on s'aperçoit que le bruit attire enfin l'attention de l'enfant. Si toutefois à cinq ans il n'a jamais réagi à l'audition d'aucun bruit et que d'autre part on le voit susceptible d'attention en ce qui concerne les autres sens, il est, croyonsnous, permis d'affirmer la surdi-mutité vraie.

Chez les imbéciles, l'ouïe, comme la vue, ne nous a paru présenter rien d'anormal, et il est inutile d'y insister.

Le goût et l'odorat sont les deux sens le plus fréquemment atteints, mais, comme leur importance dans le développement intellectuel est très peu marquée, leur défectuosité manque d'intérêt. Chez les idiots complets, il est absolument impossible d'observer aucune manifestation de plaisir ou de dégoût pour tel ou tel mets, pour telleou telle odeur.

Chez l'idiot simple, à ses divers degrés, ce qu'on observe presque universellement, c'est la gloutonnerie, la voracité : rien ne peut l'égaler, et il faut avoir assisté à des repas d'idiots pour s'en rendre compte. Chez ceux d'un degré très inférieur, il est peu de spectacles aussi repoussants que de les voir plonger à pleines mains dans leurs aliments, les promener sur la table, s'en barbouiller la figure, les introduire gloutonnement et les avaler sans se donner le temps ni la peine de les mâcher. Aussi en voit-on souvent mourir du fait de corps étrangers des voies aériennes. Un idiot de Bicêtre avala un jour sept Sollier. — L'Idiol. 4

PSYCHOLOGIE DE ITÙ) K Et DE f/ÛlBÉGlLE

parts de boudin et mourut étouffé. A un moindre degré, ils n'ont aucune délicatesse : ils mangent de tout avec la même voracité et préfèrent toujours la quantité à la qualité C est ainsi qu'en promenade ils achètent de la charcuterie de cheval ou d'âne, parce qu'avec la même somme ils ont un plus gros morceau. On les voit manger des harengs saurs non prépares et sans pain, dévorer avec délices du biscuit de troupe. A la vue de leurs aliments, ils sortent de leur apathie, s excitent légèrement, se précipitent vers le plat, en témoignant par toutes sortes de gestes leurs besoins physiques. Ce sont de

véritables enfants.

Chez les imbéciles, la gloutonnerie et la voracité font place à la gourmandise. Presque tous sont gourmands. Dans un autre travail sur l'hérédité de l'alcoolisme (1), nous avons cite ûn certain nombre d'idiots et d'imbéciles ayant un gout précoce pour l'alcool. C'est un goût en quelque sorte mue chez, eux Un jour, à Bicêtre, un imbécile ayant appris qu'il y avait de l'alcool dans le thermomètre profita d un moment ou il n y avait personne en classe pour le briser et en aspirer le contenu .

Mais à côté de la voracité, il y a à considérer les anomalies du goût. Chez beaucoup d'idiots inférieurs il n'y a aucune distinction entre le sucré et l'amer. En leur administrant tour à tour du sucre et de la coloquinte; ils ne manifestent aucun sentiment différent et rouvrent la bouche des q*ds . qu'on leur tend quelque chose. On peut observer de tel ^ anomalies chez des idiots qui, sous d'autres rapport , o lu cependant un développement intellectuel appréciable et qui ne sont pas incurables . Ce fait tendrait a prouver que non seulement le centre récepteur est atteint, mais que 1 appareil sensoriel lui-même est doué d'une aneslhesie yei.tabh et que le goût n'existe pas à proprement parler. Quelquefois mais rarement, on observe une inversion totale du gout, les saveurs amères étant préférées aux saveurs douces et sucrées. Chez ces idiots, il n'y a donc que gloutonnerie et pas gour-

Tn outre, il y a des perversions du goût. Nous ne parlons pas ici des idiots completsqui, comme des enfants en bas âge.

(1) Paul Sollier, Du rôle deVhèrèditè dans l'alcoolisme, Paris, 1889.

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