‹ Psychologie de l'idiot et de l'imbécileChapitre 28 sur 90 · SENSIBILITÉ TACTILE · texte numérisé non relu

SENSIBILITÉ TACTILE

communication volontaire avec tout ce qui l'entoure, sans que la vue et l'ouïe aient besoin d'intervenir. Nous avons déjà dit qu'à Bicêlre on emploie les idiots aveugles à la vannerie. Ce travail, qui demande une assez grande précision et surtout beaucoup de régularité, est en général bien fait, même par des idiots sérieusement atteints. Chez certains même la sensibilité tactile prend un grand développement, et rien qu'au toucher ils reconnaissent les personnes qui les approchent. Cela nous prouve encore que l'anesthésie relative ou complète qu'on observe chez eux tient surtout au défaut d'attention. Dès qu'ils sont susceptibles d'éducation, c'est-à-dire d'attention, ils sentent, et on n'observe plus de troubles de la sensibilité. Ajoutons que nous n'avons jamais observé de dissociation de la sensibilité.

Chez les imbéciles, on peut rencontrer des troubles de la sensibilité, mais dans ce cas ils sont sous la dépendance d'une complication nerveuse, telle que l'hystérie surtout, et ils ne prennent aucune part à l'arrêt du développement intellectuel.

Les sensations thermiques sont parallèles à celles de la sensibilité tactile et douloureuse. Néanmoins on observe quelques particularités. Comme l'a déjà fait remarquer Morel, les fonctions de la peau s'exécutent mal et la température des idiots est au-dessous de celle qu'on observe normalement. Aussi les voit-on s'approcher avec empressement des foyers de leurs salles de réunion, et quand ils bravent les rigueurs de la température ou lorsqu'ils s'exposent à toutes les intempéries des saisons, on doit attribuer ce fait aussi bien au manque d'intelligence qu'au peu de développement de la sensibilité générale (Morel) . Cette susceptibilité au froid est sans doute la cause du grand nombre de décès par affections pulmonaires qu'on observe chez les idiots.

L'effet de la température su ries idiots mérite qu'on s'y arrête un instant. Il en est qu'on pourrait appeler hibernants. Nous avons vu à Bicêtre un idiot qui, sous l'influence du froid de l'hiver, tombait dans une espèce de torpeur physique et intellectuelle presque absolue et qui ne se réveillait que sous l'influence de. la chaleur du printemps.

Mais s'il en esi dont la faible intelligence s'engourdit encore 1 B en est d'antres chez, lesquels elle s'excite par le fait d une élevât on de la température centrale. C'est une remarque que tous èsob ervateursont faite, que, sous l'influence d'un léger mou eme„ fébrile, les idiots semblent jouir de facultés plus TtenduTs C'est le résultat de l'excitation des centres nerveux oui tombe bientôt du reste. Mais cela tend du moms a prouver existe un pouvoir intellectuel latent qui peut être mis en évilnce par un excitant approprié. Ce que fait la fièvre ans ce cas particulier, une éducation bien appliquée peut le faire auss dan^une certaine mesure. Cela nous montre que c es " se en mouvement qui est difficile à obtenir, ; - convenable qui est malaisé à trouver. 1 attention qu .1 est .ou vent impossible d'attirer ou de maintenir.

Chez l'enfant normal, l'effort musculaire produit certainement une sensation agréable. 11 aime à faire des mou— et à juger de leurs effets. H les conçoit souvent faussement, se croyant capable de choses impossibles pour sa faiblesse et qu'il essaie sans hésiter et étonné de n'y pouvoir réussir. Chez ?es idiots inférieurs, cet amour du mouvement ne se remarie «1ère. Le sens musculaire est pour ainsi dire impossible a étudier chez eux en raison du défaut de compréhension, et nous ne saurions nous prononcer à cet égard. Toujours les idiots profonds il parai, aussi obtus que les aul.cs sensa lions On Les voit rester assis, inertes, sur leur c a.se ou dan leur lit sans faire aucun mouvement. Mais g est le plus peut nombre. La majorité a des mouvements eontmuels au co traire; mais ces mouvements ont ceci de particulier, qu es distingue de ceux de l'enfant normal, qu'Us sont en quelque sorte rythmés, cadencés, que ee sont des mouvements automatiques, en d'autres termes, des tics ^«hp* Il faut bien les distinguer des mouvements spasmodtques qu'on peut observer également en conséquence de lésions cérébrales. Ils sont extrêmement variés et il est impossible d'en entreprendre une description complète. Les principaux consistent dans un balancement antéro-posténeur ou a e.a du tronc, ou dans des balancements simultanés de la tête

'I ics s»

du iront, accompagnés le plus souvent d'un chantonneroent, toujours le même, ou d'un cri intermittent, du d'un mot appris jadis et dernier vestige de leur langage.

Voici quelques exemples de tics pris au hasard : X... met les doigts de la main droite dans la bouche et avec le pouce de la même main frappe ses dents. — Y... aime à faire aller vivement les mains devant lui, ou à faire le geste de prendre quelque chose sur ses genoux. — Z... a un léger balancement latéral de la tête, puis il pousse un petit cri : néain, méaim — ou bien il fait sortir sa langue, la retourne en crochet et lui fail toucher son nez qu'il semble chai oui! 1er, en louchant. — A... se donne des coups de poings sur les joues, des giflles, se pince à pleines mains, se mord lavant-bras. — B... se suce le dos de la main jusqu'au sang. — D'autres grincent des dents ou l'ont des grimaces continuelles. On en pourrait citer comme cela des pages sans profit. Ces mouvements automatiques leur procurent-ils du plaisir; il serait douteux de l'affirmer. Quelques-uns cependant pleurent quand on le leur empêche, et d'autre part on peut penser qu'ils éprouvent une satisfaction inconsciente à les exécuter. Mais cette satisfaction a-t-elle quelque chose d'analogue à celle de l'enfant normal? Assurément non. Car l'enfant eu faisant un mouvement a un but, si peu proportionné qu'il soit à son mouvement, et la satisfaction est en rapport avec la façon dont il atteint ce but. Or, chez l'idiot, non seulement ces tics, mais bien d'autres mouvements, n'ont absolument aucun but. Cela suffit même quelquefois à révéler leur état. Il en est en ell'et dont la physionomie et le geste n'offrent rien de bien particulier, mais dont la répétition constante, illimitée, incessante, sans motif, sans but, des mouvements, montre bien qu'ils obéissent à un besoin d'activité automatique et non intelligente.

M. i. Noir, dans sa thèse : Sur les lies chez les dégénérés, les imbéciles et les idiots (Paris, 1893), a montré qu'on pouvait rencontrer toutes les variétés de tics, convulsifs, coordonnés, impulsifs, même accompagnés d'écholalic, échokinesie, coprolalie, etc., chez les idiots et les imbéciles.

La difficulté qu'ont la plupart à associer des mouvements

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dans un but déterminé est du reste très earaeténsliqu, et Xst pas du tout en rapport avec le degré intellectuel. C est ain qu'on voit par exemple des idiots -chant parler l e p nuelûuefois même écrire, et qui sont mcapables de s ha SlffS? Cette difficulté del«ement ,o bserve « frénuemment chez les imbéciles même âges. Il est vrai que SïïîSi la faute des éducateurs qui se ■ des notions générales et peu pratiques. Il faut assuiemun s u vre e co nseil de Séguin, quoiqu'il aille un peu .trop ^ «Ind il dit que tous les symptômes repoussant e ; sont le fait d'habitudes vicieuses et non le fait d la ■ ■ •e nnint de vue de l'éducation, ce qu on doit melti en mais au Poinl.^JU" , le rôle essentiel de lacépétiuon relief comme il le faU c ^est te r ^pressions, -h'

hnnt sauter et faire de difficiles exercices «h' gvn.nas-

ldl°lST d n "vent pas mettre leurs bas ni lacer leurs

imyPrl &ment est une véritable gymnastique et qu, souliers. L UaDiiiemcu doiJ

demande beaucoup de précision. C est pai eue qu demanue d mouvements combines.

CTrde ^Ti4ude des mouvements volontaires,

que chez les autres enfants, i- ^

entre le crime et la dégénérescence.

! «rtiiiiô ne rentre pas strictement dans notre

générale, en ellet, tous révolution orga-

intellectuel le sont aussi sous le rapport a

MOTILIÏÉ

marqué de la marche qui ne commence qu'à dix-huit mois, deux, trois ans, quelquefois jamais. Tantôt cette impotence vient d'une faiblesse musculaire réelle des membres inférieurs, tantôt de paralysies véritables, mais le plus souvent de l'inaptitude des enfants à apprendre les mouvements spéciaux de la marche, lesquels, comme on sait, avant de devenir automatiques, sont d'abord volontaires et peuvent être desappris comme cela s'observe dans l'abasie.

A côté de la marche qui est toujours retardée, on note aussi que l'enfant n'accomplit que très tardivement, ou même jamais, les actes les plus nécessaires à l'entretien de la vie, tels que de porter les aliments à sa bouche avec les mains, et à plus forte raison avec une fourchette ou une cuiller. 11 existe chez eux une sorte d'incoordination motrice qui est normale, du reste, chez tous les enfants d'un certain âge, mais qui, par l'exemple et l'éducation, disparaît pour faire place à la coordination volontaire, tandis que chez les idiots cette coordination n'apparaît que beaucoup plus tard, la volonté et. l'attention étant à peine développées. De plus, la mémoire étant très faible, celle des mouvements associés et coordonnés est elle-même fort imparfaite, ce qui rend leur éducation beaucoup plus difficile encore et plus lente. Les mouvements instinctifs eux-mêmes n'apparaissent que tardivement; tels ceux de la physionomie. Nous les laisserons de côté pour le moment, nous réservant d'y revenir quand nous traiterons des émotions et des sentiments, et de leur expression chez les idiots.

Il nous reste un dernier ordre de sensations à examiner :ce sont les sensations organiques. Chez l'individu normal, elles sont ressenties dans deux cas, dans l'état de besoin et dans l'état de maladie . Parmi les sensations organiques, la faim et la soif sont les deux plus indispensables pour l'homme. On ne saurait en effet concevoir la possibilité de l'existence sans le besoin de l'entretenir par les aliments, et la conscience de l'état de réplétion. Chez les idiots, ces sensations fondamentales sont cependant atténuées elles-mêmes. On observe quelquefois chez eux des jeûnes plus ou moins prolongés, dont

M. llourneville(l) a rapporté des exemples très intéressants. Mais ce sont là des cas exceptionnels. La règle, c'est que les idiots, même les plus profonds, éprouvent ce besoin de la faim et de la soif qu'ils expriment par des cris, des mouvements désordonnés quand approche l'heure du repas, et leur satisfaction vorace quand ils sont en présence de leurs aliments. Mais ils ont peu la sensation de plénitude, et leur voracité est telle qu'ils avaleraient indéfiniment, jusqu'à étouffer-, si on ne les arrêtait pas.

Quant à la sensation du besoin de déféquer ou d'uriner, elle paraît complètement abolie chez les idiots profonds qui sont tous absolument gâteux et dont rien, dans leur attitude ou leur physionomie, ne témoigne de la sensation qu'ils ('prouvent au moment où le besoin est satisfait.

Si les sensations organiques physiologiques sont à ce point obtuses, que s'attendre à trouver pour les sensations pathologiques ? La médecine des idiots' est. on peut le dire, pire que la médecine vétérinaire. L'animal au moins manifeste par une attitude, un gémissement, la douleur qu i! éprouve quand on touche le point malade. Chez l'idiot, rien de semblable. Les signes objectifs les plus grossiers, la température, l'état des voies digestives, sont les seules preuves de l'état de souffrance de l'organisme. Interrogez ces malades, ils ne vous répondent pas ; palpez-les, ils ne manifestent aucune douleur: auscultez-les, ils ne savent pas respirer, o Ils ignorent, dit Esquirol, quelle est la cause de leur douleur, ils ne distinguent pas si celte douleur est en eux, ou si elle es en dehors; ils ont, en un mot, si peu le sentiment du moi. qu'ils ne savent pas si la partie affectée leur appartient; aussi en est-il plusieurs qui se mutilent lorsqu'ils sont malades: ils ne se plaignent pas, ils restent couchés, roulés sur euxmêmes, sans témoigner la moindre souffrance, sans qu on puisse deviner les causes et le siège du mal; ils succombent

sans qu'on ait pu les secourir. »

A l'appui de ces assertions, nous pourrions citer plusieurs

(,) Bourneville, Comptes rendus du service des êpUepliqucs. idiots, etc., de Dicêtre.

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