‹ Psychologie de l'idiot et de l'imbécileChapitre 29 sur 90 · SENSIBILITÉ · texte numérisé non relu

SENSIBILITÉ

exemples, mais en voici deux assez caractéristiques : l'un, un idiot de dix-huit ans, vient à l'infirmerie de Bicêtre parce qu'on a remarqué qu'il mangeait moins bien et travaillait avec moins de zèle. On constate une stomatite ulcéreuse de nature indéterminée. Il reste à l'infirmerie pour se soigner, continue à aller et venir, à manger, quand tout à coup il est saisi de lièvre ci meurt en deux jours. A l'autopsie, on trouve un des poumons à moitié gangréné sans que jamais il se soit plaint de quoi que ce soit, ni qu'aucune expectoration ou quelque autre signe objectif évident eût attiré l'attention du côté de la poitrine. Le second est un idiot de treize ans qui fut envoyé à l'infirmerie porteur d'une pneumonie datant de plusieurs jours. On avait observé en outre un peu de torpeur physique et intellectuelle. 11 mourut rapidement, et à l'autopsie outre une pneumonie au troisième degré, on trouva une méningite suppurée sur laquelle rien n'avait attiré l'attention pendant la vie .

Ainsi l'obtusion des sensations organiques qui les empêcherait de pourvoir aux nécessités de leur existence s'ils étaient capables de le faire, est encore une cause qui les abrège le plus souvent, loin de les prémunir, puisque les maladies, tout en paraissant les atteindre moins facilement, peuvent évoluer sans bruit et aboutir à une terminaison fatale qu'aurait pu écarter une intervention opportune.

Ces troubles des sensations organiques qui s'observent à un degré presque absolu chez les idiots profonds, se rencontrent à un moindre degré chez ceux qui sont éducables. Mais chez les imbéciles on se heurte souvent à un autre genre de difficultés. Si les idiots ne renseignent pas sur leurs sensations, les imbéciles prétendent donner des indications très justes, et, presque toujours, le font de travers. On arrive à leur faire dire tout ce qu'on veut. De plus, ils sont très menteurs, très imaginatifs et prennent souvent pour des sensations pathologiques des sensations normales qu'ils exagèrent pour se rendre intéressants.

Si nous résumons l'état de la sensibilité sous ses différentes formes chez les idiots et les imbéciles, nous voyons en somme

que, très obtuse chez les premiers, elle arrive progressivement à la normale chez les derniers. Ce sont souvent les sens du goût, de l'odorat et du tact, qui demandent une plus grande délicatesse, qui sont le plus atteints. Nous voyons aussi que les sensations dérivant des besoins les plus impérieux de la nature humaine, sans lesquels la vie ne saurait continuer, peuvent être aussi obtuses que les autres. Les idiots qui sont frappés à ce point sont absolument incurables et seraient fatalement condamnés aune mort rapide, comme un nouveau-né, s'il n'y avait personne pour lui donner des soins. Chez les idiots éducables, au contraire, et chez les imbéciles, ces sensations de besoins naturels, si elles apparaissent d'une façon plus tardive que chez les enfants normaux, n'en arrivent pas moins à être ressenties d'une façon tout à fait normale, sauf cependant en ce qui concerne les sensations pathologiques. Ces différences pourraient jusqu'à un certain point servir à établir des catégories entre les idiots.

Nous voyons donc que l'état de la sensibilité, et par contrecoup delà motilité, est intimement lié à celui de l'intelligence. De là à dire que, pour développer l'intelligence, il faut commencer par développer les sens et le mouvement, il n'y a qu'un pas ; et c'est sur ce principe que i i i i i â fonde d'éducation des idiots, qui, élargie et appliquée par le docteur Bourneville à Bicêtre, donne des résultats assez encourageants.

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