‹ Psychologie de l'idiot et de l'imbécileChapitre 30 sur 90 · DE L'ATTENTION · texte numérisé non relu

DE L'ATTENTION

Sommaire : Attention spontanée et attention volontaire. - Rôle de l'attention dans le développement intellectuel cl l'éducation. — L'attention comme base de classification des idiots et des imbéciles. — Mise en éveil de l'attention chez les idiots. — travail, discipline.- Paresse et indiscipline.— Leurs rapports avec l'attention. — L'attention, phénomène sociologique. - Attention chez l'imbécile. — Son instabilité. - Réflexion. — Préoccupation.

Nous avons, au début, fait reposer notre classification des degrés de l'idiotie et de l'imbécillité sur le degré plus ou moins marqué de l'attention. C'est le moment maintenant de justifier son importance dans l'état mental des idiots.

On a cru voir là une contradiction avec notre refus d'accepter l'opinion de Séguin qui considérait l'idiotie comme due à une lésion de la volonté, sous prétexte que l'attention suppose la volonté. Mais avant de considérer l'attention volontaire il faut d'abord s'occuper de l'attention spontanée qui la précède et à laquelle la première est subordonnée. D'ailleurs, en prenant l'attention pour base de classification des idiots et des imbéciles, nous n'avons d'autre but que d'avoir un point de repère facile à retrouver, un caractère mesurable et comparable, et en même temps pratique.

Il y a deux formes bien distinctes d'attention, l'une spontanée, naturelle; l'autre volontaire, artificielle. La première est la forme véritable, primitive, fondamentale de l'attention. La seconde est le résultat de l'éducation. C'est de la première que

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nous devons surtout nous occuper, puis<|ue sans elle la seconde ne saurait exister.

Nous n'essaierons pas ici de montrer le rôle de l'attention dans le développement de l'intelligence et dans l'éducation : c'est là une connaissance vulgaire et qui est du domaine de la psychologie normale, non de la psychologie morbide que nous avons en vue. Ce que nous devons rechercher, c'est l'état de l'attention chez l'idiot et l'imbécile et les conséquences qui en découlent, en nous basant sur ce qu'on observe chez les individus normaux. Sous ce rapport, nous pouvons suivre le plan de M. Ribotdans son intéressant livre sur la psychologie de l'attention.

Il est facile dès l'abord de prévoir la faiblesse de l'attention chez les idiots, rien qu'en considérant l'anatomie pathologique de leur cerveau. L'intelligence, d'après Ferrier (1) dont l opinion est du reste courante et justifiée, est proportionnelle au développement de l'attention, elle est proportionnelle aussi au développement des lobes frontaux. Leur ablation, dans leur portion antérieure, ne cause aucun trouble moteur, mais une dégénérescence mentale dont la dominante est la perte de l'attention; et il ajoute : « Les lobes frontaux sont imparfaitement développés chez les idiots dont le pouvoir d attention est très faible. » Rien n'est plus exact et montre mieux que l'intelligence et l'attention sont corrélatives. D'autre part, la faculté d'attention semble primitivement en rapport avec la vivacité des sensations. Perez [2) a remarqué chez les petits enfants comme chez les jeunes animaux que les plus facilement attentifs sont, à ce qu'il semble, ceux dont lexcitabilitc nerveuse est la plus grande. Or nous venons de voir dans le chapitre précédent combien la sensibilité était défectueuse. L'anatomie et la physiologie tendent donc à nous montrer également l'impossibilité de l'attention normale chez 1 idiot.

Si nous passons maintenant à la genèse de l'attention, a son mécanisme, nous verrons encore mieux qu'il nen saurait être autrement. Forte ou faible, partout et toujours, elle a pour

(1) Ferrier, Les Fondions du cerveau.

(2) Perez, loe. cil.

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cause des étais affectifs, et son mécanisme est essentiellement moteur, c'est-à-dire qu'elle agit toujours sur des muscles, principalement sous la forme d'un arrêt. Aussi Maudsley I dit: « Gelui qui est incapable de gouverner ses muscles est incapable d'attention.» Les mouvements du corps, de la face, des membres, et les modifications respiratoires sont les conditions nécessaires, les éléments constitutifs, les facteurs indispensables de l'attention (Ribotj (2). En résumé, état affectif mettant en jeu le pouvoir moteur, voilà l'attention. Si ces deux éléments sont altérés, comme ils le sont chez l'idiot, on concevra aisément la lésion de l'attention. Examinons-les donc séparément.

Pour ce qui est de l'élément affectif, nous sommes forcé d'anticiper sur la suite, sur le chapitre où nous étudierons les sentiments affectifs. Nous pouvons le dire tout de suite, et il est facile de le prévoir, les sentiments affectifs en général sont aussi peu développés chez les idiots que tout le reste. Sans entrer, pour le moment, dans la démonstration de cette proposition et en l'acceptant sous la réserve de la justifier plus loin, nous pouvons dire dès maintenant que le facteur le plus essentiel de l'attention, l'état affectif, fait défaut en tout ou en partie. Quant au second facteur, l'élément moteur, nous savons également qu'il présente très fréquemment des anomalies, paralysies, contractures, convulsions, automatisme, etc. Quand il n'existe pas de troubles aussi marqués, on observe cependant encore une certaine lenteur, de la maladresse ou de l'incoordination des mouvements. Bref, le pouvoir moteur de l'attention mise en jeu par des états affectifs de mauvaise qualité, pour ainsi dire, est lui-même atteint et imparfait. Rien de surprenant dès lors que l'attention présente une telle diminution quand ce n'est pas une absence presque complète.

Si nous recherchons maintenant quels sont, parmi les états affectifs, ceux qui sont les plus simples, et déterminent les premiers l'attention, nous constatons que ce sont ceux qui ont

(ï) Màudsley, Physiologie de l'esprit.

■2 Mibot, loc. cil.

nour cause des tendances, des appétits, des besoins, et se ■aT • ehen en dernière analyse, à ce qu'il y a de plus profon- "m-acinédans l'individu, ^^^^~t Nous avons vu dans le chapitre précèdent que c sennn en ipfeme de la conservation était très atténue, » guère nue par la voracité pour les aliments, et que le be oîn de 1 f im, qui est la condition primordiale de la con serv" ion de la vie, était souvent très mal apprécie. Chez les d 01 rnc ables, es états affectifs les plus élémentaires «btsoT^o^errattention manquent c^nc ou sont ex - . «-«;m;c Vt d'il est vrai (lue 1 attention esi au

e,l,e "»da»ccs égoïstes, aurai, ta récompenses, émotions tendres et s,mpathiqoes ™— - ^ Bls

S» L'attention est susclee et ma.ntenue par des de formation secondaire: amonr-propre, émulai»»,

in^l S 'ïo^anisation : 1— n est snseitée et maint,nue par l'habitude.

Posons en revue ces trois degrés e, voyons ce q»U. en es,

ATTENTION DE L 11)10 r

chez les idiots. Chez l'idiot profond, l'attention est réduite à su plus simple expression ; on peut presque dire qu'elle n'existe pas. La vue des aliments seule a quelquefois le privilège de le faire sortir de son indifférence. Quelquefois aussi on arrive par surprise à déterminer chez lui une lueur d'attention passagère qui s'éteint plus rapidement encore qu'elle n'est apparue. A l'audition d'un bruit brusque et fort, par exemple, l'idiot se retourne ou tourne simplement les yeux, puis retombe dans son impassibilité habituelle dont rien ne peut plus le faire sortir. D'idées, il n'en a pas ; de sentiment, il n'en a pas ; de sensations, il en a à peine. Le seul besoin qu'il ressente vaguement est celui de la faim. C'est aussi l'aliment qui attire le premier l'alteniion de l'enfant nouveau-né La sensation de la faim, le sentiment du besoin satisfait qui s'associe avec la sensation du contact du mamelon, constituent presque seuls ses connaissances. Mais au lieu de s'en tenir là, il progresse rapidement. L'idiot, au contraire, ne va pas plus loin, il a beau grandir, se développer, son horizon intellectuel et sensitif ne paraît pas s'élargir. Il est comme un enfant en bas âge avec cette différence toutefois que,, chez ce dernier, tout dans sa manière d'être indique que l'intelligence est susceptible de se développer sous l'influence des impressions qu'elle reçoit de l'extérieur, tandis que chez l'idiot on s'aperçoit facilement qu'elle en estincapable. C'est ce qui donne un caractère si spécial à l'idiot dès le début de son existence, à l'idiot congénital, bien entendu. Nous avons déjà indiqué sur quoi se fondent les parents pour porter ce triste pronostic sur leur enfant. C'est une question d'impression générale plus encore que de détail. Mais si on analyse les choses, on voit que, en fin de compte, ce qui frappe dès l'abord, c'est en toutes choses le défaut d'attention. On cherche à attirer la vue de l'enfant, il détourne la tète d'un autre côté ; on fait du bruit à son oreille, il continue à regarder devant lui comme s'il n'avait rien entendu. On met sous ses yeux un aliment, et son désir ne s'éveille pas ; on lui fait sentir une odeur désagréable, et il ne la repousse pas. Plus on y réfléchit, plus on analyse ce qu'on observe chez les idiots, plus on est convaincu de l'altération fondamentale de l'attention.

Sollier. — Uhliol. 5

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Chez, les idiols simples on peut rencontrer une attention spontanée capable d'être développée et même transformée en attention volontaire. En d'autres termes, les idiots simples sont éducables, tandis que les idiots profonds ne le sont pas, et cela lient uniquement à la présence ou à l'absence d'attention. Cette remarque n'est du reste pas propre à l'idiot, et on peut la faire chez les animaux qu'on cherche à dresser. Darwin avait remarqué que des singes inattentifs qu'on essayait de dresser par des punitions devenaient rétifs, tandis que les singes attentifs pouvaient toujours être dressés.

Chez les idiots simples, l'attention dont ils sont susceptibles est souvent bien difficile à éveiller ; et il faut user de tous les procédés que la pédagogie peut fournir. Telles sont, par exemple, les images, les couleurs. Les idiots paraissent être en effet surtout des visuels. Aussi est-il nécessaire de se servir, pour les instruire, de tableaux, de livres illustrés, en accompagnant ses paroles de l'explication figurée. Il faut exagérer les gestes démonstratifs et autant que possible leur présenter toujours les objets dont on leur parle. Ils ne paraissent du reste jamais comprendre du premier coup ce qu'on leur dit. L'attention qui ne demande pas d'efforts ou qui éveille chez eux un sentiment de plaisir, ce qui vaut encore mieux, est presque la seule qu'on constate chez les plus inférieurs. Chez les supérieurs seulement, on peut déterminer l'attention volontaire, et par là développer leur intelligence eu général.

Sous le rapport de l'attention volontaire, on peut établir différents degrés dans la catégorie des idiots simples. II en est chez lesquels l'attention volontaire se produit très rarement, par intermittences, sous l'influence d'une grande satisfaction par exemple; d'autres où elle se produit facilement, taais est peu tenace; d'autres enfin chez qui elle est presque devenue une habitude quand on les remet dans les mêmes conditions. Ces trois variétés, dont les deux premières sont de beaucoup le plus nombreuses, se distinguent facilement au m.heu d une -rande agglomération d'idiots par deux manifestations principales : le travail ou la paresse, et la discipline ou 1 mdiscpline.

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