‹ Psychologie de l'idiot et de l'imbécileChapitre 42 sur 90 · APTITUDES MUSICALES · texte numérisé non relu

APTITUDES MUSICALES

Nous ne parlons pas bien entendu, comme tendances musicales, des chantonnements continuels de certains idiots incurables; bien qu'à un certain point de vue on puisse les rapproeber de ces chants rythmés sur deux ou trois notes au plus de certains peuples primitifs. Comme ces sauvages qui accompagnent leur chant monotone de mouvements cadencés, toujours les mêmes, les idiots qui chantonnent accompagnent aussi leur chantonnement d'un balancement de la tête et du corps. Pour les amateurs d'atavisme chez les idiots, ils peuvent en trouver là un exemple.

Quelquefois, des idiots, qui ne savent pas prononcer un mot, retiennent du premier coup un air même assez difficile qu'ils fredonnent juste ensuite. Chez d'autres la musique fait cesser leurs cris ou bien ils adaptent leur balancement à son rythme.

Chez les idiots simples, cette tendance musicale se rencontre très fréquemment. Dagonet (1) cite une idiote dont le vocabulaire était très restreint et qui n'avait commencé à parler qu'à neuf ans. Elle n'avait aucune notion des notes et cependant elle avait une aptitude remarquable pour la musique. Ainsi elle répétait sur le piano les airs, sans doute peu compliqués, qu'elle entendait pour la première fois. Elle était, du reste, fille de musiciens distingués.

Morel (2) rapporte également l'histoire d'un idiot qui se mit un jour à jouer du tambour et y fit en trois ou quatre fois des progrès assez rapides pour remplir les fonctions de tambour à l'asile où il était. Or son père et son grand-père avaient été tambours dans l'armée, et son frère avait toujours eu le plus vif désir de devenir aussi tambour au régiment. On pourrait multiplier ces exemples, et nous avons nous-mème observé un assez grand nombre d'idiots chanteurs qui connaissaient tous les airs à la mode en en écorchant bien entendu les paroles.

Chez les imbériles,on observe souvent aussi ces mêmes ten dances. Il est même à remarquer que souvent ceux qui spontanément, sans aucune étude préalable, jouent d'un instrument et reproduisent les airs qu'ils ont entendus, sont inca-

(1) Dagonet, Traité des maladies mentales.

(2) Morel, Éludes cliniques.

pables d'apprendre la musique enseignée d'une façon méthodique. Cela lient à l'instabilité de leur attention sur laquelle nous avons déjà insisté et qui les empêche de jamais atteindre à un développement complet, même pour les facultés où ils montrent le plus de dispositions. Cette particularité montre bien quelle différence il y a entre eux et les individus normaux et prouve que celte différence tient uniquement au trouble de leur attention. Chez les gens normaux, en effet, l'éducation perfectionne les tendances naturelles et leur permet d'arriver à une grande perfection. Chez les imbéciles, au contraire, la disposition naturelle reste seule et l'éducation est incapable de la développer. On en a un exemple frappant chez ces enfants prodiges qu'on promène de ville en ville de temps à autre comme musiciens ou calculateurs. Jamais on ne les voit devenir de grands artisles ou des mathématiciens distingués. Ils ont une aptitude plus grande que celle des sujets que nous examinons en ce moment, et voilà tout, car leur intelligence n'est souvent pas plus développée que celle des imbéciles. Aussi les voit-on s'arrêter court à un certain âge, au moment de la puberté surtout, cesser de faire aucun progrès, rétrograder même souvent rapidement.

Il est un point sur lequel nous devons attirer l'attention : dans plusieurs de ces observations de dispositions musicales étonnantes, on note que les parents étaient eux-mêmes des musiciens distingués, quelquefois même que l'instrument sur lequel l'idiot se montre habile est précisément celui de son père, de son grand-père. Faut-il voir là une preuve de la réalité de la mémoire organique héréditaire qui apparaît surtout dans les cas où la disposition fait uncontraste remarquable avec le faible développement du reste des facultés intellectuelles?

Mais il n'y a pas que les aptitudes musicales qu'on puisse observer à un haut degré chez les idiots et les imbéciles. Ireland (I) cite deux cas où existaient, dans l'un, une remarquable aptitude à dessiner et à graver sur bois, dans l'autre, une disposition toute spéciale pour l'architecture et la eons-

(1) Ireland, Traité de l'idiotie.

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