‹ Psychologie de l'idiot et de l'imbécileChapitre 44 sur 90 · DES SENTIMENTS · texte numérisé non relu

DES SENTIMENTS

Sommaire : Des divers ordres de sentiments. — Plaisir et douleur. — Sentiments affectifs. — Pleurs, rire. — Passions. — Attachement, amitié, amour. — Affectivité pour les animaux. — Commisération. — Crainte. — Courage. — Colère. — Reconnaissance.

— Sentiments sociaux. — Protection. — Solidarité. — Propriété.— Vol. — Travail. — Paresse. — Sentiments moraux. — Droit et devoir. — Remords. — Récompenses cl punitions. — Religiosité.

— Sentiments de famille. — Pudeur. — Timidité. — Modestie.— Vanité. — Coquetterie. — Sentiments esthétiques. — Sentiments intellectuels. — Étonnement. — Curiosité. — Crédulité. — Véracité. — Mensonge. — Ruse. — Physionomie. — Microcéphales. — Hydrocéphales. — Myxœdémateux, leur caractère. — Imbéciles, leur caractère.

« L'appétit est l'essence même de l'homme, a dit Spinosa, et le désir, c'est l'appétit avec conscience de lui-même. » Satisfait, le désir produit une émotion de plaisir ; contrarié, une émotion de peine. Plaisir ou douleur, voilà les émotions fondamentales liées à tout phénomène affectif, et pour nous tous les sentiments dérivent des sentiments affectifs.

Nous examinerons donc ces premiers sentiments avec les émotions et les passions qui s'y rattachent. Les sentiments affectifs nous conduisent tout naturellement aux sentiments sociaux. Mais ceux-ci ont d'autres attaches, et si les sentiments affectifs sont la première condition de leur naissance, les sentiments moraux sont la condition non moins nécessaire de leur maintien. La société repose en effet sur la pro-

priété, de quelque espèce qu'elle soil, et pour l'acquérir il faut développer une certaine activité, produire un travail qui se manifeste différemment suivant les époques et les civilisations, mais qui existe partout et toujours. Tout ce qui viendra dans une société troubler ce rapport fondamental entre le travail et la propriété acquise, sera mal et injuste. Tout ce qui le fortifiera sera bien et juste. La famille et les sentiments qu'elle détermine étant le point de départ de la société, se rattachent tout naturellement à l'étude des sentiments moraux. Mais, pour les entretenir, les hommes n'ont pas cru que les sentiments naturels fussent suffisants non plus que leur intérêt bien entendu, et plus la société s'est développée, plus l'intérêt général a cédé la place à l'intérêt particulier. Pour chercher à maintenir l'état normal, on a recouru à d'autres moyens, la récompense et le châtiment, et ces moyens même ne suffisant pas, on s'est servi des moyens surnaturels ou prétendus tels. L'ignorance où on était des grands phénomènes de la nature rendait la chose facile et peu à peu les religions se sont formées, qui aboutirent à des conceptions idéalistes dont on commence à peine aujourd'hui à voir l'inanité. Les sentiments religieux qui ne sont qu'une conséquence du raisonnement humain ne sont donc pas des sentiments naturels. Aussi, tandis qu'on voit la disparition des autres sentiments pouvoir former des états morbiles spéciaux, celle du sentiment religieux n'a jamais donné lieu à aucune forme patbologique. Une fois la société constituée, l'intérêl n a pas été le seul but. Le besoin s'est fait sentir de satisfactions générales, les sentiments esthétiques se sont développés et enfin les sentiments intellectuels, supérieurs à tous.

Il va sans dire que tous ces sentiments se sont plutôl développés parallèlement que successivement, mais si l'on considère l'évolution de l'enfant, on voit qu'ils se sont néanmoins présentés avec une prédominance de plus en plus grande dans l'ordre que nous indiquons. C'est encore plus frappant chez l'idiot et nous chercherons à le démontrer dans les pages qui vont suivre, en même temps que nous tenterons d établir aussi quels sont les sentiments primaires et secondaires de l'esprit humain. Il est possible que l'ordre que nous donnons

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