SENTIMENTS AFFECTIFS
ici ne soit pas admis en général; il nous a cependant paru le [.lus rationnel et reposer sur l'évolution môme de l'esprit de l'enfant, et de cet être qui reste toute sa vie pire qu'un enfant, de l'idiot.
La vie affective ne consiste pas au fond dans le plaisir et la douleur. Ce ne sont là, avons-nous dit, que des effets, des signes qui montrent que certains appétits ou penchants sont satisfaits ou contrariés. Aussi nous avouons ne pas bien saisir la théorie de RI . Paulhan ( l) qui voit clans tous les phénomènes affectifs le résultat de l'arrêt d'une tendance. Mais passons.
Chez l'idiot complet, les sentiments et les émotions peuvent être nuls, même les sentiments affectifs les plus élémentaires. Et quand on songe que ces êtres sont incapables de reconnaître ce qui se passe autour d'eux on n'en sera pas surpris. Toutefois, même chez les plus dégradés on peut observer quelquefois des mouvements de plaisir ou de douleur, de joie ou de tristesse, de colère aussi, provoqués par des sensations physiques. Ils agissent en cela comme les jeunes enfants. « Les plus vifs sentiments de l'enfant, dit Perez (2), sont longtemps ceux qui se rapportent au goût. Le besoin de manger domine longtemps tous les autres, même le besoin de mouvement. » Il en est de même chez l'idiot profond qui ne paraît guère sensible qu'à la nourriture, si l'on en juge par l'agitation qu'il présente dès qu'on la lui apporte. D'autres fois, comme l'ont remarqué Griesinger, Dagonet, etc., ces mouvements de joie et de tristesse ne paraissent motivés par rien et être le résultat immédiat de modifications insaisissables survenues dans l'état du cerveau et du système nerveux (Griesinger) (3). On les voit quelquefois se mettre tout à coup à rire, ce qui est rare, mais plus souvent à pousser des cris, à s'agiter, à frapper, en même temps que leur visage se congestionne, et cela, sans qu'on puisse découvrir aucune cause à leur accès qui paraît se terminer de même sans motif,
il) Paulhan, Les Phénomènes affectifs.
(2) Perez, loc. cil.
(3) Griesinger, loc. cil.
et après le(|uel ils retombent dans leur immobilité et dans leurs mouvements automatiques. Le sentiment du plaisir et de la souffrance est assez vague chez les idiots simples; chez les plus inférieurs, la douleur parait être à peine ressentie. Les cas d'auto-mutilalion sont là pour le prouver. On a cité des femmes qui sont accouchées sans paraître sentir les douleurs de l'enfantement. Nous avons vu, à propos de la sensibilité organique, combien ils ressentaient peu les modifications pathologiques de leurs organes, se promenant avec des maladies mortelles, sans manifester autre chose qu'un peu d'abattement.
Quant à la douleur morale, elle ne peut se montrer évidemment qu'en rapport avec le développement de la sensibilité affective. Nulle chez les idiots complets, elle apparaît avec les degrés moins profonds sans jamais atteindre toutefois un bien grand développement.
Aussi voit-on bien rarement des idiots pleurer. 11 faut pour cela qu'ils soient atteints dans leur sensibilité physique ou dans la satisfaction immédiate de leurs tendances. La chose doit être brusque pour qu'ils ressentent un peu vivement les impressions. Le souci de l'avenir pas plus que le souvenir du passé ne les préoccupent, le présent seul existe pour eux. Dans ces conditions, la sensibilité morale est forcément bien émoussée.
Chez l'imbécile, la douleur physique est ressentie beaucoup plus vivement que la douleur morale. Très égoïstes, les imbéciles se préoccupent avant tout de leur bien-être. Ils s'inquiètent facilement du moindre mal qu'ils éprouvent, réclament des soins et sont très douillets, à l'inverse des idiots. Quand B s'agit au contraire de peines morales, ils montrent une indifférence remarquable aux causes capables de les provoquer.
Vous leur annoncez qu'un des leurs est gravement malade .ou est même mort : ils ont l'air au premier abord de s'attrister. Cessez de leur parler, et vous allez les voir, après ce ipremier mouvement, vous entretenir de n'importe quelle iidée qui leur passe par la tête, et surtout de ce qui les touche, de quelque futilité le plus souvent. Le meilleur moyen de vous faire aimer d'eux eslde leur faire des compliments qu'ils acceptent avec empressement, si hyperboliques qu'ils soient.