DOULEUR MORALE
En ce qui concerne le sentiment du plaisir en général, il est aussi obtus que celui de la douleur chez les idiots inférieurs. Lorsqu'on arrive à déterminer leur attention par quelque chose d'inattendu, de brillant, etc., on ne saurait, trop dire quel est leur sentiment exact, si c'est de l'étonnement simple ou du plaisir. Il est très possible que ce ne soit ni l'un ni l'autre, et qu'il n'y ait chez eux qu'une réaction motrice inconsciente à l'excitation.
Le rire, comme les larmes, est exceptionnel chez les idiots profonds. En cela ils se rapprochent de l'animal et restent même bien au-dessous, car celui-ci a toutes sortes de moyens de témoigner sa satisfaction. Les idiots d'un degré moins élevé savent, au contraire, manifester leur plaisir par des rires et des battements de mains ou des cris. Mais, de toutes leurs manifestations de satisfaction, c'est certainement le rire qui est la moins fréquente, car c'est la plus caractéristique de l'humanité. L'idiot, nous l'avons dit, est peu joueur, il est solitarius, t8ioç, et reste concentré sur lui-même; la raison en est qu'il est inconscient, qu'il ne pense pas et non qu'il réfléchit.
Tout autre est le caractère de l'imbécile. Insouciant, il est tout au plaisir qu'il éprouve et qui, seul, est capable d'occuper son attention, encore qu'il faille en changer souvent. Il' s'amuse à n'importe quoi plutôt que de travailler. Au lieu d'être concentré, il est expansif, — lui restant au centre de cette expansion. Son imagination déréglée va à l'aventure et les choses les plus invraisemblables ne l'étonnent pas, tant le jugement et le raisonnement lui font défaut. 11 rit des moindres choses, la plupart du temps sans les comprendre, parce qu'il voit rire les autres et qu'il croit risibles des choses qui, quelquefois, ne le sont pas du tout. Il manifeste sa joie bruyamment sans proportion avec le sujet qui la cause, s'excitant progressivement et quelquefois ne sachant même plus à la fin pourquoi il a ri. L'idiot ne rit pas quand il ne comprend pas ; aussi rit-il rarement, à moins qu'il ne rie continuellement, comme cela se voit chez certains idiots incurables qui ricanent sans cesse en se balançant. Le rire alors est un vrai tic analogue aux autres, et où l'intelligence n'a absolument rien à
voir. L'imbécile croit tout comprendre et rit sans motif, oubliant même les circonstances tristes dans lesquelles il peut se trouver, si un détail qui lui paraît comique, à tort ou à raison, vient attirer son attention.
A mesure que nous avançons, nous voyons donc se creuser le fossé qui sépare l'idiot de l'imbécile. Dansée cas particulier, l'imbécile fait certainement preuve de moins de jugement que l'idiot, en riant sans comprendre.
A propos du rire, signalons les accès de rire spontané chez les idiols et les imbéciles, accès survenant sans cause apparente comme cela arrive chez les gens nerveux. Ils sont assez souvent observés comme premier signe'attiranl l'attention des parents.
Si, dans certains cas, leur cause échappe complètement, dans d'autres, et particulièrement chez les imbéciles, on peut la trouver dans l'existence de certaines idées délirantes, d'ordre érotique surtout, ou comme réponse à des hallucinations auditives ou visuelles.
A côté du sentiment de satisfaction que leur procure la nourriture, le premier sentiment "que l'on rencontre chez les idiots les plus dégradés, c'est rattachement à la personne qui le soigne. Ce sentiment est souvent bien vague, bien fugace surtout, et disparait rapidement pour se porter sur une nouvelle personne. Aussi est-il bien'probable que l'attachement qu'ils montrent s'adresse moins à la personne qu'aux soins qu'ils en reçoivent.
Chez les idiots moins complets, cet attachement à la personne même qui s'occupe d'eux devient bien plus manifeste. Et cela tient surtout à ce qu'ils sont susceptibles d'attention, ce qui leur permet de juger si c'est toujours la même personne qui les soigne, el, si elle change, d'apprécier les différences entre les soins qu'ils reçoivent. Plus l'attention se développe, plus aussi, par conséquent, se développe cette appréciation, d'où naît la préférence et l'attachement pour telle ou telle personne.
L'idiot sourit à l'approche de ceux qui lui causent doucement et qui cèdent à leurs désirs. Parlez-leur brusquement,