DÉFINITIONS
L'idiotie, dU Séguin (1), est une infirmité du système nerveux qui a pour effet de soustraire lotit ou parlie des organes et des facultés de l'enfanl à l'action de la volonté, qui h livre à ses instincts et le retranche du mande moral. L'idiotie semble, d'après cela, être la lésion, la cause et non l'effet. De plus celte définition est inexacte : les idiots profonds, complets, n'ont absolument aucun instinct, et ce n'est en tout cas pas la perte de la volonté qui fait d'un enfant un idiot, comme il le croit et l'affirme positivement. Ne dit-il pas en propres termes : « L'idiot jouit de l'exercice de toutes ses facultés intellectuelles, mais il ne veut les appliquer que dans l'ordre des phénomènes concrets, et encore seulement à ceux des phénomènes concrets comme la texture, la forme, la saveur, le goût, le sou ou telle autre propriété particulière (et que souvent il apprécie seul) qui sollicitent en lui un désir, une manifestation de l'intelligence, de la vie ? » En vérité, c'est là une étrange philosophie que de considérer la volonté comme une chose distincte du reste de l'intelligence. Ainsi l'idiot pourrait presque à son gré ne pas l'être si sa volonté était assez forte ! Pourquoi alors tout le traitement de l'idiotie ne consiste-t-il pas à développer celle volonté trop faible? L'idiot ne veut pas parce qu'il ne peut pas ; il ne sent pas parce qu'il ne peul pas, et s'il ne peut pas, c'est que son cerveau est mal construit et insuffisant, qu'il est anormalement et incomplètement développé. Plus ce développement cérébral sera défectueux, plus l'idiotie sera profonde, que ces défectuosités soient congénitales ou consécutives à une affection survenue après la naissance.
Félix Voisin (2), dans un mémoire peu connu sur l'idiotie chez les enfants, la définit ainsi : « Dans l'étal actuel de la science, l'idiotie pourrait donc être définie : cet élal particulier de l'esprit dans lequel les instincts de conservation et de reproduction, les senlimenls moruu.v el les pouvoirs intellectuels et perceptifs ne se sont jamais manifestés, ou cet • '■lai particulier dans leipiel ces différentes virtualités de
(i) Séguin, Traitement moral des idiots.
(.2) Félix Voisin', De l'idiotie chez les enfants, iS/|3.
noire ôlre, ensemble ou séparément, ne se sont qu'imparfaitement développées. >;
Au Congrès annuel des médecins aliénistes allemands de 1881 (I), M. Kind, au nom d'une commission composée de MM. Cramer, Guttstadt, Ideler, Koch et Kœhler, a proposé la délinition suivante: Sont appelés idiols tous les psychopathes privés partiellement ou complètement d'intelligence ou de raison dès l'accouchement ou dans la première enfance. MM. Guttstadt, Cramer, Ideler proposèrent d'appeler idiots tous les psychopathes qui, à la suite d'une affection cérébrale congénitale ou acquise dès les premières années de la vie. ne sont pas complètement susceptibles d'éducation.
Les autres définitions que donnent Griesingcr, Delasiauve, Dagonet, Luys, Ireland, etc., se rapprochent toutes plus ou moins de celles que nous venons de citer, aussi les passeronsnous sous silence.
M. J. Voisin propose la définition suivante : L'idiot est un individu dont les facultés intellectuelles, sensitives et motrices, ne se sont pas développées ou se sont développées anormalement d'une manière défectueuse ou encore se sont arrêtées dans leur évolution, avant ou quelques années après la naissance, à un degré qu'elles ne peuvent franchir, par suite de lésions fœtales ou chroniques variées de l'encéphale.
Pour nous, c'est une affection cérébrale chronique à lésions variées, caractérisée par des troubles des fonctions intellectuelles, sensitives et motrices, pouvant aller jusqu'à leur abolition presque complète, et qui n'emprunte son caractère spécial, particulièrement en ce qui concerne les troubles intellectuels, qu'au jeune âge des sujets qu'elle frappe.
Penser, agir, sentir, sont les trois modes de la fonction physiologique du cerveau. Les fonctions motrices sont dévolues à des territoires spéciaux assez bien détermines; des territoires analogues moins précis sont préposés aux fonctions sensitives. Quant à la pensée, on n'a pu la localiser nulle part jusqu'ici, quoiqu'il soit vraisemblable que les lobes frontaux y participent d'une façon plus spéciale. De fait, c'est à ce niveau
(1) La question des idiots, Arch. neurologie, i883, t. I, p. 3g5.
CLASSIFICATIONS
que chez les cléments et les idiots on trouve les lésions les plus marquées. Mais les processus pathologiques qui entraînent après eux l'idiotisme sont le plus souvent généralisés, aussi toutes les fonctions de l'organe sont-elles plus ou moins troublées, la motilité au même titre que l'intelligence et la sensibilité. Cela nous montre que dans les formes les plus graves de l'idiotie on ne saurait étudier séparément l'état mental et l'état physique. Pour parler plus justement, c'est l'état cérébral qu'il faudrait dire, et aucune de ses manifestations fonctionnelles ne doit être négligée. Ce n'est qu'en nous élevant vers des degrés un peu supérieurs, où l'ensemble du cerveau n'est pas pris, que nous pourrons laisser de côté les troubles purement moteurs et sensitifs pour nous occuper exclusivement des fonctions intellectuelles.
Comme on peut s'y attendre, les classifications des divers degrés de l'idiotie n'ont pas manqué. À l'inverse de ce que nous disions des définitions, elles se valent presque toutes entre elles, car, avec une aussi grande variété de types, il était loisible aux. esprits les plus ingénieux et les plus subtils d'établir amant de catégories qu'il leur plaisait, et on doit leur savoir gré de n'avoir pas abusé de la latitude qui leur était laissée. Il ne sera pas inutile de passer en revue ces diverses classifications qui jetteront peut-être un peu de lumière sur les principales caractéristiques de l'idiotie.
Esquirol ( 1), se fondant sur l'état de la parole, admettait dans l'idiotie et l'imbécillité cinq degrés. Dans le premier degré de l'imbécillité, la parole est libre et facile ; dans le second degré, elle est moins facile, le vocabulaire est plus circonscrit. Dans le premier degré de l'idiotie proprement dite, l'idiot n'a à son usage que des mots, des phrases très courtes; les idiots du second degré n'articulent que des monosyllabes ou quelques cris ; enfin, dans le troisième degré il n'y a ni paroles, ni phrases, ni mots, ni monosyllabes. Toutefois, embrassant les choses à un point de vue plus général, il dit ailleurs : « Depuis l'homme qui jouit des facultés sensitives et intellectuelles, mais qui, faiblement organisé, est placé dans le dernier degré de la vie
1) Esquirol, loc. cit.
PSYCHOLof.lK DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE
intellectuelle et sociale, jusqu'à l'idiot, il y a des degrés innombrables. Qui pourrait signaler et décrire toutes les nuances de dégradation qui séparent l'homme qui pense de l'idiot qui n'a même pas d'instinct ? Néanmoins, en étudiant les faits, on peut classer les idiots en deux séries dans lesquelles ils se groupent tous. Dans la première, l'organisation est plus ou moins parfaite, les facultés sensitives et intellectuelles sont peu développées ; les imbéciles ont des sensations, des idées, de la mémoire, des affections, des passions et même des penchants, mais à un faible degré. Ils sentent, ils pensent, ils parlent et sont susceptibles de quelque éducation. Dans la seconde série, l'organisation est incomplète, les sens sont à peine ébauchés, la sensibilité, l'attention, la mémoire sont nulles ou presque nulles. Les idiots n'ont qu'un très petit nombre d'idées limitées, ainsi que leurs passions, aux besoins instinctifs qu'ils expriment par quelques mois, par quelques monosyllabes ou par des cris . La raison ne dirige point leurs actions qui, peu nombreuses, se répètent par habitude ou par imitation. »
Cette dernière classification d'Esquirol est certainement insuffisante. Les idiots de la première catégorie, qu'il appelle des imbéciles, ne sont pas des imbéciles, au sens où on le comprend aujourd'hui, et représentent plutôt les idiots simples, curables et éducables. La seconde catégorie comprend, elle, les idiots profonds, incurables, testent donc les imbéciles proprement dits, dont il ne parle pas, ou plutôt qu'il confond, si l'on en juge par les observations qu'il cite, avec les idiots simples.
Quant à prendre la parole pour base d'une classification des idiots et des imbéciles, c'est très contestable. Il s'en faut de beaucoup que la parole soit en rapport avec l'intelligence. De ce qu'un homme d'une intelligence normale parle facilement, tandis qu'un idiot profond ne parle pas du tout, il ne s'ensuit pas que la parole soit la toise à laquelle se mesure l'intelligence des individus compris entre ces deux termes extrêmes. De même que chez les individus normaux ce ae sonJ pas toujours ceux chez lesquels la parole est la plus brillant»1 qui offrenl des qualités d'esprit le plus solides, de même chez les idiots ce n'est pas non plusleseul critérium. Les microcéphales par exem-
CLASSIFICATIONS
pie parlent en général avec facilité, souvent même avec volubilité, tandis queles hydrocéphales parlent au contraire plus lentement, plus dil'lieilement et sont moins bavards. Et cependant, à moins d'un degré très accentué, l'hydrocéphalie comporte souvent plus d'intelligence que la microcéphalie. La facilité de la parole ne tient pas seulement du reste à l'état des centres nerveux, elle tient aussi à l'état des organes qui la transmettent, lesquels sont chez les idiots, comme beaucoup d'autres organes, plus ou moins défectueux. Nous ne saurions, pour notre part, nous baser sur le développement delà parole pour classer un idiot dans telle ou telle catégorie.
Dubois d'Amiens (1) admet trois classes : dans la première sont ceux qui présentent le plus haut degré d'abrutissement etsont réduits à l'automatisme; dans la seconde sont les idiots qui ne possèdent que des instincts ; enfin la troisième comprend ceux qui possèdent des instincts et des déterminations raisonnables, c'est-à-dire les imbéciles. Cette division est acceptable, mais le terme d'instinct est trop vague et n'établit pas de limites assez précises entre les diverses catégories qu'il prétend séparer.
Pinel (2) regarde l'idiotie comme une maladie de naissance caractérisée par la nullité morale et intellectuelle, mais présentant) cependant trois variétés fort distinctes : 1° l'abrutissement, état de dernière abjection humaine, où il n'y a ni sensations, ni Sentiments de besoins physiques ; 2° la stupidité, où l'on trouve quelques perceptions et au moins quelques sentimenls de besoins physiques ; 3° la bêtise, se distinguant des deux étals précédents par quelques fragments d'intelligence, et notamment par la possibilité de parler.
Quant à l'imbécillité, elle a un caractère inverse, c'est-à-dire qu'elle affecte des individus qui ont eu leur raison et qu'elle va toujours en s'aggravant.
Les deux premières catégories n'ont guère lieu d'être séparées et correspondent à la première classe de Dubois d'Amiens; la troisième, insuffisamment désignée sous le nom de bêtise,
;i) Dubois, Inductions philosophiques sur l'idiotisme cl ta démence (Mém. Acad. de méd.,
i P'inel, Traité philosophique de l'aliénation mentale.
correspond à l'idiotie simple, à la seconde classe de Dubois d'Amiens; enfin, ce qu'il désigne sous le nom d'imbécillité, c'est la démence, car l'imbécillité est tout aussi congénitale que l'idiotie et ne va pas forcément en s 'aggravant.
Henke admet trois catégories : stupidité, imbécillité, bêtise, qui paraissent correspondre à l'idiotie profonde incurable, à l'idiotie simple curable, et à l'imbécillité.
Spielmann admet trois degrés aussi : les idiots apatluques, les stupides et les imbéciles.
Holl'bauer en admet cinq variétés.
Morel (1) fait trois degrés : le simple d'esprit, l'imbécile et l'idiot. L'étendue des facultés intellectuelles et surtout du langage forme la base de cette classification. Remarquons que la première catégorie des simples d'esprit constitue ce qu'on appelle aujourd'bui les débiles qui sont de simples dégénérés et ne rentrent pas dans notre cadre. Quant à l'idiot, il présente évidemment plus d'une variété.
Belhomme (2), critiquant la division de Dubois d'Amiens, dit : « Il est évident que ce cadre est trop rétréci et ne donne pas toutes les nuances de l'idiotie. En effet, prenons la première classe de M. Dubois d'Amiens. Dans celle-ci se rangeraient l'idiot complet et l'idiot incomplet. Le premier n'a pas même le sentiment de sa conservation : on est obligé de le nourrir, sinon il mourrait de faim ; le second conserve encore le sentiment très limité de son existence et mange comme une brute, voilà tout. Il en sera de même pour les imbéciles. Il est une nuance, celle clans laquelle l'individu n'obéit qu'à ses instincts, au besoin des organes et à l'habitude; mais il n'y a rien d'intellectuel. A un degré supérieur, il y a quelque acte intellectuel ; l'imbécile est susceptible d'actes manuels que l'éducation peut perfectionner. Enfin le premier degré d'imbécillité est celui dans lequel l'individu agit et raisonne comme tout le monde, est éducable, mais ne peut arriver au degré intellectuel auquel parviennent le commun des hommes. Ces cinq catégories me paraissent donc essentiellesà admettre, etje maintiens encore
(i) Morel, Traité des mal. mentales.
[2} Belhomme, loc. cit.
CLASSIFICATIONS
aujourd'hui cette classification comme importante à l'explication de l'idiotie. Il me parait d'ailleurs nécessaire de bien limiter les nuances où il y a chance d'éducation, si l'on veut fructueusement appliqueras principes du développement intellectuel, car ce serait en vain que l'on voudrait faire naître ce qui n'existe pas. »
Félix Voisin (1) donne les divisions suivantes : « l,e Catégorie. — Idiotie complète, rarement abrutissement complet. Aucune force interne ne les sollicite à l'action, et aucune impression du dehors ne vient leur communiquer la vie. Tout se réduit à une existence végétative. La respiration et la digestion sont les deux seules fonctions apparentes. Rien de ce qui peut donner une idée de l'animal ou de l'homme n'apparaît chez aucun d'eux .
« 2e Catégorie. — Dans la seconde, je crois devoir placer les idiots moins maltraités par la nature, mais cependant dangereux pour eux-mêmes et pour la société ; ce sont ceux dont les penchants inférieurs sont complètement et fortement développés, tandis que les facultés intellectuelles et les sentiments moraux sont à peine ébauchés dans leur constitution. Je veux parler de l'idiotie qui atteint partiellement l'ensemble de nos facultés. Je m'explique par la simple exposition, traduction et interprétation des faits que j'ai chaque jour sous les yeux. Ainsi l'idiot de cette espèce aura les penchants conservateurs de l'espèce humaine, mais il ne les aura pas tous; un, deux ou trois lui feront défaut. Il possédera également les sentiments moraux, mais l'un ou l'autre de ses attributs supérieurs manquera dans sa tête. Il se fera remarquer aussi par ses facultés intellectuelles et perceptives; mais le nombre n'en sera pas complet, et on ne pourra non plus le placer, sous ce rapport, au niveau d'une organisation commune. Son idiotie, regardée jusqu'à présent d'une manière si vague, si banale et si générale, se compose donc d'idioties partielles qui le frappent dans chaque ordre de ses facultés. Ce sont particulièrement ces idiots qui, sous le rapport des facultés de tout ordre qui leur restent, peuvent aisé-
(i) Félix Voisin, loc. cit.
meut succomber aux excitations extérieures et peuvent gisement aussi répondre à l'instruction et à l'éducation qu'on leur donne, toujours néanmoins clans la mesure de leur capacité naturelle, car l'éducation et l'instruction ne créent pas les facultés fortes ou faibles: il faut qu'elles existent pour que les instituteurs puissent, à force de patience.de soins, en tirer le parti le plus avantageux à l'individu comme à l'ordre social.
« 3° Catégorie. — Enfin, au-dessus de ces idiots, s'en trouvent quelques autres qui se rapproebent davantage encore de l'homme ordinaire, quoique bien ostensiblement privés de quelques facultés supérieures (comparaison el causalité;. Leurs sensations fugitives, leurs sentiments vagues, leurs penchants indéterminés, la marche irrégulière de leurs idées, la facilité avec laquelle ils s'excitent, leur parler en phrases hachées ou par substantifs et par verbes lorsqu'ils éprouvent diverses émotions, tout fait également sentir pour eux la nécessité d'une instruction et d'une éducation spéciales. Ces sujets, que l'on désigne ordinairement sous le nom dïmbéciles, doivent autant que possible être mis dans l'impossibilité de nuire ou dé compromettre l'étal social.
Quoique un psu long, nous avons tenu à donner ce passage en son entier, car celui qui l'a écrit est, à notre sens, un des hommes qui ont eu les vues les plus justes sur l'idiotie et l'imbécillité.
Griesinger (1) admet deux degrés seulement : 1° les cas graves dans lesquels l'intelligence est nulle ; 2° les cas légers où il y a simplement faiblesse intellectuelle. Classification évidemment insuffisante. Toutefois, dans un autre passage de son livre, il dit : « Dans tous les cas d'idiotie, on peut facilement distinguer deux formes fondamentales qui, à leurs degrés extrêmes, ditlèrent essentiellement entre elles, mais qu'il est souvent assez difficile de préciser quand la dégénérescence est peu profonde. Ce sont la forme apathique (torpide, stupide), et la forme agitée, versatile ». Cette subdivision, basée sur une observation clinique parfaitement exacte, ne saurait cependant
i) Griesinger, Traité des mal. mentales.
CLASSIFICATIONS
LS
suffire pour une classification générale, puisqu'elle s'applique à chacun des divers degrés de l'idiotie.
Séguin ; I , critiquant la manie des classifications, renonce à en faire une nouvelle après toutes celles qui existent déjà. Il se borne à différencier les idiots des arriérés, des imbéciles, des crétins et des déments. Quant à l'imbécillité, il ne considère que celle qui est « consécutive à un état du cerveau dont les causes les plus fréquentes sont: 1° la manie solitaire; 2° l'excès du travail intellectuel avant et pendant l'épanouissement delà puberté: 3° les affections aiguës de l'encéphale et les maladies de l'intestin qui réagissent sur le cerveau ; 4° une chute ou un coup violent sur la tète et en particulier dans les régions antérieures et supérieures pendant les années qui précèdent la puberté ». Séguin fait allusion seulement aux cas d'imbécillité symptomatique, et laisse ainsi complètement de côté l'imbécillité congénitale ou même consécutive à des affections cérébrales delà première enfance, qui, suivant leur degré d'intensité, laissent derrière elles de l'imbécillité, île l'idiotie simple ou de l'idiotie profonde.
M. Dagonet (2) distingue quatre degrés : 1" simplicité d'esprit; 2° imbécillité d'Esquirol ; 3° idiotie proprement dite .d'Esquirol; 4^ automatisme de Dubois d'Amiens. Les simples d'esprit ne rentrent pas dans notre cadre. Quant aux trois autres catégories, elles se rapprochent absolument de la division de Dubois d'Amiens.
Ireland 3 approuve la classification d'Esquirol, mais ne la suit pas, et divise les idiots d'après leurs manifestations mentales, de la manière suivante : « 1° ceux qui peuvent recevoir des impressions sensorielles, qui ont des sensations qui ne peuvent aboutir à des perceptions. Ils possèdent seulement l'intelligence passive d'Aristote; 2° ceux qui ont aussi le pouvoir de comparer, de raisonner et de tirer des conclusions générales; qui ont une intelligence active; 3° ceux qui peuvent former des idées abstraites. Cette classe comprend tous les
(1) Séguin, loc. cit.
(2) Dagonet, Traité des mal. mentales.
(3) Ireland, Traité de l'idiotie et de l'imbécillité.
plus hauts degrés de l'idiotie et demanderait sans doute une subdivision plus détaillée.
11 trouve qu'un bon moyen déjuger les idiots, c'est de les comparer à des enfants ordinaires d'un Age donné, opinion que nous avons essayé plus haut de combattre. « L'idiotie, dit-il, peut être considérée en somme, dans ses manifestations mentales, comme une condition infantile définitive. Les idiots restent toute leur vie des enfants comme intelligence, souvent aussi comme sentiments et comme désirs. »
Sçhiile (l) s'exprime ainsi: « On peut chercher à classer les différents cas d'idiotie : 1° au point de vue de la physiologie clinique; 2° en formant des familles naturelles , d'après l'ensemble des signes psychiques, physiques et crâniologiques. Une classification étiologique permettant de séparer nettement les différents cas serait ici artificielle et prématurée, comme pour les autres cérébro-psychoses ; mais les considérations écologiques servent à distinguer certaines variétés. On ne peut pas non plus baser une classification sur le langage, car on n'a pas seulement affaire chez les idiots a des troubles intellectuels. » 11 dislingue : I l'idiotie absolue, et -2 l'imbécillité. Il divise ensuite celle-ci en : profonde, non susceptible d'éducation (idiotie); imbécillité de degré moyen et léger. Enfin il distingue dans ces dernières catégories les types cliniques suivants : 1° imbécillité simple avec apathie ; 2° imbécillité avec 'délire ambitieux: 3° imbécillité avec crétinisme; ïo imbécillité avec aphasie : 5° moral insanity; 6° imbécillité bébéphrénique. 11 admet en somme trois grandes classes : idiotie absolue, idiotie simple ou imbécillité profonde et imbécillité proprement dite.
('/est la division fondamentale a laquelle de près ou de loin se rattachent toutes les autres classifications. M .1. Voisin admet quatre catégories : 1° Idiotie complète, absolue, congénitale ou acquise ; 2° Idiotie incomplète, congénitale ou acquise, susceptible d'amélioration ; 3° Imbécillité congénitale ou acquise; 4° Débilité mentale. Cette dernière catégorie nous parait ne pas devoir rentrer dans l'idiotie et l'imbécillité proprement dite.
(i) Schule, Trailé des mal. mentales.
CLASSIFICATIONS
Nous ne parlerons que pour mémoire de celle de M. Bourneville, qui est faite au point de vue spécial de l'anatomie pathologique, et de celle de M. Morselli faite au point de vue de letiologie et qui, par suite, ne trouvent pas leur place ici, où nous clierchons avant tout une classification symptomatique.
C'est également à la division en trois catégories : 1° idiotie absolue ; 2° idiotie simple ; 3° imbécillité, que nous nous rallions de préférence, sans préjuger de la base sur laquelle les dillérents auteurs s'appuient pour l'établir, et qui, pour les uns, est le langage, pour d'autres les instincts, ou encore L'état de l'ensemble des facultés. Pour nous, avant de prendre un point d'appui définitif, nous devons chercher quelle est la clef de voûte du développement intellectuel, Nous pensons la trouver dans l'attention, et, dès maintenant, nous distinguerons ainsi nos trois catégories :
1° Idiotie absolue : absence complète et impossibilité de
l'attention.
2° Idiotie simple : faiblesse et difficulté de Vattention.
3° Imbécillité: instabilité de Vattention.
Nous nous proposons de justifier cette division et la base sur laquelle elle repose lorsque nous ferons l'étude de l'attention elle-même. Mais, dès maintenant, nous tenons à établir, comme nousl'avonsfait dès 1893 (l),que si l'idiotie et l'imbécillité ont un point commun, la faiblesse intellectuelle, elles différent de tous points sous tous les autres rapports, et que nous les considérons comme deux étals absolument distincts au point de vue nosographique. Il nous paraît utile d'insister des maintenant sur cette différence en nous appuyant sur la clinique et l'anatomie pathologique. On ne saisira que mieux le parallèle psychologique que nous allons faire ensuite des deux états.
La confusion qui règne à cet égard provient en réalité d'une terminologie défectueuse. Idiotie et imbécillité, quand on ne considère que le côté intellectuel, signifient en effet faiblesse intellectuelle plus ou moins marquée. Cette faiblesse
, L'idiotie et L'imbécillité au point do vue nosographique, Arch. de neurologie, n" 83.
Sollier. — L'Idiot. ~
PSYCHOLOGIE DE LTDlnT ET DE L'IMBÉCILE
intellectuelle est un symptôme (|u'on a eu le lorl de regarder comme une maladie. Tout au plus serait-ce un symptôme caractéristique. Mais ce n'est pas même autant. En fait, l'idiotie n'est pas plus une maladie que la démence. Il fut aussi une époque où on se contentait de ce terme de démence, comme on se contente aujourd'hui de celui d'idiotie. La seule différence qu'il y ait entre la démence et l'idiotie, c'est que le premier terme s'applique à une intelligence qui s'affaiblit et disparait, tandis que le second s'applique à une intelligence qui n'apparaît pas ou est arrêtée dans son développement.
Si nous comparons les lésions cérébrales capables d'entraîner la démence à celles qu'on rencontre dans l'idiotie, nous en trouvons beaucoup de semblables: le ramollissement et l'hémorrbagie cérébrale, la méningo-cncéphalite, la sclérose cérébrale, la paehyméningitc, les tumeurs, etc. Survenant chez l'adulte elles entraînent la démence, chez l'enfant l'idiotie. Si marquée que soit la démence chez le premier, si importante que soit sa place parmi les autres symptômes, se contentera-t-on du diagnostic de démence? Ira-t-on dire, comme pour l'idiotie, que la démence est complète, incomplète ou légère ? Non assurément. Pourquoi donc se contenter du diagnostic d'idiotie lorsque ces mêmes lésions se produisent chez un enfant? L'idiotie, c'est-à-dire l'insuffisance intellectuelle, n'est qu'un symptôme secondaire, comme la démence chez l'adulte. La maladie véritable, c'est l'hémorrbagie ou le ramollissement cérébral, c'est la méningo-encéphalite, etc. Pourquoi confondre sous la même rubrique des affections absolument différentes ?
La seule raison, c'est qu'il est beaucoup plus difficile de rattacher l'idiotie à la lésion cérébrale qui l'a produite, que la démence. Il est beaucoup plus facile de diagnostiquer la lésion qui produit une forme spéciale d'aphasie que de déterminer la lésion qui entraine l'absence de parole chez un enfant. Si son cerveau a été frappé dans la zone de la représen talion auditive des mots, il y aura le même mutisme que s'il a été atteint dans le centre de la représentation motrice des mots. Il est évidemment beaucoup plus facile de constater la disparition de phénomènes qui ont existé que l'absence de