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phénomènes qui n'ont jamais existé . Chez l'adulte on a ordinairement des renseignements sur les conditions dans les quelles la démence est apparue; chez l'enfant la maladie est souvent d'origine intra-utérine ou s'est produite à un âge où les manifestations étaient trop vagues pour fournir une indication de quelque valeur. C'est à la suite de convulsions le plus souvent, c'est-à-dire d'un phénomène qui ne peut être rattaché à rien de bien déterminé, qu'on observe l'idiotie. Si ce symptôme frappe plus l'attention qu'aucun autre, c'est que ses conséquences sont de la plus haute gravité. Mais en réalité il n'a ni plus ni moins d'importance que les autres troubles qu'on observe concurremment avec le non-développement de l'intelligence, tels que le gâtisme, l'incapacité ou le retard de la marche, les tics, les paralysies ou les contractures.
Mais si sérieuse que soit cette difficulté du diagnostic de l'affection cérébrale dont un des symptômes est l'idiotie, difficulté que je suis le premier à reconnaître et sur laquelle j'insiste plus loin, ce n'est pas en intervertissant l'ordre des choses, en faisant d'un symptôme secondaire la maladie fondamentale et en reléguant au second plan les autres manifestations de la lésion causale, que l'on arrivera à éclaircir la pathologie cérébrale infantile. 11 est aussi étrange de qualifier de la même épithète d'idiots deux enfants atteints, l'un de méningo-encéphalite et l'autre de porencéphalie, qu'il le serait d'appliquer le seul diagnostic de déments à un paralytique général et à un hémiplégique avec ramollissement cérébral.
L'idiotie n'est donc pas une maladie, mais un symptôme.
L'imbécillité est-elle un degré plus léger de ce symptôme ou constitue-t-elle une maladie spéciale, c'est ce que je veux maintenant établir. Je dois dire dès maintenant que je considère l'imbécillité comme n'ayant aucun point commun avec ce qu'on est convenu d'appeler idiotie. Nous verrons plus loin les profondes différences qui séparent ces deux états au point de vue psychologique et social. Sous le rapport clinique et anatomo-pathologique, la distinction n'est pas moins nette.
Pour s'en convaincre il suffit de prendre, comme je l'ai fait, d'une part les enfants qualifiés d'idiots, de l'autre ceux quali-
oo PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT KT DE L'IMBÉCILE
liés d'imbéciles, ces qualifications étant simplement faites au point de vue psychologique, et ces deux catégories de sujets correspondant à la description que j'en donnerai plus loin d'après les observations des auteurs et les miennes propres. On est immédiatement frappé d'une chose, c'est du grand nombre d'infirmités physiques dont sont frappés les idiots: strabisme, cécité, surdité, aphasie, hémiplégie, contractures, paraplégie, tics, arrêts de développement, etc.. etc., tandis que les imbéciles n'en présentent pour ainsi dire pas ou n'ont que des stigmates de dégénérescence physique plus ou moins marqués, et ordinairement un développement physique normal, si même il n'est pas, comme cela arrive souvent, au-dessus delà moyenne. Cette différence dansle développement général, dans la vitalité des deux catégories de malades, est corroborée par la mortalité.
Sur vingt et un malades morts en 1892 dans le service de M. Bourneville, nous ne relevons pas un seul imbécile. Il y avait un seul épileptique simple ; les vingt autres étaient des idiots. En 1891, sur vingt-deux malades morts, il y avait trois épileptiques, seize idiots et trois imbéciles seulement. Et encore un de ces derniers ne mérite-t-il pas l'épithète d'imbécile, car il était atteint d'hémiplégie cérébrale. En examinant ainsi la statistique des décès qui se produisent depuis douze ans dans le service des enfants idiots et épileptiques de Bicêtre, on constate que, les épileptiques mis à part, la mortalité des idiots est considérablement supérieure à celle des imbéciles. Ce fait nous montre qu'il existe au point de vue de la vitalité des uns et des autres une différence marquée.
Cette différence s'observe encore dans l'âge auquel meurent ces malades. Tandis que les décès se produisent généralement au-dessous de douze ou treize ans pour les idiots, ils n'arrivent guère qu'après seize ans chez les imbéciles. Tandis que beaucoup d'idiots meurent de consomption, comme les déments, — ne mourant pas mais plutôt cessant de vivre suivant une expression de M. Bail, — ou de complications tenant au mauvais fonctionnement de leur organisme, les imbéciles succombent à des affections intercurrentes quelconques, La durée de la vie. des idiots se rapproche singulièrement
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de la survie des déments à leurs lésions cérébrales, tandis que la moyenne de la vie des imbéciles ne paraît pas différer de celle des gens normaux.
On trouve l'explication toute naturelle de ces faits dans l'examen anatomo-pathologique des centres nerveux de ces deux types de malades. Tous les idiols en effet présentent des lésiojis cérébrales, tandis que les imbéciles n'en offrent pas. Telle est la conclusion à laquelle m'ont conduit les recherches que j'ai faites à cet égard au musée de Bicêtre où M. Bourneville a conservé près de trois cent cinquante cerveaux d'idiots, d'imbéciles et d'épileptiques.
M. Bourneville et M. Morselli, les deux seuls auteurs qui aient cherché à faire une classification plus précise des formes de l'idiotie, avaient mis, implicitement en quelque sorte, ce fait en évidence. Le premier, en effet, rattache toutes ces formes à une lésion spéciale du cerveau. Il ressort de l'examen de sa classification que l'idiotie est toujours symptomatique d'une affection organique des centres nerveux. Quant à l'imbécillité, elle est complètement passée sous silence. Le second dislingue l'idiotisme endémique ou crétinisme, et l'idiotisme proprement dit, et l'imbécillité. Il subdivise l'idiotisme proprement dit suivaut qu'il est congénital, hydrocéphalique, microcéphalique, paralytique, convulsif, traumatique, suivant en somme les symptômes d'ordre cérébral dont il s'accompagne, tandis que l'imbécillité n'est subdivisée qu'au point de vue de son degré en complète, incomplète et fatuité simple. Autant ces auteurs ont été frappés des lésions cérébrales rencontrées dans l'idiotie, autant celles de l'imbécillité leur ont échappé. Il y a à cela une excellente raison, c'est qu'on n'en trouve pas chez les vrais imbéciles.
Je dis chez les vrais imbéciles, c'est-à-dire chez ceux qui répondent à la description classique du type, pour lesquels aucun clinicien n'hésiterait entre l'idiotie même légère et l'imbécillité. Mais il existe des cas où le diagnostic peut être embarrassant, c'est lorsqu'il n'existe ou n'a existé à aucun moment de troubles dépendant manifestement d'une lésion cérébrale. Il y a aussi les cas d'épilepsie avec faiblesse intellectuelle. Tantôt c'est l'épilcpsie qui a empêché le développe-
ment intellectuel et amène la déchéance mentale : il s'agit là de démence véritable plutôt que d'idiotie ou d'imbécillité. Tantôt l'épilepsie survient au même litre que des contractures, que des paralysies, que d'idiotie ; il s'agit alors d'idiotie ordinaire conséquence de lésions cérébrales. Tantôt enfin l'épilepsie s'accompagne de l'état mental qui lui est propre, et on ne saurait dire qu'il s'agisse d'imbécillité. En aucun cas donc l'épilepsie n'entraîne ce qu'on entend par imbécillité proprement dite.
L'imbécillité nous apparaît donc comme une affection mentale due probablement à un trouble fonctionnel, mais non a une lésion organique des centres nerveux. Elle constitue le degré le plus inférieur de la débilité mentale, dont elle se rapproche absolument au point de vue psychologique. Elle rentre dans le cadre des psychopathies dégénératives, où elle l'orme un type à part.
L'idiotie au contraire n'est pas une entité morbide: ce n'est qu'un symptôme d'une affection organique des centres nerveux survenue dans l'enfance et n'empruntant ses caractères spéciaux qu'à cette circonstance étiologique.
Je crois donc devoir poser en conclusion que l'idiotie et l'imbécillité sont deux choses absolument distinctes, tant au point de vue psychologique et social, comme nous allons le voir, qu'au point de vue clinique et anatomo-pathologiqiie. Jusqu'à ce qu'on ait appris à diagnostiquer 1rs alleetions cérébrales de l'enfance entraînant de l'idiotie, il faut réserver l'épithète d'idiots aux sujets chez lesquels les troubles intellectuels s'accompagnent de troubles du développement physique général, de troubles moteurs ou sensoriels (cécité, surdi-mutité, etc.), ou lorsque l'idiotie s'est développée à la suite d'une affection cérébrale soit primitive, soit survenue à titre de complication au cours d'une maladie quelconque. Si faible que soit l'insuffisance intellectuelle dans ces cas, on ne peut lui appliquer la qualification d'imbécillité, qui doit être réservée aux cas de débilité mentale assez marquée pour empêcher les sujets de remplir leur rôle social soit visà-vis d'eux-mêmes, soit vis-à-vis des autres.