MICROCÉPHALES
US
Si nous nous sommes laissé entraîner à parler aussi longueur ,,i .les microcéphales, c'est qu'il n'était pas inutile de rappeler les diverses opinions émises à leur égard à cause des ,,uints de ressemblance qu'ils offrent en effet avec le type simien dans leur ensemble, dans leur habitus, dans leur attitude.
Les microcéphales, avons-nous déjà dit, ont une physionomie bestiale. Le crâne très étroit en avant, sans saillie en arrière, avec de l'acrocéphalie souvent, les oreilles détachées de la tête, le prognathisme, le nez fort, les yeux petits, vifs, trop rapprochés de la racine du nez, la mâchoire inférieure forte, tout contribue à leur donner cet air. Leur altitude générale n'y prête pas moins, lis se tiennent ordinairement le cou un peu tendu en avant, le corps légèrement penché, les bras ballants. Ils ont, en d'autres termes, une altitude simiesque qui a naturellement attiré et frappé l'attention des observateurs et les a conduits à des analogies peut-être trop exagérées. La physionomie est ordinairement mobile, quelquefois tnème elle a l'air spirituel, à cause d'un rire cynique et malin qu'on y remarque souvent. Les microcéphales sont en effet assez souvent malicieux et espiègles en même temps que brutaux et méchants. Très bavards ils parlent sans suite, sans mesure, sans liaison d'idées, et cependant ils ont quelquefois des réparties plus ou moins fines qui étonnent. Ils ont des mouvements d'humeur très fréquents. J..., un grand microcéphale du service de M. Bourneville à Bicêtre, est parfois très poli et très affectueux, d'autres fois inabordable. 11 faut même alors se méfier de lui, car il pourrait donner un mauvais coup. Ces mêmes changements se remarquent surtout chez les idiots épileptiques. Ils sont en général têtus et méfiants, grossiers, orduriers, haineux et méchants. Un de nu s malades de Bicêtre, Ch..., étaitdoué d'une imagination assez vive, avec une élocution facile. Il avait un accoutrement et des allures bizarres et avait la manie de collectionner les objets les plus disparates et n'ayant aucune valeur.
Chez un autre, Ed..., le regard stupide, la démarche, les gestes, tout dénotait en lui la lourdeur et l'hébétement. Sa parole se réduisait à: non, papa, maman, chameau, cochon. Il Sollieh. — L'Idiot. 10
PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT El DE L'IMBÉCILE
avait des périodes do calme dans lesquelles sa physionomie était douce, et d'autres où il était sujet à des accès de colère difficiles à réprimer, llavaitune sorte de besoin d'approbation, était sensible à la flatterie. Un refus, une préférence provoquaient son ressentiment, le rendaient maussade, et lui faisaient repousser avec un dédain irrité les offres les plus séduisantes. La vue d'objets éclatants, la musique lui causaient une vive impression et lui arrachaient des transports frénétiques : « Beau ça ! » En dehors de ces stimulants assez vifs, son attention était difficile à fixer.
Les hydrocéphales forment un contraste frappant avec les microcéphales. Ils sont du reste très différents entre eux suivant le degré d'hydrocéphalie. C'est ainsi, par exemple, que les hydrocéphales considérables ne peuvent supporter le poids de leur tête et restent toujours couchés ou assis, la tête appuyée. Le regard est morne, les traits sans aucune expression ; les jeux de physionomie, qnand ils existent, d'une remarquable lenteur. Cette apathie se remarque du reste dans toute leur altitude, dans tous leurs mouvements. Ils sont toujours somnolents, ne parlant que peu ou même pas du tout. Donc, en général, ni affectueux ni méchants. Ils n'ont pas d'accès de colère. Ils ne sont pas grossiers comme les micioeéphales. Leur visage n'a pas la bestialité du leur. Us étonnent et apitoient, à cause de leur tristesse apparente et «le leur langueur. Nous ne parlons, bien entendu, que des hydrocéphales d'un degré suffisant pour être jugés tels à première vue et non pas de tous les idiots chez lesquels, consécutivement à d'autres lésions plus importantes, peut se rencontrer un certain degré d'hydrocéphalie.
Leur face parait petite par rapport à leur crâne dont les saillies antérieures et latérales la dépassent complètement. Les yeux sont à fleur de tête, les sourcils à peine marqués, le nez petit, ainsi que la bouche. Ce n'est donc pas un effet dù au défaut de proportionnalité, mais bien une réalité que cette finesse relative du visage chez les microcéphales. Ils sont ordinairement timides, craintifs et doux, très peu impressionnables, peu remuants, peu curieux. Ils jouent peu, ne rient guère
HYDROCÉPHALES ET MYXOEDÈMATEUX I H
ei paraissent assez, indifférents aux. excitations des divers sons. On peut dire qu'ils son! tout l'inverse des microcéphales, aussi bien par l'aspect extérieur que par le côté moral.
Moins nombreux que les catégories précédentes, les idiots myxœdémateux ou crétinoïdes ont un aspect encore plus caractéristique et qui leur donne à tous un air de famille sur lequel on ne se trompe plus une fois qu'on les a vus. De petite taille, les bras courts, le thorax volumineux, le ventre proéminent avec, le plus souvent, une hernie ombilicale, la lête grosse, bouffie, le cou très , court, élargi par des pseudolipômes qui encombrent ses creux sus-claviculaires, les cheveux rudes, gros, avec une éruption eczémateuse du cuir chevelu qui résiste à tout traitement, les yeux bouffis, réduits à une fente, le nez large, les joues bouffies, les lèvres ('•paisses, la bouche souvent entr'ouverte, complètement glabres, ils sont tellement semblables entre eux qu'il est au premier abord difficile de distinguer les garçons des filles. Avec cela une voix rude et nasonnée pour émettre le très court vocabulaire auquel ils sont réduits. Ils ont l'air de petits hommes et il est difficile de leur donner un âge. fout jeunes ils paraissent vieillots, à vingt ans ils paraissent des enfants. Ils ont souvent des airs d'importance, de componction, de sérieux mêlé de dédain qui vont bien avec leur physique. Ils se tiennent droits, se redressent de toute leur petite taille. Cette attitude avait fait donner à l'un d'eux, classique aujourd'hui, et un des plus beaux types de lïioètre, le surnom de Pacha. Leur aspect est quelquefois repoussant lorsqu'ils sont complètement idiots, comme l'était celui-là. Mais un certain nombre sont capables de quelque développement intellectuel. Ils partent sur leur visage un air de satisfaction qui lient peutêtre bien à ce qu'étant un objet de curiosité, ils arrivent à se croire une certaine importance. Beaucoup de ces malheureux sont exhibés dans les foires comme nains, Esquimaux, etc. Un sujet de Bicêtre était présenté comme roi des Esquimaux et il a conservé clans son attitude l'empreinte de sa souveraineté passée. Ils parlenlcn général très mal ou même pas du tout cl, sont toujours très difficiles à comprendre. Ils sont affectueux,
PSYCHOLOGIE DE l.'IDloï ET DE L'IMBÉCILE
doux, timides, pudibonds, surtout les Biles. Ils conservent longtemps des goûts enfantins comme amusement, et on voit des filles de vingt ans jouer encore à la poupée comme une enfant de trois ans. Ils sont ordinairement polis, peu remuants, peu tapageurs. Ils sont souvent maussades, pleureurs, n'aiment pas à être dérangés, détestent qu'on ait l'air de se moquer d'eux, qu'on ne les prenne pas au sérieux et ne les traite pas en grandes personnes. Ils ont un caractère très tranché en somme et qui leur est très spécial. M. Bourneville, auquel on doit l'histoire complète de cette variété d'idiotie, méconnue ou inconnue avant lui, a bien montré ce qu'il y avait de vraiment spécial chez eux aussi bien au point de vue physique qu'au point de vue mental.
Rien n'est plus difficile à analyser que le caractère. On s'en rend bien compte chez les enfants normaux. Ils sont en effet peu précis, souvent peu sincères dans les réponses qu'ils nous font, quelquefois, il est vrai, involontairement et par incapacité d'analyse personnelle. On ne peut bien les connaître que par leurs manifestations. Leur parole et leur mimique très incomplètes nous apprennent peu de chose sur leurs sentiments intimes d'ailleurs très fugaces. Quelle ne sera pas la difficulté chez les idiots? Il faut vivre constamment avec eux pour les bien connaître et les observer d'une manière très attentive. On ne peut guère, croyons-nous, donner d'indications générales de quelque valeur sur le caractère des idiots. En dehors des trois catégories dont nous avons essaye «le montrer les quelques particularités, voici néanmoins ce qu'on observe le plus souvent :
On voit quelquefois survenir chez les idiots profonds des changements brusques d'humeur que rien ne parait motiver. Leur figure exprime tout à coup l'anxiété, et ils se montrent récalcitrants. Chez des idiots simples, on observe des actes bizarres, des mouvements capricieux que l'on ne peut comprendre. Quelquefois ils ont de véritables accès maniaques, sévissent contre eux-mêmes, se frappent la tète contre les murs, brisent, crient. 11 est probable que ces sortes d'accès sont liés à des troubles circulatoires cérébraux.