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RETARDS DE LA PAROLE

loi)

rêter. Ou bien, au contraire, il suffira de prononcer devant lui un mot, une phrase, pour qu'il se mette à les répétera satiété. C'est de ta véritable écholalie . De plus, l'idiot ne pense pas, tout eu émettant des sons de la sorte, et la meilleure preuve, c'est qu'il n'agit pas en rapport avec ce qu'il répète.

On discute encore pour savoir si la pensée est liée au mot Condillac, Max Muller, Bastian, etc.), ou si elle en est indépendante (Locke, Helmholtz, Maudsley, Finkelnburg, etc. Kussmaul 1 admet que, bien que nous acquérions nos idées par la parole, celles-ci, une lois acquises, contractent une certaine indépendance à l'égard des mots. Les raisons qu'il donne de l'indépendance complète du mot et de l'idée nous paraissent renverser cette proposition. U semble en effet que l'es idées, bien qu'inférieures, qui existent chez les animaux et chez l'enfant bien avant l'apparition du langage, sont bien primitives : les mots ne servent qu'à les traduire et à les représenter, et ce n'est au contraire que par la suite que l'idée et. le mot se trouvent liés presque indissolublement. Nous ne savons plus penser qu'avec des mots. D'autre part, les mots éveillent en nous des idées, et ce sont, comme on l'a dit, des embryons d'idées, mais ce n'est que plus tard, et ce n'est pas le mot en soi qui est capable d'éveiller une idée nouvelle, mais une association de mots combinée de façon à faire ressortir des rapports nouveaux entre les idées ou les choses que nous connaissons.

CIkv l'idiot, cette indépendance de l'idée et du mot nous parait très manifeste. Tels idiots qui n'ont qu'un vocabulaire des plus restreints, savent cependant un assez grand nombre de choses et sont capables de certains travaux qui ont besoin d'être compris et demandent une certaine application. Et la meilleure preuve que leur intelligence s'y applique, c'est qu'ils se perfectionnent. C'est là le propre des actes intelligents, tandis qu'au contraire les actes purement automatiques ne sont pas susceptibles de perfectionnement. Ils saisissent ce qu'on va faire, ce qui prouve un certain raisonnement qu'ils seraient du reste incapables de formuler. Ils sont en cela comparables

i) Kussmaul, loc. cit.

à l'animal, au chien, par exemple, qui devine ce que son maître va faire, en vertu de ses expériences antérieures, tout comme un homme peut le faire, avec cette différence qu'il raisonne sans mots, mais avec de simples images. Nous remarquons donc que plus l'intelligence s'élève, plus l'indépendance de l'idée et du mot tend à disparaître.

Sous quelle influence se développe le langage ? Egger (1) et Taine (2) font une large part à l'invention et b l'imitation personnelle dans le développement du langage. Outre les pleurs, les cris, les rires, les gestes, langage naturel qui devient un commencement de langage artificiel lorsqu'il s'y mêle une intention, ils admettent des jeux de voix involontaires qui. di s l'âge de six mois, varient à l'infini et sont des ébauches de sons et d'articulations. Il y aurait là un langage instinctif qui se retient peu à peu par les progrès d'un autre langage inventé par l'enfanl et susceptible d'une foule de variétés individuelles. Mais ils n'ont pas noté les formes de ce langage, d'après eux spontané.

Kussmaul (3) distingue dans le développement de l'articulation trois périodes : 1° balbutiement des quatre premiers mois consistant surtout en sons labiaux et vocaux, mais aussi en sons linguaux et palataux. Ces sons primitifs sont d'une nature purement réflexe et témoignent de l'instinct musculaire qui pousse les enfants à agiter les mains, etc. Ce sont surtout des sons de sifflements, de grognements, de claquements, sons élémentaires, sons sauvages que les Holtentots ont conservés et qui lui paraissent primitifs; 2° quand vient l'instinct d'imitation, ces sons sauvages sont peu à peu remplacés par les sons usuels de la langue du peuple. Celte imitation n'est pas en rapport avec la compréhension des mots. Ces sons et syllabes fortement articulés sont très simples, simples réflexes des sentiments a. aa, ho, ha, da. Les sons d'imitation sont baba, bebe, dodo, dudu, etc. , etc. , incompréhensibles pour d'autres que leur entourage. Certains enfants ne manifestent du plaisir à articuler que dans la seconde moitié de la deuxième

i) Egger, la Parole intérieure.

(a Taine, De l'intelligence.

(3) Kusstnaul, loc. cit.

DÉVKLOPPl-MKNT DU LANG VGli

année ei même plus lard ; 3° enfin l'enfant apprend à relier des images objectives déterminées avec les mots aequis, qui peu à peu se convertissent en idées. Alors seulement la parole devient une expression de pensées. A cette période, le jeu du développement de l'articulation marche très intimement à côté de celui de la diction.

Chez les idiots, qu'observons-nous? Nous avons déjàditque le plus souvent, pour ne pas dire toujours, il y avait un retard considérable dans l'apparition de la parole. C'est une remarque que ne manquent pas de faire les parents. Ce gazouillement, ce balbutiement de l'enfant, est bien en elfet un rudiment de parole. On ne l'observe guère chez l'idiot, ou très tardivement. « Il n'a jamais gazouillé, nous disent les parents, comme mes autres enfants. » Par contre, ils poussent souvent des cris rauques qu'on ne sait quelquefois à quoi attribuer, car ils n'expriment ni douleur, ni crainte, ni colère. Souvent même ces cris se manifestent sous forme d'accès. « Jusqu'à tel âge, nous disent les mères, il n'a fait qu'un cri. » Et de fait, elles n'ont pas tort. Il nous arrive plus d'une fois des enfants que leurs parents ont dû placer à cause des plaintes des voisins.

Or Egger (1) note dès cinq semaines le passage du cri à la voix. Chez les idiots, incurables surtout, même de plusieurs années, le cri n'a pour ainsi dire aucune intonation, et il ne saurait en avoir, car il ne répond à aucun sentiment définissable. Cette non-prédisposition à la parole se traduit donc de très bonne heure par l'absence du balbutiement, par l'absence d'intonation dans le cri.

Plus tard, l'imitation entre en jeu pour la reproduction des sons entendus. Kussmaul (2) considère que l'imitation est une fonction du cerveau. Mais ce doit être une fonction réflexe, involontaire, car Egger, chez les enfants de neuf mois, à côté de diverses manifestations de l'imitation, n'a constaté « aucun effort sensible pour imiter les sons entendus ». Chez l'idiot, on ne constate non plus aucun effort d'imitation et cela

(1) Egger, loc. cil.

(2) Kussmaul, loc. cit.

L'Idiot.

Sollied. —

PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT HT DE I/IUMXIIi:

beaucoup plus tard «|ue neuf mois, quelquefois môme loule la vie. Si l'imitation jouait un rôle si considérable qu'on tient à le dire dans le développement du langage, il y aurait lieu de s'étonner que la parole soit toujours si imparfaite chez les idiots, où l'on a coutume de dire que l'instinct d'imitation est si développé, et que c'est grâce à cet instinct qu'on peut arriver à I'éduquer. Il s'en faut de beaucoup, avons-nous vu, que cet instinct d'imitation soit aussi fort. Pour imiter, il faut prêter attention et être capable de reproduire ce qu'on a vu. Or, chez l'idiot non éduqué, l'attention est rudimentaire ou nulle. Comment serait-il porté à imiter des sons qu'il n'a pas entendus faute d'attention.

C'est souvent même cette impossibilité de fixer l'attention qui produit ce que Griesinger (1) appelle le mutisme idiolique dont il distingue deux variétés. Il y en a certainement au moins quatre : mutisme par absence d'idées, mutisme par impossibilité centrale de les exprimer, mutisme par défectuosité des organes vocaux, mutisme par suite de surdité ou de pseudosurdité.

Séguin (2) pense que le mutisme résulte de deux causes presque toujours confondues en lui, mais qu'il est nécessaire de combattre isolément : L'incapacité physiologique de diriger les organes de la parole et le défaut d'intelligence. Il combat l'idée de Griesinger et d'Esquirol que beaucoup d'idiots sont muets parce qu'ils n'ont rien à dire. Il en est qui sont incapables de parler, mais savent exprimer par gestes leurs désirs et leurs besoins.

On pourrait peut-être, à notre avis, rapprocher ces troubles de la parole de l'aphasie et distinguer des aphasiques moteurs et des aphasiques par surdité verbale, les causes qui empêchent la parole dans les organes vocaux étant éliminées.

Dans le premier cas, nous avons alfaire à des idiots qui ne peuvent pas parler, tout en comprenant à peu près ce qu'on leur dit, ainsi que le prouve leur obéissance à exécuter ce qu'on leur commande.

(i) Griesinger, loc. cil.

(2j Séguin, loc. cil.

TROUBLES l»l LANG UJK

Dans Ifl second cas, nous avons des idiols qui ne comprennent pas un moi de ce qu'on leur dit-, et sont. incapables» en même temps d'émettre un seul mot. Tels sont les idiots incurables qui se retournent si on fait un bruit fort, et qui ne soni pan conséquent pas sourds. Il en est d'autres qui, non seulement, paraissent sourds aux paroles, mais même à tome espèce de sons, et qui cependant ne sont pas sourds. Leur surdité n'est qu'apparente et tient uniquement à l'absence d attention. Nous verrons plus loin, à propos de l'écriture, s'il existe aussi des agraphies et des cécités verbales.

Enfin, au troisième stade, l'enfant apprend à relier ses idées à des mots. C'est là le point le plus difficile à obtenir chez l'idiot. Chez l'enfant l'imitation du mot précède le plus souvent sa compréhension. On en a la preuve dans la répétition fréquente d'un mot nouvellement appris et que l'enfant sert à tout propos. Cela s'observe surtout chez les enfants dont la facilité d'articulation est assez grande et précède le développement de l'intelligence générale. Chez l'idiot on voit cette démarcation encore plus nette, et il arrive chez certains qu'ils imitent et répètent convenablement non seulement des mots, mais même des phrases entières dont ils ne comprennent jamais le sens, comme nous avons pu l'observer maintes fois. C'est encore là une preuve que l'idée et le mot sont indépendants et que. si elle ne précède pas le mol, celui-ci est impuissant à l'éveiller. Certains idiots en restent à cette phase. Ou les amène à articuler, mais on ne peut pas aller plus loin, et le rapport de l'idée et du mot leur échappe. Chez d'autres, à un degré plus élevé, on observe que le langage s'arrête à une des phases de celui de l'enfant, celle où il s'exprime, par simples morosyllabes répétés, par des infinitifs, dans laquelle il fait souvent des interpositions de syllabes et où il prononce mal certaines lettres.

En somme, Le développement du langage chez l'idiot nous a paru présenter les mêmes phases que chez l'enfant normal. .Mais au lieu que ces phases se succèdent rapidement, elles se succèdent au contraire très lentement, le plus souvent même 1 évolution s'ain ic en route à un point quelconque correspondant à une des étapes de l'enfant.

Nous avons vu toutefois qu'il ne faut pas regarder le d(;\< loppemcnt du langage comme parallèle à celui de l'intelligence. On peut en trouver, outre les motifs et les preuves que nous en avons donnés, une raison dans l'anatomie pathologique d'une part, et d'autre part dans les différences que présentent sous le rapport de la parole les diverses catégories d'idiots.

On voit en effet très souvent des scléroses localisées du cerveau chez les idiots. Si la sclérose atteint plus spécialement le centre du langage, il est bien évident que l'évolution de celuici se trouvera enrayée, alors que le développement de l'intelligence pourra continuer à se faire, quoique faiblement, car, le plus souvent, les lésions sont diffuses, mais prédominent en certains points. D'autre part, l'examen des cerveaux de microcéphales montre, et presque tous les auteurs sont d'accord a cet égard, que c'est surtout aux dépens des lobes postérieurs que se fait la diminution de volume. Dès lors, on comprend que le centre du laugage se trouvant dans les régions anté^ Heures relativement les plus développées, le langage soit souvent beaucoup moins rudimentaire dans cette catégorie d'idiots que dans les autres.

Chez les idiots qui parlent, c'est tantôt la formation des sons laryngés, tantôt celle des sons labiaux et linguaux qui est entravée, dit Kussmaul. C'est dire qu'il est impossible de fixer une marche spéciale au développement des diverses voyelles, consonnes et diphtongues chez les idiots, non plus d'ailleurs que chez les enfants ordinaires.

D'après Kind (1), les personnes atteintes d'idiotisme acquis sont quelquefois des bavards à outrance et cela dans deux circonstances : 1° chez les sujets qui ont acquis un certain degré de culture avant de tomber malade, les mots se déroulant alors mécaniquement de la façon la plus confuse sans que pour cela les idées se combinent ou que, contrairement a ce qui se passe dans la logorrhée des aliénés atteints de désordre dans les idées, elles ne se groupent autour d'une idée principale qui perce à travers la folie ; 2° chez certains sujets

(i) Kind, l'Idiotisme cl les Asiles d'idiots, in Schmidl's Jahrb ; îS

TROl BLES IH LANGAGE

dont les idées produites par L'excitation d'un sens sont si peu fixes, qu'à chaque instant un changement d'excitation faii surgir une nouvelle idée avec un nouveau mol. Les deux étals peuvent aussi coïncider ensemble. — Pour les dysphasies el les lalopathies que peuvent présenter les idiols, nous résumerons le travail de Wildermuth (1), Cet auteur distingue deux cas :

1° Cas où le trouble de la parole est l'expression directe du trouble intellectuel. Depuis l'idiot complètement muet jusqu'à l'arriéré capable d'éducation, le trouble de la parole correspond au cercle étroit de la conception de ces êtres. Us manquent d'un bagage de mots richement fourni, et l'association rapide est défectueuse. On y rencontre d'abord des exemples en grand nombre chez lesquels le degré auquel est restée la vie psychique et son expression principale, le langage, a son analogue dans les étapes que l'enfant normal doit parcourir pour son développement intellectuel et verbal. Au degré le plus inférieur, l'idiot ressemble à un enfant dans la première semaine de la vie ; c'est un automate végétatif, réflexe ; à un degré plus élevé, on a sous les veux un enfant d'un an el demi à deux ans qui émet des onomatopées monosyllabiques, puis le bagage verbal progressant, on constate plutôt un défaut de syntaxe et de grammaire, un langage de bébé tel que celui d'un enfant de deux à trois ans. Les verbes ne sont mis qu'à l infinitif; le personnage ne parle de lui qu'à la troisième personne; mais il est capable d'écrire correctement mots et vocables ; il fait des imitations puériles de ce qui se passe autour de lui ; incapable dVducation, il en impose au pronostic (imbécillité congénitale). Dans ce groupe se rangent encore les défectuosités qui rappellent plutôt l'incertitude d'un adulte apprenant à parler une langue étrangère (parole et articulalion correctes, mais désignations adverbiales fausses, pléonasmes, paraphrases, confusiondemots à peu près semblables), l'impossibilité de prononcer correctement (zézaiement des arriérés) ; les dysphasies qui tiennent à une anomalie dans le débit de la conception (parole traînante et élocution abon-

i Wilrtcrmulh, lor. cil.

PSYCHOLOGBi DE L'IDIOT HT DE L'IMBÉCILE

dante avec changement constant de sujets comme chez le maniaque ou le fou systématique (idiots et microcéphales, avec répétition. des dernières syllabes;, tous laits avec pronostics défavorables.

2° Cas où les troubles de la parole sont, non pas la conséquence directe, l'expression de l'arrêt morbide de la vie conceptuelle, mais une complication de l'idiotie. Il y a d'abord les dislalies mécaniques, trouble d'articulation très répandu chez les idiots ; le balbutiement sert en même temps de transition entre les deux groupes. Puis viennent des imperfections dans l'émission de certaines syllabes, déchets également inévitables dans le développement de la parole normale. Le sigmatisme, le rhotacisme, le grammacisme surtout, se trouvent, avec d'autres troubles, au moins chez la moitié des arriérés. — Les troublesde l'articulation qui s'effectuent au moment où il s'agit de former des syllabes et des mots se présentent sous deux aspects. En premier lieu, le balbutiement très prononcé pendant la formation de certains sons, impossibilité d'émettre distinctement les consonnes, d'où articulation indistincte, diflicile à définir, qui gêne et empêche totalement la formation des syllabes et des mots. Quand on essaie de les faire parler, les patients font entendre une quantité de sons qui résonnent identiquement, et spontanément ils demeurent incapables de parler. Ces faits témoignent toujours d'un trouble psychique très profond. Le second aspect concerne une parole confuse dès qu'ilfaut lier les sons : cette parole vague, liée, confuse, floue, caractérisée par une émission négligée de consonnes avec oubli de certaines syllabes isolées, appartient à l'imbécillité moyenne ou légère.

Wihlermuth (1) a rencontré rarement chez les idiots l'achoppement syllabique pur, et jamais le bégaiement. — Ces résultais sont absolument concordants avec nos recherches et nous avons été frappé en effet de la rareté qu'avaient chez les idiots ces troubles de l'articulation, blésité, bégaiement, âuonnement, écholalie, etc., qu'on a l'habitude de regarder comme des stigmates de dégénérescence. Où ces troubles se rencon-

[l) Wildermuth, loc. cil.

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