‹ Psychologie de l'idiot et de l'imbécileChapitre 69 sur 90 · LECTURE · texte numérisé non relu

LECTURE

ireni, e'eai ohez les*im>béeiles qui, au point de vue du langage, ne psésentent d'ailleurs rien de particulier à signaler, si ce n'est le peu d'étendue de leur vocabulaire. Ajoutons qu ils sont en gênerai bavards, parlant de tout à tort et à travers pour le plaisir de parler. On peut observer aussi quelquefois chez eux de l'onomatoinanie au même titre que divers autres stigmates psychiques, et des délires passagers à forme d'agitation maniaque, avec loquacité excessive, récitation de chants ou de morceaux appris autrefois, mais ordinairement plus incohérents dans les actes que dans les paroles.

Une autre forme de langage est la lecture. Ce sont là les images verbales visuelles qui sont en jeu. — Elle présente encore plus de difficultés à apprendre, que la parole.

Naturellement, chez les idiots incurables, il n'y a pas lieu d'y songer. A un degré plus élevé, ils arrivent à apprendre les lettres, à assembler quelques syllabes, mais non à lire véritablement en comprenant ce qu'ils lisent, ils n'ont pas d'initiative et disent la lettre qu'on leur désigne, mais ne la nomment pas spontanément.

L'idiot éducable arrive très difficilement à distinguer ses lettres, mais il y arrive. Il lui faut quelquefois plusieurs semaines sur la même lettre ; on le retrouve toujours prêt à revoir la même lettre qu'il ne peut retenir. On arrive plus vite en se servant de lettres mobiles en bois. 11 considère alors la lettre comme quelque chose de réel, d'existant, et cela convient mieux à ses facultés. Il faut remarquer en effet que, plus encore que l'enfant, l'idiot transforme toujours l'abstrait en concret. Aussi en est-il qui savent très bien reconnaître toutes les lettres de l'alphabet de bois, à la rigueur même de l'alphabet imprimé, et qui sont incapables de les reconnaître dès qu elles sont modifiées d'une façon marquée. Ils reconnaissent dans leurs lettres ùn objet qu'on les a habitués à appeler d'un certain nom. Ils n'ont pas saisi la notion abstraite de lettre, et des qu'ils n'ont plus le même aspect, ils ne le reconnaissent pas.

l'eu à peu, on l'ait assembler à l'idiot quelques lettres et former des syllabes faciles. Il arrive alors plus vite à lire et à

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PSYCHOLOGIE DE l/IDloT liT W. L'IMBÉGILE

former les syllabes qui commencent par une consonne (ha, fi...). On se bute à un véritable entêtement, qui veut quand môme prononcer la consonne avant la voyelle. — Une fois celte difficulté vaincue, les progrès sont moins lents.

On arrive à faire lire l'idiot, mais la lecture est toujours saccadée. Il sépare dans la prononciation toutes les syllabes, sa diction est tantôt monotone, tantôt chantante, jamais normale. Il faut avouer qu'ils sont rares (environ 1/10) ceux qui arrivent réellement à lire un peu convenablement. Les autres reconnaissent leurs lettres, mais ne font jamais que syllaber. Us ne veulent ou plutôt ne peuvent rien faire de plus.

L'idiot qui est arrivé à lire, comprend-il ce qu'il lit ? Dans les ouvrages scolaires où les idées exprimées sont à la portée du lecteur auquel elles s'adressent, il est évident qu'il retient quelques idées par-ci par-là. Il comprend assez bien les noms et les adjectifs, mais très difficilement les verbes. Lorsqu'on laisse l'idiot livré à lui-même avec un livre devant les yeux, sur un signe que vous lui ferez, il se mettra à lire, mais son travail sera tout machinal et il ne comprendra rien à ce qu'il lira. Il faut sans cesse l'aiguillonner de questions pour le forcer à s'arrêter sur tel ou tel mot et à en comprendre le sens.

Chose curieuse, l'idiot qui sait lire sans comprendre tout seul ce qu'il lit, arrivé à l'âge de douze à quinze ans, c'est-àdire à un âge où les enfants aiment la lecture, l'idiot aime aussi à lire ou plutôt à faire semblant de lire. Qu'il trouve un morceau de papier sur lequel il y a quelques signes ou quelques lettres, aussitôt il se met à le considérer attentivement, et une personne étrangère, à le voir ainsi, croirait sans doute qu'il lit. En promenade, on est obligé de les surveiller dans les achats qu'ils font. Ils aiment à aller chez les marchands de journaux et à y acheter un journal quelconque qu'ils font semblant de lire en route. Un idiot, L..., de Bicêtre, qui sait lire, a acheté ainsi un jour V Intransigeant et la Semaine médicale ! On lui demanda ce qu'il allait en faire, il répondit que c'était pour les lire, et si on les lui avait pris, il aurait certainement été vivement affecté.

L'imbécile apprend à lire bien plus vite que l'idiot, mais on a surtout à lutter contre l'instabilité et l'inattention de l'enfant.

ÉCRITI lil

Au point de vue de la lecture, il n'y a entre l'imbécile et l'enfant normal d'autres différences que la différence d'attention. Jamais I imbécile n'arrive à lire d une façon tout à fait correcte. Tantôt il ânonne, tantôt il a une diction saccadée. Même chez n u\ qui sont arrivés à un développement intellectuel relalivement élevé, on ne trouve pas de lecture courante et expressive.

Ils ont une façon singulière de lire les livres illustres, ceux qu'ils préfèrent, Quand ils trouvent une image à sensation, si un maître est à côté d'eux, ils lui demandent aussitôt le sujet de la gravure ; s'il n'y a personne pour leur donner des explications, ils cherchent à trouver la ligne qui pourra les leur fournir. S'ils la trouvent, ils la lisent avidement, mais ils ne cherchent pas longtemps à la découvrir. Leur paresse naturelle se montre là comme partout. Ils veulent avoir une satisfaction, qu elle soit physique on intellectuelle, mais ne se donner aucune peine pour l'obtenir.

L'écriture nécessite un ensemble de mouvements des muscles du bras et de la main assez délicats, assez limités, et qui, à cause de leur précision, demandent beaucoup de temps pour être appris, et devenir non plus une fatigue comme chez ceux qui savent à peine écrire, mais un mouvement automatique comme celui de la marche, de la danse ou tout autre exercice nécessitant une combinaison de mouvements. Or, nous avons vu que, chez les idiots, la coordination des mouvements est très difficile à obtenir, quelquefois même impossible. Idiots et imbéciles sont toujours maladroits, au moins en général. Les impressions peu intenses, peu précises chez les premiers, le défaut d'attention chez les seconds rendent difficile de leur apprendre les mouvements associés un peu délicats. Il faut donc s'attendre à trouver chez eux une écriture encore plus défectueuse que la lecture.

D'autre part, l'écriture se modifie considérablement avec l àge, c'est-à-dire avec le caractère. Assez semblable chez les jeunes sujets et chez ceux qui savent peu écrire, on la voit se caractériser, s'affirmer, acquérir une indépendance telle qu'aucune écriture courante n'est identiquement semblable à une

autre, fût-elle du même typ<;. Les modifications de l'écriture suivant les caractères, les tendances du moment même, ont été la base de la graphologie qui. lorsqu'on ne la pousse pas trop loin, lorsqu'on ne lui demande pas plus qu'elle ne peut donner, lorsqu'on veut s'en tenir aux grandes lignes, est Tort intéressante et relativement assez exacte. C'est ainsi qu'appliquée aux aliénés elle peut rendre des services au point de vue du pronostic. 11 est en tout cas certain qu'il existe une relation constante entre le caractère, le sentiment d'un homme et son écriture.

Etant donné que le caractère de l'idiot est très peu marqué, que ses sentiments sont très rudimentaires, il faut s'attendre à ne pas plus trouver que pour la lecture, de l'expression et de la fermeté dans son écriture.

Il en est de l'écriture comme de la lecture. Il y en a qui sonl agraphiques et d'autres qui ont de la Géoité verbale. Il en est en effet qui ne peuvent jamais écrire et d'autres qui, pouvant écrire, sont incapables de se relire.

L'idiot, en général, ne peut arriver que très difficilement à former ses lettres. Les premiers signes qu'il trace sont des signes qui rappellent plus ou moins la forme d'un C pl. 1 .

L'idiot simple fait éternellement le même signe. Il ne regarde même pas son modèle. On le lui fait regarder, il le reproduit, mais le perd de vue et s'en éloigne de plus en plus pour en revenir au signe qu'il préfère. Il arrive à écrire, mais ne fait que reproduire un modèle qui n'a aucun sens pour lui (cécité verbale).

Il en est qui écrivent assez lisiblement et qui cependant sont incapables de syîlaber.

Ils aiment beaucoup à imiter les caractères d'imprimerie. Pour les obliger à respecter le modèle qu'on leur donne, il faut leur diriger la main pendant d ès longtemps, et ce n'est qu'à force de la diriger que cette main arrive à imiter le modèle. Nous trouvons là cette difficulté à retenir les mouvements associés dont nous parlions plus haut. Ge n'est cependant pas tant en ce cas l'attention qui leur manque que la faculté de comparaison. L'idiot ne voit pour ainsi dire pas par où pèche la lettre qu'il vient de tracer. «C'est la lettre o qu'il

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