‹ Psychologie de l'idiot et de l'imbécileChapitre 70 sur 90 · TROUBLES GRAPHIQUES · texte numérisé non relu

TROUBLES GRAPHIQUES

aime le mieux ilfo»mer<et foiime le mieux quand elle est isolée. Dans le corps d'une syllabe il a tendance à ne pas f'onmet' la boucle en baul .

Berkhnn (\) a examiné l'écriture de soixante- quatue petites filles affectées d'idiotie partielle. Chez vingt, réoiîitwe se l'apportait à un même type. Quand le trouble était peu marqué, l'une ou l'autre lettre d'un mot était oubliée et remplacée par une autre lettre, ou les mots étaient défigurés davantage et en plus grand nombre, de telle sorte qu'on ne pouvait déchiffrer que les mots qui sont d'un emploi fréquent.

Cet auteur établit un parallèle entre ce trouble de l'écriture et le trouble du langage qui constitue le balbutiement. Dans les deux cas, les signes du langage sont défigurés de la même façon. Mais il n'y a aucun rapport entre le balbutiement oral ou le bégaiement. Chez des idiots où les deux troubles se rencontraient, ils portaient même sur des mots dillérents.

Pour notre part, nous avons remarqué en effet l'oubli fréquent de lettres au milieu d'un mot ou d'un mot au milieu d'une phrase, mais nous ne saurions comparer ces erreurs au bégaiement dans lequel il y a non pas absence, mais au contraire répétition de la même syllabe ou du même mot ( Pl. il). C'est tout simplement un oubli qui résulte de leur défaut d'attention.

Comme il est facile de le voir par la page (Pl. III), les lignes courbes dominent partout. Dans toutes les lettres que fait l'idiot, on dirait qu'il cherche à placer cette espèce de ligne. La page représentée Pl. III) a été faite par un enfant qui n'a pas fait de progrès depuis deux ans. C'est tout ce qu'il sait faire en fait d'écriture depuis plus de quatre ans qu'il tient un porte-plume. Nul doute qu'il n'arrivera jamais à former une syllabe. Cet enfant sait pourtant lire les syllabes et les mois simples (ca-fé, mo-ka, ma-ca-ro-ni , ainsi que les mots usuels (pain, vin, gilet, etc.). Mais en lecture aussi ses progrès se sont arrêtés. On pourrait en citer bien d'autres dans le même cas dont l'intelligence donne ainsi rapidement son maximum.

Certains idiots arrivent a écrire, même lisiblement. Leurs

(1) Berklwn, Balbutiemeni écrit chezles idiots, Arch. f. Psych.., £Vr.

lettres sont régulières et se ressemblent toutes. Il n'y a pas beaucoup de fautes de copie. Mais on est toujours surpris de constater ensuite que l'enfant est incapable de lire ce qu'il a écrit. 11 a de la cécité verbale. Un idiot crétinoïde, G.... de Hicêtre, est arrivé à écrire et à se relire. Il va même jusqu'à écrire l'orthographe de quelques mots très usités, mais c'est tout.

De même que l'idiot aime à lire, bien que ne sachant pas lire, il aime aussi à écrire. 11 arrive souvent aux instituteurs d'entendre des idiots leur demander une feuille blanche et une plume pour écrire à leur famille. On leur donne ce qu'ils demandent, et aussitôt ils griffonnent sur le papier des signes informes qui de loin ont l'aspect de lettres régulièrement alignées. Ils ont l'habitude de dire à haute voix et pour ainsi dire de se dicter à eux-mêmes les mots qu'ils sont censés écrire.

Seguin (1) a fait une observation assez singulière, c'est que presque tous les idiots prennent leur premier crayon de la main gauche et que, quand on le leur met dans la main droite, ils veulent toujours aller de droite à gauche. Il y a là comme une ébauche de l'écriture spéculaire. Séguin rapproche ce fait de l'écriture des peuples anciens et même des Orientaux modernes, qui se fait dans le même sens.

En somme, nous voyons que l'écriture est toujours très défectueuse chez les idiots quand elle n'est pas nulle. Dans des cas même où elle existe, on ne peut pas dire que c'est de l'écriture puisqu'elle ne représente pas autre chose qu'un dessin copié. De plus, ils ne peuvent guère que copier et non écrire sous la dictée ou spontanément.

L'imbécile apprend assez vite à écrire, mais il ne forme jamais bien ses lettres. Il ne peut s'astreindre, comme l'idiot, à suivre un modèle. Il faut trop d'attention pour cela. Il perd vite le modèle de vue. Aussi, lorsqu'il a à reproduire une même ligne pour toute une page, on remarque combien la dernière ligne diffère de la première. Il y a une véritable gradation de dissemblance. Cela tient à ce qu'au lieu de se reporter

(i) Séguin, loc. cit.

ÉCRIT! M DlîS IMBÉCILES 173

à son modèle, il préfère recopier la ligne qu'il vient d'écrire lui-même. Aussi répète-t-il, en les grossissant, les imperfections de sa propre écriture. Cela pourrait expliquer comment il se fait que l'imbécile a plutôt tendance à gâter son écriture qu'à la perfectionner. 11 n'est pas rare en effet de constater, en comparant deux cahiers écrits par le même élève, a plusieurs années de distance, qu'au lieu de faire des progrès, il écrit de plus en plus mal à partir d'un certain moment. L'écriture est plus expédiée, mais elle est illisible (Pl. IV et V). Il en est pour L'écriture comme pour la lecture. Jamais un imbécile n'arrive à écrire régulièrement. L'écriture est tantôt droite, tantôt penchée clans le même mot ou dans la même ligne.

Ils lisent encore plus mal l'écriture que l'imprimé.

Nous ferons remarquer ce que nous avons déjà dit plus d'une fois des imbéciles comparés aux idiots. Ceux-ci arrivés à un certain degré ne peuvent aller plus loin et restent stationnâmes. Ceux-là, au contraire, ne restent pas stationnaires, mais perdent avec une rapidité désespérante les progrès qu'ils avaient pu faire. Lorsqu'on laisse un imbécile livré à lui-même après lui avoir donné une page à copier, on le voit souvent s'arrêter au milieu de sa copie et reproduire un certain nombre de fois une lettre ou une syllabe, faire en un mot un travail machinal, automatique, qui permet à son imagination de vagabonder (Pl. VI). Le centre moteur seul continue à fonctionner automatiquement.

L'imbécile change souvent d'écriture plusieurs fois dans la même page. Or, nous disions au début que plus un caractère est tranché, plus l'écriture a son autonomie spéciale. Celle mobilité dans l'écriture reflète absolument la mobilité du caractère, tandis que nous voyons au contraire l'écriture des idiots offrir beaucoup plus de constance dans son type. On en est quelquefois il se demander si l'écriture est du même élève. La régularité et la symétrie sont incompatibles avec l'imbécillité (Pl. VII).

Il y a cependant des exceptions. Un petit imbécile de Hicêlre, B..., a une écriture régulière. Son cahier est très bien tenu. Il trace une marge à droite, une à gauche, des] traits après chaque titre et sous-titre et termine ses pages par de petits

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PSYGHOLQfiJB DE L'HttOI ET DE L'IMBÉCILE

dessins linéaires tracés avec beaucoup de régularité au moyen de règles, ou de boutons pour les courbes (Pl. VIII i, Chez lui. c'est le contraire des autres, il a la manie de la régularité. Mais cette exagération même indique un cerveau mal équilibré. Il est exceptionnel de voir un imbécile être normal sous quelque rapport que ce soit. Toutefois un autre imbécile de BiYêire. ®r;., qui s'est amélioré au point de pouvoir sortir et travailler cbez un vannier, est arrivé à avoir une écriture assez régulière. L'an dernier il a obtenu son certificat d'études avec le maximum des points, sauf pour l'écriture. C'est un des rares.

Nous avons parlé du sentiment et de l'émotion esthétiques et nous avons constaté combien ils sont rudimentaires. Xous venons de voir d'autre part que pour certains idiots l'écriture n'est que du dessin. Aussi. avons-nous préféré, à cause des rapports qui relient ensemble ces deux choses mettant en jeu le centre graphique, placer ici nos observations sur le dessin. Elles sont du reste à rapprocher de celles sur l'écriture.

L'idiot met longtemps à dessiner, il s'en tient au modèle qu'il reproduit tant bien que mal, mais il n'ajoute rien, de même qu'il n'oublie aucun détail, si mal qu'il le vende du reste, bien entendu. Il n'a aucune notion de la perspective, ce qui lui est commun du reste avec presque tous les peuples orientaux. C'est d'ailleurs une notion très délicate à acquérir et que l'expérience ne suffit pas à donner. On se convainc facilement qu'il en est de même chez le tout jeune enfant qui cherche à prendre quelque chose en se fiant plus à son volume, à son éclat, qu'à sa situation relative. Pour juger de la perspective, il faut comparer et juger, deux qualités rudimentaires chez l'idiot. Il représente les ombres du modèle comme il peut, mais il cherche à les représenter. Le dessin enjoint (PI. IX) est celui d'un enfant qui s'est relativement -bien développé, mais qui semble avoir donné tout ce qu'il pouvait donner.

L'idiot n'imagine rien en fait de dessin. Certains cependant s'amusent à faire une figure plus ou moins informe à laquelle ils donnent un nom de personne, mais rien en dehors de cela. Le seul à qui on ait pu, à Bicêtre, faire représenter quelque chose sans modèle, est Gr..., cet idiot crélinoïde chez lequel

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