CONSCIENCE
Chez les idiots supérieurs, éducables, nous ne pouvons encore que bien peu apprécier l'état de leur conscience, car leur défaut de langage nous empêche de savoir s'ils se rendent bien compte eux-mêmes de ce qu'ils ressentent, de ce qu'ils veulent. — Nous trouvons encore chez eux une grande part d'automatisme, lequel exclut la conscience ou la rend très faible. Leur absence de notion du temps, leur défaut de mémoire montrent bien aussi que, pour eux, la vie se compose plutôt d'une série de moments successifs très peu reliés entre eux ou dont ils saisissent à peine le rapport, que d'un enchaînement de circonstances jalonnées de points de repère. Dans ces conditions, le sentiment de la personnalité, qui a pour condition sine qua non le sentiment de la continuité de sa propre existence, doit être forcément très rudimentaire.
Pour qu'un acte psychique soit conscient, qu'il se développe sous l'influence d'une excitation extérieure ou d'une excitation intérieure, il faut que cette excitation ait une certaine intensité et une certaine durée. Or, chez l'idiot, l'acte psychique, réflexe de l'excitation, est très lent à se produire, à cause de la faible intensité de l'excitation, ou, pour mieux dire, de la grande résistance du cerveau. D'où il résulte que la plus grande partie des actes psychiques est vraisemblablement inconsciente, à moins d'employer pendant bien longtemps une impression intense. Lorsqu'ils s'accompagnent de conscience, celle-ci doit être en tous cas bien faible.
Si les mutilations volontaires, ou l'insensibilité dont ils font preuve dans les affections organiques ou dans des opérations, permettent de se demander s'ils se rendent compte qu'ils sont distincts du monde extérieur, et si les sensations qu'ils éprouvent sont en dehors ou en dedans d'eux, il est encore un autre fait qui est une sorte de maladie de la personnalité : c'est la stupeur dans laquelle quelques-uns sont plongés, et cela non pas continuellement, par défaut absolu d'intelligence et d'idées, mais bien périodiquement. C'est ce que nous avons signalé en parlant d'idiots hibernants.
Ces deux choses du reste, conscience et personnalité, sont intimement liées et on ne saurait comprendre le sentiment du moi sans la conscience des actes qui s'y passent. Nulles chez Sojllier. — L'Idiot. 15
l'idiot absolu, elles existent, quoique faiblement, chez l'idiot étlucable, où elles vont en se développant avec le cerveau et l'intelligence en général.
A mesure que nous nous élevons dans l'échelle, nous commençons à apercevoir de plus en plus la conscience et la personnalité. C'est ainsi que la mémoire volontaire, l'attention volontaire, en se développant, impliquent la conscience des actes psychiques et l'idée d'un moi continu. Aussi chez les imbéciles trouvons-nous beaucoup moins d'automatisme dans les actes et une notion assez nette de la personnalité. Toutefois nous avons vu que chez eux, à cause de la iaiblesse des associations d'idées, le réflexe psychique est quelquefois si rapide que l'acte devient impulsif et inconscient à cause de sa rapidité même.
Ceci nous montre, étant donnée la fréquence des impulsions chez les imbéciles, combien souvent la conscience fait delà ut chez eux. Chez d'autres, on trouve une conscience très atténuée de leur vie psychique. Ils sont incapables de vous dire exactement quel sentiment les fait agir au moment où ils agis sent. Ils ne savent que répondre quand on leur demande à quoi ils pensent, et, de fait, souvent ils ne pensent à rien, ne fixent leur attention sur rien. Ils vont, viennent, restent immobiles à regarder dans le vide plutôt que de faire quoi que ce soit, ou travaillent machinalement sans avoir l'air de comprendre le but de ce qu'ils font.
Mais, pour avoir la notion de la personnalité, il n'est pas indispensable que tous les actes psychiques soient conscients, il suffit qu'ils le soient dans un certain nombre de cas, et puissent l'être, si le sujet y prête attention, et que l'excitation s. il suffisante. C'est ce qui arrive chez les imbéciles, où, si la conscience est souvent obnubilée, elle existe dans certains cas très nette, avec un sentiment parfait de leur personnalité. Ils en ont même quelquefois une très haute idée et quand ils délirent, ils offrent fréquemment des idées de grandeur, qui prouvent un sentiment de la personnalité anormal et en quelque sorte hypertrophié.
Maintenant que nous avons jeté un rapide coup d'œil sur