PERSONNALITÉ
['état tic la conscience et de la personnalité, encore que ce que nous en pouvons savoir soit bien peu de chose, nous sommes cependant plus à même d'aborder la question de la responsabilité, qui est intimement liée à la conscience des actes et à la notion de la personnalité.
Mais auparavant jetons un coup d'œil d'ensemble sur le caractère général des idiots et des imbéciles. Dans le cours de cette étude, nous nous sommes attaché à montrer la différence qui existait entre ces deux catégories de sujets, non seulement au point de vue psychologique, mais aussi au point de vue social. Nous avons cru pouvoir réhabiliter en quelque sorte l'idiot, et nous montrer plus sévère pour l'imbécile. Ce n'est pas une question de sentiment qui nous y a porté, mais bien l'étude des faits, et en consultant les personnes qui vivent continuellement au milieu des uns et des autres, il suffit de voir l'expression de leur physionomie lorsqu'on leur demande leur avis sur les deux catégories, pour être aussitôt fixé sur la réalité de la différence que nous avons établie.
L'idiot est, avant tout, un être incapable d'actions et d'idées. C'est un individu incomplèiemenl développé. L'imbécile est au contraire un individu anormalement, irrégulièrement développé, capable d'actions et d'idées qui forcément sont anormales pour la plupart, comme le cerveau qui les élabore. L'idiot peut présenter une certaine sensibilité affective, durable; l'imbécile est égoïste, souvent méchant, même pour ceux qui lui font du bien. L'idiot agit plus sous l'influence de la douceur, l'imbécile sous celle de la crainte ; l'un est timide, l'autre arrogant ; l'un est capable de travailler, l'autre est un paresseux endurci ; l'un est bon, l'autre est mauvais. Chez l'un le raisonnement est faible, chez l'autre il est faux. Chez le premier, la volonté est faible ; chez le second, elle est instable. L'idiot n'est guère suggestibïe, l'imbécile l'est beaucoup.
Il résulte de ce résumé comparatif des deux catégories, prises en général, bien entendu — car il y a de nombreuses exceptions — que les idiots sont beaucoup moins nuisibles que les imbéciles et que ces derniers sont tout aussi inutiles
que les premiers. Lci idiots sottt extra-sociaux, les imbéciles
antisociaux.
En partant de celle donnée, nous devons maintenant nous demander quelle responsabilité on doit leur accorder. A prendre les choses froidement et scientifiquement, il est bien évident que la responsabilité humaine n'est qu'un mot. L'organisme qu'on hérite de ses parents est déterminé par les lois de cette hérédité et par les conditions au milieu desquelles il se trouve placé ensuite. Il n'y a qu'une chose à considérer, c'est la disposition qu'on a à être influencé par l'éducation, ci comme celle-ci ne dépend pas non plus de l'individu lui-même, mais de son entourage, pour avoir un pouvoir d'arrêt sur certaines tendances, il faut que l'organisme cérébral en soit susceptible. La liberté humaine n'existe donc pas à proprement parler, et il ne saurait par conséquent être question de responsabilité. « Notre illusion du libre arbitre, dit Spinoza, n'est que l'ignorance des motifs qui nous font agir. » Si nous nous rattachons à cette théorie pour l'homme complètement développé, à plus forte raison en serons-nous partisan pour des sujets dont les cerveaux sont aussi faiblement constitués, aussi anormaux dans leur développement et dans leur fonctionnement que ceux des idiots et des imbéciles.
Si nous nous plaçons au point de vue de la responsabilité sociale, nous voyons qu'en somme elle consiste simplement dans l'aptitude plus ou moins grande qu'on a à être modifié dans ses actes ou dans ses sentiments par la crainte des peines ou l'attrait des jouissances . Mais de ce qu'on n'admet pas la responsabilité humaine au sens spiritualiste, il ne s'ensuit pas du tout qu'on nie la nécessité de la réprimande ou du cliàii ment et de la récompense. C'est la base de la morale qui se trouve déplacée, voilà tout. Au lieu de punir un individu parer qu'il a eu plus ou moins conscience du mal qu'il a commis, on le punit en proportion du dommage causé, de façon à associer chez lui l'idée de la grandeur de la peine à celle du mal commis. Au lieu de parler d'êtres responsables ou irresponsables, on ne parle que d'individus utiles, incapables ou nuisibles. Les utiles, on doit les encourager ; les impuissants,