‹ Psychologie de l'idiot et de l'imbécileChapitre 84 sur 90 · RESPONSABILITE · texte numérisé non relu

RESPONSABILITE

on doit les protéger; les nuisibles, on doit les éviter et les mettre hors d'état de nuire. Le rôle de la société doit être avant tout de se protéger elle-même et de ne pas dépenser ses forces au service d'êtres qui, non seulement ne peuvent l'aider, mais ne peuvent que l'entraver et lui causer des dommages. Voilà le point de vue pratique auquel on sera bien forcé un jour ou l'autre d'immoler le sentimentalisme exagéré dont on abuse tant depuis des années, alors que la dégénérescence sous toutes ses formes s'accuse de si terrible façon, absorbant pour son entretien une si grande somme de forces vives et qu'il devient plus avantageux d'être un incapable, un indiscipliné, un ivrogne que d'être un travailleur bien équilibre. Plus la tare est considérable en effet, plus on est assuré d'avoir un asile et du pain pour le restant de ses jours. L'ouvrier intelligent qui a travaillé toute sa vie pour élever sa famille n'est jamais sûr d'en avoir autant.

D'après ce que nous avons dit des idiots et des imbéciles, nous voyons que les premiers appartiennent à la catégorie des impuissants, des faibles que nous devons protéger, c'est-àdire prendre à notre charge, et que les seconds appartiennent, au moinsen grande partie, à celledes êtres nuisibles. En présence des idiots, on doit donc leur fournir lesmoyens de vivre, car ils sont incapables de se les procurer eux-mêmes. Ce sont, sous un certain rapport, de véritables malades qui doivent être assistés au même titre que tous les infirmes chroniques.

En ce qui concerne les imbéciles, êtres inutiles et dangereux, il faut les mettre hors d'état de nuire, cela va de soi. Mais, comme ils sont en général d'une constitution physique qui les rend très capables de travailler et par conséquent de compenser dans une certaine mesure les dépenses qu'ils obligent la société à faire pour se protéger contre eux, il ne faut pas hésiter à agir sur eux par tous les moyens capables d'enrayer leurs mauvaises tendances et de développer les quelques-unes utilisables qu'ils peuvent présenter. Ils ne sont donc pas susceptibles delà même éducation que les idiots. Chez ceux-ci, il faut développer ; chez ceux-là, il faut corriger.

Mais, à côté de la responsabilité morale, il y en a une autre

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a considérer, c'est la responsabilité civile. Elle n'existe malheureusement pas plus pour les aliénés que pour les idiots et les imbéciles. Si elle était admise, on éviterait sans doute biëfl des crimes contre les personnes ou les propriétés commis par tous ces individus, donl I absence de responsabilité Hlorâle est loin d'être une garatitië cl encore moins une compensation pour les dommages qti'iîs causent à la société.

Les familles seraient sans doute plus soucieuses de la sécurité publique si elles savaient qu'elles auront a réparer les dégâts causés par l'un des leurs, qui s'en rend l'auteur par suite du défaut de surveillance. Une fois le fait accompli, on sait que l'irresponsabilité étant proclamée, on sera débarrassé sans bourse délier du membre gênant, et cela par les soins de la société qui a ainsi double dommage, d'abord la perte que lui a causée le malade, et ensuite la charge de son entrelien d'autant plus prolongé, et par conséquent plus coûteux, que le méfait aura été plus considérable. Le fait est courant pour les aliénés dont on ne veut même pas admettre que, comme dédommagement, on cherche à tirer de leur travail une certaine somme nécessaire à leur entretien.

Pour les idiots, il est peu fréquent que ce soit à la suite de crimes ou de délits que l'on soit forcé de les interner. En général, les familles sont les premières à chercher à s'en débarrasser parce que ce sont des non-valeurs, et cela non pas seulement quand ils sont dangereux, mais simplement incommodes ou gênants. Pour les imbéciles, la situation est différente. Beaucoup sont placés dans des asiles à la suite d'incendie, de vols, de coups, ou de méfaits moins graves dont se plaignent les voisins. Un grand nombre d'autres sont internés parce que les familles, après avoir longtemps espéré en tirer quelque parti, et voyant qu'elles ne compensent pas leur peine par le profit qu'elles en tirent, trouvent beaucoup plus simple et plus avantageux de les mettre à la charge de leur département. Une fois à l'asile, on est obligé de justifier le travail qu'on leur demande en le présentant comme un moyen d'éducation et de traitement, car le public ne manquerait pas de se récrier si l'Assistance prétendait s'indemniser par ce travail de la charge qu'on lui donne, sous prétexte que ce sont des malades et

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qu'on n'a pas le droit d'eu exiger du travail. Nous rte craignons pus d'avancer que beaucoup de ces imbéciles seraient cependant beaucoup mieux placés dans des établissements orlbophréniques que dans des asiles. Mais ainsi le veut notre faux sentimentalisme.

Là ne s'arrête pas le mal de cette conception erronée sur l'assistance de ces dégénérés. Les idiots'une l'ois placés dans un asile n'en sortent guère plus, leur Camille, qui trouvait leur charge trop lourde quand ils étaient jeunes, ne se souciant guère de les reprendre finaud elle a augmenté avec l'âgé. Pour les imbéciles, au contraire, quand on pense qu'ils seront à peu près en état de rendre quelques services, on les reprend souvent. Mais, n'ayant plus de discipline, perdant très rapidement, dès qu'ils ne sont plus dirigés fermement, le peu qu'on a eu tant de mal à leur apprendre, ils ne tardent pas à s'aggraver de nouveau. S'ils font alors quelque mauvais coup, leur passage dans un asile est pour eux un certilicat d'irresponsabilité et d'impunité et on les réintègre dans un asile. Si on les laisse retomber dans leur imbécillité plus profondément, ou les replace également. Mais, dans l'un et l'autre cas, ils reviennent, n'étant même plus capables des travaux qu'ils savaient faire, rentrent dans des sections d'adultes mal organisées au point de vue du travail, et tout ce qui a été fait pour eux l'a été en pure perte. Voilà le dilemme eu présence duquel on se trouve journellement avec cette catégorie d'individus. Qu'il nous suffise de signaler le mal. Il ne. nous appartient pas pour le moment d'étudier les moyens qui permettraient de le combattre au moins en partie. La faille vient de tout le monde, de l'administration, de la loi, des magistrats et, il faut le dire, aussi des médecins. Les moins coupables sont les familles qui seraient bien sottes de ne pas profiter des avantages qu'on leur ofl're si bénévolement, et qui trouvent l'État de plus eu plus disposé à dépenser de l'argent pour toutes les non-valeurs de la société, au détriment, conséquence forcée, des malheureux qui luttent jusqu'au bout et qui n'ont qu'un tort, celui de ne pas être assez dégénérés pour mériter la compassion de notre société qui semble, par sa sollicitude, sentir qu'elle doit ce dédommagement à la dégénérescence vers laquelle elle

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se laisse entraîner sans lui opposer la moindre résistance.

Nous ne voulons que signaler en passant la question de la capacité civile des idiots et des imbéciles. Pour les premiers leur état physique et intellectuel est trop évident pour qu'il y ait hésitation à savoir s'ils peuvent intervenir eux-mêmes dans la gestion de leurs intérêts, jouir de leurs droits civils et politiques, être appelés comme témoins ou comme jure- en justice. Il en est de même pour les imbéciles d'un degré inférieur. Mais, pour ceux qui sont d'un niveau suffisant pour pouvoir vivre dans la société, il n'en est pas de même, et tanl qu'ils ne sont pas interdits ou pourvus d'un conseil judiciaire, ils jouissent évidemment de tous leurs droits. Il ne rentre pas dans notre cadre d'examiner ici les conséquences qui peuvent en découler. Qu'il nous suffise d'attirer l'attention sur ce point particulier.

En terminant, nous devons dire quelques mots de l'évolution psychologique de nos sujets, Nousjes avons étudiés en effet à la période d'état, pour ainsi dire, au summum de leurs facultés. C'est ainsi que nous avons considéré les idiots incurables, les idiots curables, et les imbéciles, une fois l'éducation terminée, si l'on peut ainsi parler, car, à vrai dire, elle se continue toute la vie. Toutelois, chez les uns comme chez les autres, il arrive un moment, d'autant plus rapproché que l'intelligence est plus faible, où l'éducation n'a plus de prise, où le progrès n'est plus possible, où tout ce qu'on peut espérer, c'est de maintenir les résultats acquis. Cette époque culminante de développement est très variable aussi suivant les différentes fonctions psychiques. L'arrêt peut se produire sur un point et non sur d'autres. Sous ce rapport, on observe la même marche que dans le développement. Les sens se développent le plus longtemps, puis les sentiments, et enfin l'intelligence. Chez les imbéciles, l'ordre est le même, mais la durée de l'évolution est plus longue, les distances entre les époques d'arrêt plus courtes. Chez les idiots, par exemple, on peut voiries progrès intellectuels s'arrêtera six ou sept ans, et ceux des sentiments et des sens aller jusqu'à dix-huit ou vingt ans. Chez les imbéciles, les sens, les sentiments, l'intelligence s'arrêtent presque en même

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