Lettre publiée par Hœckel, dans VHistoire de la création
jour OÙ il vit s'ouvrir devant lui de larges perspectives, des idées nouvelles et fécondes, m'écrit : « Je me souviens de cette matinée, comme si c'était hier ».
Il se produit ainsi très souvent, à Torigine des œuvres d'art ou de science une très vive et très nette émotion qui indique au moins à quel point la personnalité est pénétrée de l'impression qui va donner naissance à un développement psychologique important. George Eliot, racontant que le premier germe d'Adam Bede fut une anecdote, ajoute : « L'histoire racontée par ma tante avec beaucoup d'émotion m'affecta profondément, et je n oublierai jamais l'impression de cette après-midi et de notre conversation » *. Je souligne l'expression si semblable à celles qu'ont employées Darwin et M. Tarde, en faisant remarquer toutefois que l'émotion en ce cas n'a pas été, sans doute, purement intellectuelle. Edmond de Goncourt parlant, dans son journal, de la formation de la Faustin^ note, au début, des faits qui paraissent d'ordre émotif^. MM. Binet et Passy étudiant le mode de travail d'Alphonse Daudet, en résument ainsi les principaux traits : une masse énorme de notes recueillies sans but au jour le jour représente les matériaux avec lesquels l'œuvre d'art se construira; le moment de la construction, il n'appartient à personne, semble-t-il, de le fixer. C'est un moment de crise, de fièvre, dont l'intensité contraste avec le travail calme et naturel qui l'a précédé. La fièvre de composition a pour point de départ, chez
des êtres organisés diaprés les lois naturelles, trad. française de M. Letourneau.