‹ Psychologie de l'inventionChapitre 13 sur 54 · Journal des Goncourt · texte numérisé non relu

Journal des Goncourt

M. Daudet, un état émotionnel intense. « Sous Tinfluence évoealrice de cette émotion, les faits se grou-^ peut et se coordonnent * ».

L'émotion qui précède ainsi la naissance de l'œuvre en accompagne aussi, en bien des cas, le développement, qui d'ailleurs ne peut s'en nettement distinguer. MM. Binet et Passy ont noté que chez Dumas fils, le travail de composition littéraire s'accompagnait « d'un grand sentiment de jouissance : pendant qu'il écrit, il est de meilleure humeur, il mange, boit et dort davantage ; c'est en quelque sorte un bien-être physique, résultat de l'exercice d'une fonction naturelle ' ». Et le plaisir se manifeste toutes les fois que la fonction, sans être devenue automatique, s'accomplit assez aisément, et tant que l'auteur n'est pas trop exigeant. Sinon les choses changent complètement. « Je fais d'excellents impromptus à loisir, disait Rousseau, mais sans le temps je n'ai jamais rien fait ni dit qui vaille... Cette lenteur de penser, jointe à cette vivacité de sentir, je ne l'ai pas seulement dans la conversation, je l'ai même seul et quand je travaille. Mes idées s'arrangent dans ma tête avec la plus incroyable difficulté : elles y circulent sourdement, elles y fermentent jusqu'à m'émouvoir, m'échauffer, me donner des palpitations; et, au milieu de toute cette émotion, je ne vois rien nettement, je ne saurais écrire un seul mot, il faut que j'attende. Insensiblement ce grand mouvement s'apaise, ce chaos se débrouille, chaque chose vient se mettre à sa place, mais lentement et après une longue et confuse agitation. De là vient l'extrême difficulté que je trouve à écrire. Mes manuscrits,

1. Binet et Passy, Études de psychologie sur les auteurs dramatiques {Année psychologique, p. I, 96).

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