Id., ibid,, p
raturés, barbouillés, mêlés, indéchiffrables, attestent la peine qu^ils m'ont coûtée... De là vient encore que je réussis mieux aux ouvrages qui demandent du travail qu'à ceux qui veulent être faits avec une certaine légèreté, comme les lettres, genre dont je n'ai jamais pu prendre le ton, et dont l'occupation me met au supplice. Je n'écris point de lettre sur les moindres sujets qui ne me coûte des heures de fatigue* ... ». La correspondance de Flaubert, où perce parfois quelque satisfaction, est toute coupée de lamentations sur les souffrances de la création, et « les affres du style ». « Je suis en rage sans savoir de quoi. C'est mon roman peut-être qui en est cause. Ça ne va pas, ça ne marche pas; je suis plus lassé que si je roulais des montagnes. J'ai dans des moments envie de pleurer. Il faut une volonté surhumaine et je ne suis qu'un homme ^ ». « La tête me tourne d'embêtement, de découragement et de fatigue I J'ai passé quatre heures sans pouvoir faire une phrase. Je n'ai pas aujourd'hui écrit une ligne, ou plutôt j'en ai bien griffonné cent! Quel atroce travail, quel ennui! Oh! Fart! l'art! Qu'est-ce donc que cette chimère enragée qui nous mord le cœur, et pourquoi? Cela est fou de se donner tant de mal! Ahl la Bovary^ il m'en souviendra! J'éprouve maintenant comme si j'avais des lames de canif dans les ongles, et j'ai envie de grincer des dents; est-ce bête ^I ». Voilà pour le premier roman de Flaubert, et voici pour son dernier : « Bouvard et Pécuchet m'emplissent à un tel point que je me sens devenu eux! Leur bêtise est mienne et j'en crève... Il faut être maudit pour avoir l'idée de pareils bouquins * ».