La Révolution^ t. II, préface, p. i
timent, et une fois Tœuvre entreprise de chercher à se placer dans les meilleures conditions possibles pour lui donner le caractère qui lui convient.
Il n'est pas rare de voir une passion non satisfaite s'épanouir en inventions intellectuelles plus ou moins originales. Et, à vrai dire, ce cas ne diffère du précédent que sur un point. Dans les faits que nous venons d'examiner la satisfaction que donne au sentiment l'invention intellectuelle est la satisfaction réelle qui convient à ce sentiment, ou bien elle tend à préparer cette satisfaction. Un livre, par exemple, pensé, puis écrit en faveur d'une réforme sociale, tend à préparer cette réforme, à la rendre possible et réelle, à remédier réellement aux maux qui en ont déterminé la création. Au contraire, dans les faits que je vais mentionner à présent, les idées que crée l'intelligence ne serviront qu'à donner au sentiment une satisfaction tout à fait idéale et imaginaire, acceptée comme telle. Elle ne prépare pas la satisfaction réelle, elle la remplace, elle se substitue à elle. Pour tromper une ardeur naissante, encore mal connue de lui, Rousseau se tire d'affaire en homme sensible, mais en littérateur. « Mon imagination, dit-il, prit un parti qui me sauva de moimême et calma ma naissante sensualité; ce fut de se nourrir des situations qui m'avaient intéressé dans mes lectures, de les rappeler, de les varier, de les combiner, de me les approprier tellement que je devinsse un des personnages que j'imaginais, que je me visse toujours dans les positions les plus agréables selon mon goût, enfin que l'état fictif où je venais de me mettre me fit oublier mon état réel, dont j'étais si mécontent * ». Dans une situation ana-