‹ Psychologie de l'inventionChapitre 18 sur 54 · Rousseau, Confessions, I" partie, liv. I · texte numérisé non relu

Rousseau, Confessions, I" partie, liv. I

logue, Chateaubriand agit de môme, mais invente davantage : « L'ardeur de mon imagination, dit-il, ma timidité, la solitude tirent qu'au lieu de me jeter au dehors, je me repliai sur moi-même; faute d'objet réel, j'évoquai, par la puissance de mes vagues désirs, un fantôme qui ne me quitta plus... je me composai donc une femme de toutes les femmes que j'avais vues... Cette charmeuse me suivait partout, invisible; je m'entretenais avec elle comme avec un être réel; elle variait au gré de ma folie... Pygmalion fut moins amoureux de sa statue : mon embarras était de plaire à la mienne. Ne me reconnaissant rien de ce qu'il fallait pour être aimé, je me prodiguais ce qui me manquait... héros de roman ou d'histoire, que d'aventures fictives j'entassais sur des fictions M »

Nous touchons ici à l'essence même et à la racine de l'art, qui est la substitution d'une réalité idéale, mieux systématisée, au moins à certains égards, à la réalité vraie. Le cortège d'images que nous voyons se former autour des désirs et des tendances est destiné à leur donner une satisfaction, imaginaire sans doute, mais qui n'est pas sans quelque réalité. Imaginer qu'on est aimé, qu'on est puissant, c'est se donner réellement, dans une mesure très variable, les joies de l'amour et de la puissance. Le désir forme ici un système incomplet, puisqu'il n'est pas satisfait (et même lorsqu'il est satisfait, quoique à un degré moindre, puisqu'il Test toujours incomplètement). L'image évoquée, la création intellectuelle vient rendre le système moins imparfait, en lui apportant, dans une certaine mesure, les éléments qui lui manquent, comme une idée suggérée par l'expérience, comme une hypothèse venant compléter

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