‹ Psychologie de l'inventionChapitre 20 sur 54 · Citée dans V Intelligence · texte numérisé non relu

Citée dans V Intelligence

Bovary; je suis à leur promenade à cheval, en plein, au milieu; on sue et on a la gorge serrée. Voilà une des rares journées de ma vie que j'aie passée dans l'illusion complètement et depuis un bout jusqu'à l'autre. Tantôt, à six heures, au moment où j'écrivais le mot attaque de nerfs, j'étais si emporté, je gueulais si fort et sentais si profondément ce que ma petite femme éprouvait, que j'ai eu peur moi-même d'en avoir une, je me suis levé de ma table et j'ai ouvert la fenêtre pour me calmer; la tête me tournait; j'ai à présent de grandes douleurs dans les genoux, dans le dos et à la tête, une sorte de lassitude pleine d'énervements, et puisque je suis dans Vamour^ il est bien juste que je ne m'endorme pas sans t'envoyer leur caresse, un baiser et toutes les pensées qui me restent... C'est une délicieuse chose que d'écrire, que de ne plus être soi, mais de circuler dans toute la création dont on parle. Aujourd'hui, par exemple, homme et femme tout ensemble, amant et maîtresse à la fois, je me suis promené à cheval dans une forêt par une après-midi d'automne sous des feuilles jaunes, et j'étais les chevaux, les feuilles, le vent, les paroles qu'on se disait et le soleil rouge qui faisait s'entre-fermer leurs paupières noyées d'amour. Est-ce orgueil ou pitié, est-ce le débordement niais d'une satisfaction de soi-même exagérée? ou bien un vague et noble sentiment de religion? Mais quand je rumine, après les avoir senties, ces jouissanceslà, je serais tenté de faire une prière de remercîment au bon Dieu si je savais qu'il pût m'entendre *. »

Si nous nous servons d'ouvrages connus et si nous parlons surtout de littérateurs ou de savants célèbres, ce n'est que pour la commodité de l'exposition

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