Journat des Goncourt, I
devint in-octavo, enfin l'in-octavo se doubla \ » Je sais, pour mon compte, qu'il m'est arrivé au moment de me mettre à rédiger une étude, de ne pas bien savoir si mon sujet est complètement mûr. J'en vois bien le sens général, j'ai l'idée principale et quelques-unes des idées secondaires qui s'en dégagent, mais je ne sais pas toujours le parti que j'en pourrai tirer et souvent les idées accessoires se dégagent au courant du travail, se vérifient et se ramifient au fur et à mesure de la marche de l'étude, ou bien sont abandonnées. Parfois j'essaye à plusieurs reprises, sans succès, de me mettre au travail, l'œuvre ne se fait pas, les idées ne se développent pas, le germe reste stérile, puis un jour, sans que je sache bien pourquoi, sans que je Taie prévu, le travail est prêt, ou plutôt je suis prêt à le faire, peu à peu, et souvent assez vite, tout s'ordonne, les différentes parties de l'étude se classent, et l'ensemble peut dépasser beaucoup, par ses dimensions, ce que j'avais prévu. Ce petit livreci est né par une sorte de bourgeonnement. En étudiant les types intellectuels je pensai assez naturellement aux différences qui séparent les hommes au point de vue de l'aptitude à inventer. J'ébauchai une esquisse des types en m'occupant aussi, comme j'y étais amené presque forcément, de ce que c'était que l'invention. Puis cette partie du travail se sépara de l'autre, forma un être distinct et devint le sujet de deux articles de la Revue philosophique que j'ai refondus et développés pour en faire ce volume.
En somme nous ne pouvons toujours prévoir ce que deviendra un germe, parce que cela ne dépend pas seulement de ce qu'il est, de sa nature propre.