‹ Psychologie de l'inventionChapitre 34 sur 54 · Journal des Goncourt, I · texte numérisé non relu

Journal des Goncourt, I

mais, pour une part énorme, des circonstances qu'il rencontrera. Son développement varie selon ses rencontres avec le milieu intérieur plus ou moins directement influencé par le milieu extérieur, et ces rencontres, quoique déterminées, ne sont pas toujours ordonnées. La première idée qui va servir de point de départ au développement n'a souvent rien ou à peu près rien de spéciflque; les autres idées qui viendront se joindre à elles par le même procédé qui Ta formée elle-même, détermineront peu à peu sa nature, sa fécondité, son importance. La synthèse ainsi formée un peu au hasard des rencontres grandit par d'autres accidents semblables. Le système vivant profite de ce qu'il rencontre, mais peut se laisser engager en bien des directions diff'érentes et même opposées. Il y a une bonne part de vrai dans la théorie de M. Paul Souriau sur le hasard comme principe de l'invention *, j'aurai d'ailleurs à y revenir un peu plus longuement. Par cette plasticité, par cette possibilité de bifurcation, le développement de l'invention se différencie essentiellement, malgré les analogies que nous avons reconnues ou que nous aurons à reconnaître encore, de la vie organisée et fixée, comme aussi de l'instinct. Le développement de l'invention, par raisonnement ou par inspiration, est surtout visible, il est à peine besoin de le dire, chez des auteurs, chez ceux qui ont fait un certain nombre d'œuvres, de quelque nature qu'elles soient, artistiques, industrielles, etc. Mais il n'existe pas seulement chez eux. Chez tous les hommes on peut remarquer révolution spontanée ou raisonnée de certaines croyances, de certaines idées que prépare une impression fortuite, un enseignement, ou toute autre influence et que les circonstances

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