‹ Psychologie de l'inventionChapitre 39 sur 54 · CHAPITRE HI · texte numérisé non relu

CHAPITRE HI

Le développement de Tinvention par déviation.

La déviation est un composé de l'évolution et de la transformation. C'est une sorte de transformatioiï avortée. Si la transformation ébauchée s'arrête, si les éléments discordants qui se développent dans une œuvre, au lieu d'exclure les premiers ou d'être rejetés par eux, de façon à ce que l'orientation du système soit changée mais à ce qu'il prenne une unité nouvelle, continuent à leur rester juxtaposés, englobés avec eux dans un tout mal systématisé, c'est une déviation qui s'est produite. L'œuvre a évolué, s'est développée, mais il s'est aussi développé en elle des parties parasites, discordantes, qui ont évolué et ont pu continuer à vivre. Les deux orientations divergentes de l'ensemble du système, au lieu de se remplacer, comme dans la transformation, continuent à subsister ensemble sans s'harmoniser, mais leur importance est parfois très inégale.

Il n'est guère d'invention, surtout d'invention un peu considérable, qui, en se développant, ne subisse quelques déviations. Elles sont dues le plus souvent

au développement excessif de certains éléments qui viennent prendre dans l'ensemble une place exagérée, au point que parfois l'œuvre ressemble un peu à un monstre double. Le jeu des éléments psychiques, pour peu qu'il reste indépendant, entraîne tout naturellement des déviations plus ou moins grandes, comme il tend, par le même mécanisme, à provoquer des transformations, et nous avons vu que l'invention suppose presque fatalement une assez grande indépendance des éléments. Il faut donc prévoir que la déviatiop sera presque de règle dans le développement de l'invention. Mais on peut s'attendre à ce que chez un esprit normal elle reste souvent légère ; trop grave et trop forte, elle a plus de chances d'entraîner une transformation, plus faible on la supporte mieux. Cependant ceci n'est nullement une règle absolue et le sort de la déviation dépend de conditions assez complexes. De très grands génies en présentent de fort remarquables.

Les déviations varient beaucoup quant à la gravité. Les « longueurs » dans les œuvres littéraires en sont une forme fréquente et les plus hauts esprits y sont parfois les plus exposés. Hugo en fourmille. Les chapitres sur Paris à vol d'oiseau et sur la Cathédrale dans Notre-Dame de Paris sont évidemment en dehors de l'action (si bien qu'ils ne figuraient pas dans les premières éditions) et d'une longueur disproportionnée. Ils tendent à transformer l'œuvre, à substituer une étude d'archéologie à un roman. La transformation ne s'accomplit pas, mais la déviation reste. Dans les Misérables^ dans les Travailleurs de la mer^ les longueurs abondent bien davantage et on les a souvent relevées. Un critique * a fait remarquer que Ton pou-

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