CHAPITRE I L'invention et la vie
Nous avons eu souvent à rapprocher et à i guer la vie et la création intellectuelle. I revenir sur cette question pour l'examiner ei même et de plus près. On a beaucoup compar et la vie. M. Séailles * a fortement insisté î création de Toeuvre par la spontanéité vivai Tesprit, par Tharmonie qu'imposent et que loppent ridée maîtresse et le sentiment directi a très bien vu comment on peut rattacher et l'i tion toutes les formes de la vie consciente, qu'il y a de « génie » jusque dans les cellu notre organisme. « La pensée continue la vie, elle tend k assimiler, à organiser tout ce qui pi en elle; on peut la définir aussi justement q vie du corps « une création »... Loin d'êt miracle qui rompe brusquement la continuii
1. G. Séailles, Essai sur le génie dans Vart, Introd p. viii et X (Paris, F. Alcan).
choses, le génie est peut-être le fait le plus général de la vie intérieure. » Guy au rapproche aussi Fart et la vie. « Tandis que Tart, dit-il, s'eflForce de donner toujours Tamplitude la plus grande à toute sensation comme à tout sentiment qui vient ébranler notre être, la vie même semble travailler dans le même sens et se proposer une fin analogue ^ » Plus récemment, M. Ribot signalait dans son cours les analogies de Vimagination de Tinventeur aveè l'instinct qu'il regarde ainsi qu' « une forme équivalente de la faculté créatrice ». Celle-ci apparaîtrait « comme le troisième moment d'un processus d'abord purement physiologique (développement embryonnaire), puis psycho-physiologique (instinct) et enfin psychologique (imagination créatrice)... Le développement embryonnaire, en eff'et, est une véritable création d'ordre biologique. » Et , développant sa comparaison, M. Ribot ajoute : « A la phase supérieure, proprement psychologique, le point de départ est l'idée maîtresse, 1 idéal de l'artiste, du savant, du mécanicien ; le mécanisme du développement est le même que celui de l'ovule ou de l'instinct. Que l'idée mère apparaisse d'un bloc ou qu'elle résulte d'un travail latent, toujours l'élément primitif est quelque chose d'analogue à l'ovule et à l'instinct^. » Il y a une grande part de vérité dans ces opinionis et le lecteur peut d'ailleurs voir par ce qui précède jusqu'à quel point je les accepte, et jusqu'à quel point aussi je les rejette. J'ai cru devoir compliquer
1. Guyau, Les problèmes de Vesthétique conlemporaine, p. 84 (Paris, F. Alcan).
2. Ribot, Leçons sur Vimagination créatrice^ professées au Collège de France. Ces leçons ont été rédigées par M. Belugou, que je prie, ainsi que M. Ribot, qui voulut bien les lui demander pour moi, d'accepter ici mes remerciements.