‹ Psychologie de la croyanceChapitre 10 sur 25 · DU TEMPS DE CROYANCE · texte numérisé non relu

DU TEMPS DE CROYANCE

tenté d'envisager la croyance simplement comme une opération intellectuelle supérieure et se borner à lui accorder un temps de perception un peu allongé. Cependant l'observation psychologique montrera qu'il ne s'agit pas d'une simple augmentation mais d'un accroissement dans d'énormes proportions, dû à ce que d'autres facteurs interviennent : c'est iei le troisième degré de complication, le temps de croyance ou de synthèse totale, (On pourrait le rapprocher du « temps de volonté M de Wundt, dire de lui aussi qu'il implique « UQ temps physiologique » et un « temps psycholo- « gique »).

Le temps de croyance suppose tout d'abord le temps de réaction, car la perception est la condition sine quâ non de la croyance : ce qu'il s'agit de croire il faut déjà l'avoir compris, les mois doivent avoir été entendus, leur sens saisi. Mais ce n'est là qu'une halte : la croyance n'est pas concomitante de l'intelligence des termes ouïs. Comprendre une proposition et y croire, c'est deux choses bien distinctes : que faut-il donc pour passer de l'une à l'autre? Il faut l'intervention de notre volonté, il faut notre adhésion; l'entendement ne fait que proposer telle vérité à notre croyance, suit alors notre œuvre propre, qui consiste à la faire nôtre, à l'accepter ou à la repousser. Dans le cas seulement où nous l'aurons adoptée, cette vérité sera crue.

Nous ne sommes pas, en effet, de purs esprits, — si cela était, d'ailleurs, nous n'aurions pas lieu de croire (1) et lorsqu'on fait, en Dieu, l'entendement se confondre avec la volonté, on supprime pour lui tout sens au

(1) C'est un point sur lequel nous aurons occasion de revenir en traitant de la Pathologie de U Croyance (2® partie, ch. VI).

88 PREMIÈRE PARTIE. — CHiU?ITRE VI.

mot croyance. — Dieu n'a plus lieu de croire et la croyance est l'œuvre de rhomme tout entier. Elle implique, comme telle, la collaboration de ce qu*Âristote appelait nos trois âmes et n'est constituée en nous que quand elle a gagné à elle ces trois âmes, ce qui exige nécessairement un certain temps.

Disons le tout de suite, ce temps sera d'autant plus abrégé que l'idée rencontrera en nous plus de tendances préexistantes.

Toute connaissance reste pour nous lettre morte jusqu'à ce que nous l'ayons assimilée, lui ayons donné la vie. Le sens d'une proposition est vite entendu; soit par exemple cette maxime : « Les bonnes actions portent toujours leurs fruits », nous comprenons sans peine ce que cela signifie ; mais dirons-nous aussitôt que nous « croyons » à cette vérité? Les mots entrent dans notre esprit à l'état de germes inanimés; il faut qu'ils pénètrent plus profondément en nous, il faut qu'une sorte de gestation se fasse, il faut un temps d'incubation pendant lequel nous réRéchissons, développons le contenu de l'idée déposée en nous; nous la laissons ainsi mûrir, c'est-à-dire contracter des liens avec ce qui préexiste déjà en nous, s'amalgamer avec nos habitudes, s'associer à certaines de nos idées, entrer en conflit avec d'autres.

C'est seulement à la suite de ce travail, au sens mécanique du mot, que l'idée a acquis de la vie et que nous la croyons.

Est-il besoin de prouver par un exemple que la croyance n'est pas un phénomène immédiat et que le « temps de croyance » l'emporte sur le temps de réaction? Je rappellerai ces cas où, apprenant une nouvelle très inattendue, nous répétons longtemps : « Je ne peux

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