‹ Psychologie de la croyanceChapitre 9 sur 25 · DD TKMPS DE CROYANCE · texte numérisé non relu

DD TKMPS DE CROYANCE

Une des conséquences de la nature complexe de Tacte de croyance, c'est qu'il exige, parmi ses conditions de production, un certain espace de temps. C'est là un fait qui, bien constaté et bien interprété, devrait suffire pour nous permettre de rejeter toute théorie intellectualiste. Car, sans doute, les phénomènes intellectuels exigent quelque temps pour se produire et il y a bien des années que Wundt (1) et d'autres ont étudié, mesuré même le temps de réaction nécessaire à la plus simple perception; — mais nous verrons qu'il n'y a pas de comparaison à établir entre la quasi-instantanéité de cette « durée de Taperception » et le temps, souvent très long, qu'exige pour se réaliser, la croyance.

Nous savons qu'il y a déjà un temps physiologique et une vitesse calculable de l'agent nerveux. Déjà la sensation exige un temps de transmission infinitésimal, mais pourtant calculé, et nous savons même qu'à ce point de vue il n'y a pas égalité entre les sensations (celles de l'ouïe, par exemple, l'emportent en rapidité sur celles de la vue). La sensation brute implique donc le premier degré, la forme élémentaire de ce que j'ap-

(1) Gruntz. der Physio, Psychol., XVII.

pellerai le temps opératoire. Cependant, il n'y a pas encore là de phénomène à proprement parler intellectuel et la perception ne suit la sensation, ni forcément, ni instantanément. C'est ce que met en lumière le cas où il s'agit, non plus de sensations élémentaires, mais de celle, plus complexe, de douleur. On a souvent montré, en ces dernières années, qu'il y a un temps de réaction à la douleur, temps souvent appréciable (1). Le cas le plus frappant, c'est celui de ces enfants qui tombent, se blessent et ne crient pas tout de suite. Une petite fille, venant à apercevoir son doigt brûlé, remarque : « Tiens, je ne savais pas m'être fait si mal 1 » La vue lui avait révélé ce qu'elle devait ne sentir que quelques secondes plus tard. On a pu prouver que dans une opération chirurgicale nous percevons la douleur un peu après le contact de l'instrument et si l'action du chloroforme ne se prolongeait pas au delà de l'instant mathématique où a lieu le coup de bistouri, nous ne serions pas garantis contre la douleur et nous la percevrions quelques secondes après l'opération qui Ta produite. Comme l'a dit M. Ribot, « la douleur vient graduellement et résulte d'une sommation ».

Les choses déjà se compliquent : c'est le second degré de ce que j'ai appelé le « temps opératoire » — temps de sommation ou de perception centrale.

Quant aux opérations intellectuelles proprement dites, rappelons que les plus simples exigent un certain temps (nous renvoyons aux expériences de Kries, Auerbach, etc.). Après avoir constaté que l'acte de discernement exige un certain temps, on pourrait être

(1) Richet, Thèse sur la sensibilité; Ribot, Psvchol. des sentiments^ p. 36.

Page 1