‹ Psychologie de la croyanceChapitre 17 sur 25 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

OROYANOR HT INTELLIOBNCB.

Du primat de la croyance sur la connaissance.

Toute théorie de l'intelligence pure, indépendante des autres formes d'activité mentale, semble abandonnée de nos jours. Suivant une loi qui vaut pour Tesprit, comme pour la science, la psychologie tend à une systématisation croissante et se rapproche de l'unité comme de sa limite.

La division de l'âme en « facultés » distinctes, susceptibles de fonctionner isolément n'est plus possible — bien qu'elle subsiste, dissimulée, au fond de certains problèmes qu'elle rend insolubles en faussant leur énoncé. L'esprit humain se révèle un Tout et c'est comme tel qu'on est obligé de l'étudier aujourd'hui.

Aussi ne fait-on plus guère de la croyance un fait de logique pure et n'essaie*tron plus de la rattacher au seul entondement. Le problème qui se pose est autrement vaste en tant qu'on découvre dans la croyance un fait complexe qui nous présente sous une de ses formes, le problème infini de la volonté.

Un double chemin a conduit à ces conclusions : la croyance est d'abord apparue débordant de toutes parts la connaissance. Nous l'avons vue, en effet, enracinée en nous bien plus avant que celle-ci, jusque dans ce

CBOTANCE ET INTJÏÏ,IiIGKNCB, i27

fond obscur de nous-mêmes qui ne se révèle pas à notre conscience. Nous avons montré que la suspension absolue du jugement nous condamnerait logiquement à une inaction absolue et que, par cela seul que nous vivons, une somme de croyance est présupposée en nous antérieurement aux opérations intellectuelles qui pourraient la justifier.

Trop souvent, en outre, la raison s'est vue réduite au silence par des croyances qu'elle réprouvait mais qui se montraient plus fortes qu'elle, imposées à elle par. le sentiment ou la volonté ; tandis qu'en bien des cas, c'était le contraire et « des motifs d'ordre moral empêchaient l'assentiment à des conclusions logiquement inattaquables ». Les vérités les plus irréfutables (il a bien fallu le reconnaître), « n'appellent donc pas nécessairement Tassentiment (1) ».

En même temps un revirement se faisait dans une autre direction et aboutissait à des conclusions qui semblaient venir au devant des précédentes.

Sous l'impulsion de Kant, on demandait des comptes à la certitude logique et on découvrait ses conditions extra-logiques (2) : si bien qu'ils se dissimulassent, au fond de toutes les sciences les postulats étaient dévoilés.

Si donc, d'une part, on concluait à l'alogisme de la croyance, de l'autre on reconnaissait qu'elle pénétrait jusqu'en la logique, que jamais une affirmation n'était pleinement justifiée par le seul entendement mais que l'intellect s'appuyait partout sur des croyances implicites»

Prétendons-nous, en effet, justifier toutes nos croyances? En dehors de celles que j'ai appelées « croyances

(1) Newman, Essayona Chrammar ofAssent.

(2) Kuno Fischer, Gesoh. der mod. Phil,, t. IV, p. 119.

d'action » et qui, dictées par une sorte d'impératif vital, ne sauraient se légitimer rationnellement, nous avons coutume d'invoquer, pour rendre raison des autres, des motifs. Mais un motif n'est, comme on Ta dit, « que ]e « retentissement et la synthèse de mille activités sourdes. « C'est le député d'une foule de tendances élémentaires « qui l'appuient et le poussent ».

Le moment où nous formulons notre croyance a toujours été précédé d'un travail automatique, d'une gestation accomplie dans notre subconscience; notre raison raisonnante n'en a rien su et c'est sa seule excuse à revendiquer l'enfantement d'une croyance qui, au fond, lui a forcé la main et lui a arraché a posteriori un simple acte de reconnaissance. « Notre intelligence n'a que la tâche ingrate d'inventer des motifs pour justifier les actes de notre personnalité inconsciente ; c'est comme dans ce jeu, où une personne fait les gestes et où une autre dit les paroles correspondantes (4). »

Il a donc bien fallu le reconnaître : nous puisons nos motifs de croire ailleurs que dans notre raison.

Pourtant, n'est-il pas de connaissances certaines? ne réclamerons-nous pas pour l'entendement le pouvoir de nous conduire à des vérités d'une certitude absolue? Cela est juste en ce sens que ces vérités s'imposent à notre esprit, mais leur nécessité n'est pas métaphysique, elle ne résulte pas d'une loi valable en dehors de nous : à leur nécessité nous collaborons. Ces vérités s'imposent à notre esprit parce que tout d'abord quelque chose, situé en nous plus profondément que l'esprit, a imposé à celui-ci des postulats.

(1) Max Nordau, Dégénérescence.

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