‹ Psychologie de la croyanceChapitre 19 sur 25 · CROYANCE ET INTELLIGENCE · texte numérisé non relu

CROYANCE ET INTELLIGENCE

sèment sera toujours une croyance et qui restera égale à elle-même à travers ses mues successives, croyance que toute raison postule comme son support, comme la condition même de son activité ultérieure. Peut-on dire que la croyance soit aujourd'hui moins intense dans le principe spencerien de la conservation de la force, qu'elle ne Tétait au moyen-âge en la possession du diable? « Quand, dit « M. Durkheiro, par suite du progrès, la religion n'est plus i possible sous une forme, elle en prend une autre : aujour- l d'hui celle du culte de l'individu; nous avons pour la di- '[ gnité de la personne un culte aussi fort que les précédents puisqu'il a déjà ses superstitions (Le suicide). »

Ne pourrions-nous même prétendre sans paradoxe que la croyance ira croissant avec le développement intellec» tue! ? N'est-elle pas en rapport, en effet, avec l'attention laquelle, nulle chez l'enfant, va croissant chez l'adulte? et si la comparaison est juste entre l'histoire de l'humanité et celle de l'individu, ne peut-on espérer que la capacité d'attention aille croissant dans les siècles à venir?

Le progrès des sociétés, comme celui des individus, ne va-t-il pas dans le sens d'une cohésion de plus en plus grande, condition d'une croyance de plus en plus forte et plus personnelle ?

Non seulement l'intelligence ne saurait nuire à la croyance, mais ne peut-elle recevoir de celle-ci une précieuse assistance? Le domaine de la croyance commençant où finit celui de la science, la première pourra fournir à la seconde des hypothèses, prendre sur elle les devants ou la compléter.

L'esprit, en effet, est limité mais la volonté où s'alimente la croyance était déjà tenue par Descartes pour infinie. « Elle pourra donc prolonger au delà de l'expérience et du monde présent les lignes de la connaissance actuelle

et pourvu qu'elle ne détruise aucune des vérités démontrées, la logique la plus sévère n'aura rien à lui reprocher (1). »

En effet, la critique de la connaissance nous conduit à une double conclusion : eo nous montrant l'impuissance de la certitude à se justifier rationnellement, elle nous fait voir aussi la légitimité d'une croyance qui dépasse la raison sans y contredire. Car, selon Taxiome de Wolf : est possible, c'est-à-dire peut être pensé et cru tout ce qui ne renferme pas de contradiction intérieure.

Concluons donc avec confiance que l'intelligence loin d'être destructrice de la croyance, n'est pour celle-ci qu'un instrument de progrès : elle en est le pionnier, c'est elle qui en assure l'évolution continue et la renouvelant, fait participer la croyance à l'histoire de l'humanité. Elle n'est une entrave que pour les organisations mentales faibles qui, mises par elle en oscillation, ne peuvent se fixer sur une conclusion. Mais avant cette oscillation aurait-il pu être question de croyance? avaat le mouvement il n'y a pas encore vie et avant le travail de la pensée réfléchie, soupesant les motifs et jugeant, il n'y a que l'instinct ou la crédulité, il y a ce dont l'animal est capable : il n'y a pas encore la croyance humaine.

Comment, d'ailleurs, l'intelligence serait-elle l'antagoniste de la croyance ? pour pouvoir la détruire l'a-t-elle donc engendrée ? Nous l'avons vue, au contraire, pénétrée d'une croyance confuse : va-t-elle donc anéantir une force qui était impliquée pour qu'elle pût naître?

Car l'exercice de l'entendement, (si loin qu'on pousse la réduction de la matière de la connaissance et jusqu'en

(1) Brochard, De Verreur^ p. 168.

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la logique formelle), nous est apparu pénétré d'éiémeats extra-intellectuels, requérant des postulats posés voloQtairement par notre croyance.

Nos aflirmations acquièrent du prix à ce titre qu'elles sont nôtres, que nous y collaborons et nous pouvc clarer avec Fichte que « le germe d'où s'est dévelopi u telligence, c'est la volonté, non l'entendement

(1) Fichte, Bestimmung dra Menscken.

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