CHAPITRE PREMIER
Nous nous sommes proposés de suivre la croyance dans ses progrès et d'observer la hiérarchie de ses étapes. Nous la prenons donc d'abord là où elle est le plus grossière, où elle semble s'imposer; à cet égard la sensation est sa source la plus proche, c'est là que la croyance est le plus forte. Plus on la fera, ensuite, retomber de haut, plus elle s'affaiblira.
L'afGrmation la plus immédiate est celle qui suit la sensation : voilà un axiome sur lequel personne ne dispute. Plus ou moins masquée, la sensation est la condition sine qua non de la croyance et il nous est impossible de croire à ce dont nous ne pouvons, immé-
diatement ou médiatement, avoir une perception sensible. Prenons, par exemple, un aveugle-né : jamais il ne croira à Texistence des couleurs, quelque description que nous tentions de lui en donner. Un individu atteint de daltonisme pourra essayer de se représenter le rouge dont il ne peut avoir la sensation : ses efforts ne lui donneront jamais la croyance qu'il existe une couleur rouge. A cet égard, nous sommes un peu tous comme saint Thomas : il faut que nous voyions et touchions pour croire. En vain nous voudrions être de ceux que le Christ envie, de ces heureux qui croient sans avoir vu — la suite de ces recherches nous montrera que, où la sensation semble absente elle n'est que dissimulée ou suppléée, mais que toute croyance a son terminus a quo et son terminus ad quem dans la sensation.
La croyance, au moins chez l'homme normal, y semble liée fatalement. Le sens commun cherche en elle son critère de certitude, montrer est pour lui démontrer et il a prouvé sans réplique quand il a dit : « Aussi sûrement que je vois ou que je touche cet objet. »
La force avec laquelle s'impose à nous la croyance en nos sensations apparaît dans notre ténacité à persévérer dans des illusions sensorielles que pourtant nous savons telles. Les illusions d'optique sont surtout probantes à cet égard (les phénomènes, par exemple, appelés par Helmholtz « contrastes simultanés »). Bien que l'expérience et le jugement nous aient appris notre erreur, ne sommes-nous pas toujours tentés de croire qu'un bâton vu dans l'eau est cassé? ou que le train en arrêt dans lequel nous nous trouvons est en mouvement, tandis que c'est celui qui nous croise qui se
meut? De même, n'en revenons-nous pas toujours a parler des couleurs, des odeurs, comme si elles existaient objectivement? Si ces croyances, bien qu'erronées et reconnues être telles, nous attirent toujours plus fortement que les hypothèses moléculaires ou vibratoires, c'est par suite de leur facilité à rendre compte de la sensation.
Source immédiate de la croyance, la sensation pour la susciter doit remplir quelques conditions générales. Elle devra être d'abord suffisamment intense ; car s'il n'y a pas lieu d'établir de proportion, cependant une sensation trop faible seraitinsuffisante à amener la croyance et pour que surgisse celle-ci, celle-là ne saurait descendre audessous d'un certain seuil. L'affaiblissement de nos sensations entraîne graduellement le doute.
[1 faudra, en outre, que la sensation présente une netteté suffisante, car si elle est imprécise, un état de con- ^ science imprécis s'ensuivra, incapable d'amener la croyance. Enfin la sensation subira la loi de Vhabittide qui en multipliera l'effet et nos croyances seront d'autaol plus enracinées en nous, qu'elles seront la conséquence de sensations souvent reproduites. On croît fortement aux choses que l'on voit à toute heure.
Ce sera encore une loi de notre croyance sensorielle qu'elle soit d'autant plus forte qu'il y aura plus de cohésion entre ses divers éléments. Il se produit, dans la perception sensible, une sorte de sommation en vertu de laquelle, plus un objet nous fournit de sensations susceptibles de s'associer et de s'évoquer l'une l'autre, plus est forte notre croyance en l'existence de cet objet (1).
(1) « La croyance est produite par Taction réciproque des re- B. 2
â6 PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE l.
Supposons, par exemple, que nous entendions un son, nous croirons en notre sensation, mais moins cependant que si en même temps nous apercevionsrobjet, letambour, cause de l'impression auditive, c'est-à-dire que celle-ci s'ajoute à ri mpression visuelle.
Et, de fait, aucun objet ne nous fournit une sensation unique, mais toujours un système plus*ou moins complexe de sensations ou d'images associées : celles du toucher avec celles de la vue, le plus souvent. Aussi quand Tune devient douteuse ou s'efface, les autres nous sont-elles un moyen de contrôle. « Nos sens, a dit Locke, se rendent témoignage Tun à l'autre de la vérité de leurs rapports touchant l'existence des choses sensibles. »
Maintenant cette croyance inhérente à la sensation est-elle la même quelle que soit la nature de celle-ci? ou bien certain groupe de sensations Temporte-t-il sur les autres en amenant une croyance plus sûre ou plus profonde? Il ne semble pas y avoir égalité et les sens de l'odorat et du goût semblent inférieurs, sur ce point encore; celui de l'ouïe est moins important que ceux de la vue et du toucher.
Mais ici un débat s'élève : certains tenant pour la suprématie des sensations visuelles, d'autres pour celle des sensations tactiles.
Il est à remarquer que dès la plus haute antiquité la priorité de ces deux sens rivaux est posée. « La vue et l'ouïe ont-elles quelque sorte de certitude? » demande Platon, « car si ces deux sens ne sont ni sûrs ni véritables, les autres le seront encore beaucoup moins, étant
présentations, par lesquelles elles se soutiennent et se confirment les UQes les autres. » HerbarU
beaucoup plus faibles (Phédoo) ». Mais Platon tranche le débat au profit de la vue : « As-tu remarqué, deraandet-il (1), combien l'ouvrier de nos sens a fait plus de dépense pour l'organe de la vue que pour les autres sens? »
C'est l'opinion qui prévaudra dans l'antiquité: seul Démocrite et peut-être les Stoïciens — et ce sera la conséquence d'un mécanisme qui réduit l'être aux atomes résistants — demanderont la certitude au toucher.
De nos jours, James Sully fait de l'œil l'organe de perception par exellence (2), de même pour Spencer (3) « les nombreux états de conscience dus à la vision seraient plus tranchés que les autres dans leurs limitations mutuelles ». Ils seraient une source supérieure de croyance en ce que dans les sensations visuelles prédominent les éléments rationnels.
« Ces sensations ont, plus que toutes les autres, Tap- (c titude à se combiner, à former des groupes, elles ont « en outre l'avantage d'être absolument liées dans « l'Espace et très liées dans le Temps. » Pour Spencer la vue vient donc en premier lieu, puis le toucher, puis l'ouïe.
Cependant tel n'est pas l'avis d'autres auteurs qui regardent le toucher comme de beaucoup supérieur à la vue pour imprimer en nous la croyance. C'est l'opinion à l'appui de laquelle M. Jaurès donne d'intéressants arguments (4). D'abord, dit-il, le toucher ne nous donne ni images, ni reflets, lesquels étant si sou-
(1) Répub., livre VI.
(2) Illusions des sens et de Vesprit.
(3) Psychologie, liv. I.
(4} De la réalité du monde sensible, thèse.
vent des sources d'erreur, ébranlent noire croyance en nos sensations visuelles. En outre, tandis que les impressions de tact sont toujours confirmées par les impressions visuelles, celles-ci ne le sont pas toujours par celles-là. »
Ce maximum de confiance inhérent à nos sensations de tact pourrait encore s'expliquer par ceci que le toucher serait le germe d'oii sortent tous nos autres sens. C'était déjà l'idée de Démocriteet d'Aristote. On la trouve formulée chez Bain qui appelle le tact « le sens générique » (1) et chez Spencer. La vue ne serait ainsi qu'un cas particulier de toucher. C'est ce que dit expressément M. Poirson : « Dans foules les manifes- « tations de la sensibilité le toucher est en jeu, tantôt « comme instrument passif, tantôt comme organe d'un « agent libre et doué de volonté. Si l'homme ne tou- « che pas les astres, les astres viennent le toucher « puisqu'il les voit (2). »'
Faut-il enfin expliquer la supériorité du tact par ceci, que la surface sensorielle la plus étendue est la tactile et qu'il n'existe pas pour le tact d'irritation spéciale, ce qui fait de lui un sens général?
Cette supériorilé tiendrait, pour d'autres, à la liaison des sensations tactiles à celles de résistance (Payot, De la croyance).
Mais de ce maximum de certitude inhérent aux sensations de tact, nous croyons que la meilleure explication est celle de Wundt, à savoir que la perception tactile est celle qui réclame le moindre exercice de la
(1) Les sens et Vintelligence.
(2) Le Dynamisme absolu.
faculté interprétative. Les impressions tactiles, en elTel, sont celles dans lesquelles toutes les autres ont dû être traduites avant qu'on pût connaître leur signification (1). Les autres sens ne seraient, selon le mot de Berkeley, que des « anticipations du toucher».
W. James ajoute à ces motifs cette considération que « les qualités tangibles sont les plus stables, qu'elles restent toujours pour nous égales à ellesmêmes tandis que les autres varient énormément suivant notre position par rapport aux objets (2). « En outre, ajoute-t-il, les propriétés tactiles sont les plus intimement liées à notre plaisir et à notre peine : une épée ne nous blesse que lorsqu'elle touche notre peau, un poison ne nous nuit que mis en contact avec notre bouche. C'est en tant que tangibles que les choses nous concernent le plus immédiatement. »
Enfin un dernier trait sur lequel on n'a pas encore assez insisté, c'est le rapport particulièrement étroit des sensations de tact avec nos mouvements. Dans l'exercice de nos autres sens, nous sommes plus ou moins passifs et leur supériorité est faite de la part croissante qu'y prend notre activité : c'est ainsi que, dans la vision, les mouvements oculaires jouent déjà un rôle important mais, dans le toucher, par l'exercice volontaire de nos membres, notre activité est à son maximum et elle nous apporte, infiniment nombreuses et variées, ces sensations musculaires dont le rôle est capital dans la for-
(1) spencer, Psychologie, « Le sens mécanique du tact est le plus simple. Le processus se rapproche du processus extérieur de rirritation, nous sentons cette irritation plus directement qu*ayec les sens « chimiques » (I, 353).
(2) Prinoiples of Psychology^ t. II, p. 306.
30 PREUlËBe PARTIE. — CBAPITRe I.
malioa de aolre croyance, li esl donc yrai qu'aux sensalioDs tactiles iocombe un caractère spécial TorçaDt notre certitude et nous pouvoas adopter la formule d'ua vieil auteur du XTi* siècle : « Taetut est sensttum omnium eertittimuM. »
Ces seQsations tactiles, disions-nous, sont élroitemeut liées aux sensations musculaires. Plus, en effet, que tous les autres, le seos kynesthésique mérite de aous arrêter et l'importance que nous lui voyous prendre semble légitimer ce titre de » sixième sens » qu'on propose parfois pour lui.
Avons-nous jamais des seosatioas musculaires distincLes et celles-ci jouent-elles quelque rôle dans notre vie consciente? — C'est ce que nous montreot suffisamment les analyses modernes du « SentimeQl de l'eFforl». 11 est, en effet, établi aujourd'hui (surtout depuis le remanquable travail de W. James) (1) que ce sentiment de l'effort, auquel jusqu'ici on attribuait une direction centrifuge, est de nature centripète — que noua n'avons pas conscience de notre volonté d'exéculer un acl«, mais seulement des mouvemeuts déjà accompiis en vue de réaliser cet acte {soit sensations musculaires, articulaires, etc.).
On établit cette codcIusÎoq par une double méthode coDsistant : t° à démontrer que lorsqu'il y a volonté d'accomplir un acte et lors même que le mouvement ne s'accomplit pas, d'autres mouvements ont lieu : (oculaipea, respiratoires, etc.).
2° Inversement, la thèse se vérifie par ce fait que lorsqu'il y aimpossibilité absolue d'exécuter le mouve-
(1) B Tha feelioR of effopi 1. essaj; Piyehologg, U H, ch.XSVI.
ment projeté et qu'on empêche tout autre mouvement suppléant de se produire (cas de paralysie presque complète, cas réalisés par certaines conditions expérimentales), il ne peut jamais y avoir croyance en une volonté d'agir.
Ces conclusions, on le devine, sont de la plus grande importance; elles renversent les théories jusqu'alors dominantes : celles du sens de Teffort de Biran, de l'innervation motrice de Wundt. Or, ces théories étaient grosses de conséquences, car c'est sur le sentiment de Teffort qu'on faisait reposer le principe même de notre personnalité, de notre volonté : c'était le fondement de notre moi.
Un rôle aussi essentiel serait-il donc dévolu aux simples sensations musculaires? llsemhle qu'il en soit ainsi. Nous verrons, en effet*, que notre croyance en nous-mêmes repose surtout sur nos sensations internes (sensations générales, sensations organiques, « GemeingefUhl ») parmi lesquelles les musculaires tiennent la plus grande place. Ce sont nos incessantes et si non>breuses sensations kynesthésiques, articulaires, viscérales, qui constituent notre notion du moi, en même temps qu^elles implantent au plus profond de notre conscience la croyance en la réalité de notre personne. « La sensation musculaire, « comme le dit M. Ribot, est un élément constitutif de presque tous nos états de conscience » ; si Ton admet enfin que « le sens du mouvement est le plus universel des éléments psychiques » (1), on comprendra son importance comme facteur de notre croyance. Rudimentaire aujourd'hui, chez rtiom me, la sensation musculaire, selon
(1) Beaunis, Les sensations internes^ p. 121.
les évolutionnisles, aurait eu le rôle principal dans la vie animale, avant le développement de la vue et du toucher. Cette prépondérance nous apparaît, d'ailleurs, dans quelques cas exceptionnels, véritables expériences que réalise pour nous la Nature, tel par exemple que celui de la célèbre Laura Bridgmann. Chez elle, la vue et Touïe manquant, les sensations musculaires (jointes, il est vrai, aux tactiles) suffirent au développement intellectuel : la jeune fille, en apprenant à interpréter ses sensations kynesthésiques, fut capable de connaître et de croire. Il ne faudrait pourtant pas aller trop loin et affirmer, comme le fait M. Payot, que « Toute certitude objective provient de nos données musculaires » et que : « La sensation n'a d'existence que par Tefifort musculaire ». (De l'éducation de la volonté).
Nous sommes susceptibles de sensations qui sont évidemment indépendantes de Tefforl musculaire (sensations de contact, par exemple, ou dolorifères, ou thermiques).
Il n'en reste pas moins vrai que l'activité musculaire est la condition et la mesure de notre croyance sensorielle; nos permanentes sensations kynesthésiques provoquent de notre part des actes de foi non formulés, mais qui constituent la base de notre croyance en nous-mêmes et en Texistence du monde extérieur. A ces sensations internes, sourdes, si je peux ainsi parler, nous ne croyons qu'avec notre âme organique et nous ne les remarquons pas à Tétat normal, mais leur importance se révèle à ceci que lorsqu'elles sont troublées (affaiblies ou altérées), tout notre fonctionnement mental en subit le contre-coup. Ces sensations, en effet, contribuent pour une large part à la constitution de notre cœnesthésie et les
troubles de celle-ci, altérant le sentiment de notre moi, sont Torigine de l'hypocondrie et des délires les plus variés.
Si une certaine supériorité nous a paru inhérente aux sensations tactiles et musculaires en tant que liées, de notre part, à une plus grande activité, cette loi trouve une conGrmation dans les restrictions qu'il convient d'apporter à la toute-puissance de la sensation au point de vue de la croyance. La sensation brute, en effet, ne suffirait pas à amener la croyance. Nous ne nous en rendons pas compte parce que Moi et Non-Moi sont encore si indissolublement mêlés dans la sensation, qu'il est impossible d'y faire à chacun une part distincte. Mais l'organe des sens ne nous livre que des matériaux et tant que notre activité psychique n'intervient pas pour transformer ces éléments en perceptions, nous ne croyons pas encore. Il y a dans la sensation, autre chose que ce qu'elle nous apporte : il y a la réception que nous lui faisons, ce que certains auteurs ont appelé « l'attitude du Moi » (Binet, Lewes).
La perception sensible n'est jamais tout à fait immédiate, elle présuppose déjà de l'intelligence, un minimum de pensée et de volonté.
La sensation pure n'amènerait qu'un réflexe : la lumière introduite dans notre œil, par exemple, produirait une contraction de la pupille, mais on ne pourrait dire que nous croyons à l'existence des objets vus, car nous nous conduirions en animaux aveugles, nous buttant à tous les obstacles.
Dès la sensation, la collaboration de notre Moi, quoiqu'à son degré minimum, est donc impliquée et la croyance sensorielle requiert déjà, à côté de
l'apport du Non-Moi, quelque activité de notre Moi (1).
Nous en avons une preuve dans ces cas d'illusions d'optique où, plusieurs appréciations de ce que nous voyons étant possibles, nous pouvons admettre une interprétation de préférence à d'autres et, à volonté, accepter ou refuser telle conclusion qui senablait inaposée parla sensation visuelle (2).
Cette part d'activité qui, dès la sensation, revient à l'âme avait été signalée par Aristote (De anima), remarquée par Plotin qui, bien avant Pascal, déclare que « pour voir il faut vouloir voir ».
Nous comprendrons, d'ailleurs, toute l'importance de ce facteur psychique, de cette activité personnelle, en observant les cas où elle fait défaut et nous réduit au simple apport extérieur. Nous nous expliquerons ces formes étranges du doute où le malade, qui se trouve, en apparence, dans des conditions normales, qui reçoit des objets les mêmes sensations que les autres hommes, ne peut pourtant croire à leur existence, se demande s'il y a bien vraiment un arbre devant lui ou s'il est bien là, lui-même, en train de parler.
Si rien n'est changé dans le mécanisme extérieur de
(1) C'est ce qui a échappé à Kant et c'est en ce sens que, depuis lui, la psychologie a progressé. Kant tenait la sensation pour un apport, une matière donnée à l'égard de laquelle nous étions passifs, n'apportant pour la recevoir qu'une forme a priori. Nous tendons, au contraire, à supprimer comme factice la distinction entre la matière et la forme de la connaissance et à considérer qu'à la racine de l'expérience externe, la matière (le donné) et la forme (exercice actif de l'entendement) ne se séparent pas. Voir sur ce point la critique que fait Schopenhauer de la philosophie de Kant, sa propre théorie de Tintuition sensible, qu'il tient pour une chose réellement intellectuelle, impliquant le principe de causalité.
(2) Bernstein, Les sens^ chap. IX.
la sensation, il faut bien que le changement provienne du mécanisme intérieur, de la réception psychique que lui fait le Moi.
Insuffisaote par elle-même pour constituer la croyance, la sensation n*en reste pas moins Tindispensable fondement que nous retrouverons, plus ou moins recouvert, à tous les stades du phénomène psychologique.
Quelque idée abstraite qui soit proposée à notre esprit nous n'y croirons que quand elle tendra à se rapprocher du caractère et de l'intensité de la crovance sensorielle. Nous verrons notre croyance en nous-mêmes et en Texistence du monde extérieur reposer en dernière analyse sur elle et à mesure que nous nous élèverons dans la hiérarchie des idées abstraites, nous les verrons, comme Antée reprenant des forces sur terre, revenir demander un soutien et une matière à la sensation.
Quand, au faîte de notre ascension, nous aboutirons à la croyance religieuse, nous la verrons définie encore par ces mots : « Dieu sensible au cœur » — et nos idées, quand elles ne se ramèneront pas à Texpérience sensible, auront tout juste « la valeur d'une lettre de change tirée sur un habitant de la lune ».