‹ Psychologie de la croyanceChapitre 4 sur 25 · CROYANCE ET IMAGE · texte numérisé non relu

CROYANCE ET IMAGE

nerie » l'image insuffisamment réprimée (par manque des « réducteurs » dont nous parlerons plus loin), prend des proportions démesurées. Ceux qui nous décrivent un chat de la grandeur d'un tigre ne nous mentent peis ; ils ont bien dans Tesprit, au moment où ils nous parlent, une image correspondante à celle qu'ils évoquent et cette image surgissant dans leur conscience, intense et nette, force leur est de la croire réelle. N'oublions jamais qu'il y a tous les degrés entre le mensonge délibéré et la fraude inconsciente.

Ces « gascons » pourront nous faire partager leurs convictions : les mots qu'ils auront prononcés évoqueront en nous des images qui, si elles sont assez complexes et assez vives, entraîneront notre croyance. C'est le principe sur lequel repose le langage, parlé ou écrit, le langage évocateur d'images que d'ordinaire nous ne développons pas, mais dont chaque terme peut toujours être ramené à sa source, justifier de son rôle en tant que symbole de la sensation ou substitut de l'image.

La portée de ce pouvoir évocateur du langage, au point de vue de la croyance, nous apparaît dans un grand fait : la suggestion. Sur quoi repose, en effet, celle-ci ? Sur la possibilité, certaines conditions psychologiques étant remplies, de susciter au moyen de mots des images assez intenses, assez nombreuses et assez liées entr'elles pour que la croyance s'ensuive.

Cette fatalité avec laquelle il semble que l'image s'impose soulève un nouveau problème que j'appellerai celui de la Non-Croyance. Comment, en effet, puisque notre conscience est un perpétuel kaléidoscope d'images, ne croyons-nous pas sans cesse et ne sommes-nous pas des hypnotisés continus? et puisque les plus folles

images peuvent apparaître ainsi, comment ne sommesnous pas des fous continus?

C'est là que se place le grand fait de la réduction des images, si magistralement exposé par Taine (1).

Toute image assez intense s'impose, en effet, à notre croyance mais à condition que rien ne vienne lui faire obstacle, c'est-à-dire tant qu'elle est seule; alors elle règne en maîtresse absolue et il reste vrai (à supposer qu'on puisse faire le vide dans la conscience à l'aide d'une sorte de machine pneumatique), que toute image introduite seule sera crue. Mais dans la réalité il n'en va presque jamais ainsi; presque jamais une image n'est seule et la multiplicité des images est à la fois nécessaire à la constitution comme à Vavortement de la croyance. A sa constitution : car une seule image n'impose que sa tyrannie despotique, sans contrôle et c'est à mesure que la multiplicité des images s'organise, qu'elles se renforcent mutuellement, s'associant par agrégats; c'est alors seulement qu'on peut parler de croyance.

A son avorlement : car cette multiplicité est aussi ce qui enraie les suggestions que sans cela nous subirions; les images conscientes luttent entre elles, se contredisent et l'une sert à rectifier l'autre. Supposons par exemple, que surgisse dans notre conscience l'image d'un livre familier, démesurément agrandie : en même temps, nous avons dans l'esprit l'image de sa couleur étendue, l'image

{i)De Vintelligence, I, liv. II. Encore ne faudrait -il pas voir dans cette réduction un mécanisme tout physique^ mais plutôt un phénomène chimique^ la prédominance d'une image lui étant assurée moins par sa quantité que par sa qualité^ c'est-à-dire ses relations, ses affinités avec les systèmes d'images ou tendances préexistantes (Voir chap. III et IV}.

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