La Volonté, 1903, pp. 47, 120, 127, etc
quelques principes généraux ; c'est un système plus ou moins bien coordonné de tendances, c'est-àdire de phénomènes psychiques de toute sorte. Dans un esprit bien équilibré, dont la personnalité est fortement constituée, c'est-à-dire chez lequel les tendances sont suffisamment solidaires les unes des autres et assez étroitement reliées selon une loi d'association systématique, une tendance ne peut entrer en activité sans que les autres tendances ne s'éveillent faiblement, mais assez pour pouvoir entrer complètement en activité si le besoin s'en fait sentir, c'est-à-dire encore selon la loi d'association systématique- Le pouvoir "personnel se réduit donc à un mode particulier de la finalité de l'esprit, celui où ioiiles les tendances de Vorganisme ou au moins les principales sont en connexion assez étroite pour que l'activité de l'une éveille faiblement d'abord, et surtout éveille complètement, s'il le faut, l'activité des autres... » En somme les philosophes qui ont adopté la méthode psycho-physiologique sont unanimes à insister surtout sur deux groupes d'éléments, que l'analyse seule, évidemment, peut séparer, d'une part sur les éléments représentatifs, en particulier les images, les idées et les jugements, d'autre part sur ce que nous pourrions appeler les « puissances affectives », et qu'on nomme tantôt « tendances » , tantôt « penchants » , tantôt « inclinations » , et sur les « émotions » ou « sentiments » qui accompagnent leur jeu. Le mot « tendance » nous
paraît être d'un usage assez commode : il semble qu'on puisse, sans en abuser, l'appliquer à toutes nos dispositions actives et durables, qu'elles soient innées chez nous ou acquises au cours de notre existence individuelle, qu'elles soient susceptibles de revêtir un aspect psychologique ou qu'elles demeurent purement physiologiques, enfin quel que soit leur degré de complexité. Les uns, comme Maudsley ^, comme M. PaulhanetM. Ribot, placent ces derniers éléments au premier plan : « Ce sont, dit par exemple M. Ribot, les sentiments seuls qui mènent l'homme- ». D'autres, comme W. James ou comxiie M. Pierre Janet^ projettent surtout la lumière sur les premiers. D'autres enfin, comme M. Hoffding, semblent éviter de donner plus d'importance aux uns qu'aux autres : c'est ainsi que Lewes définit la volonté « la réaction motrice des sentiments et des idées ^ ». Mais tous reconnaissent en réalité, aussi bien M. Ribot ou M. Paulhan que Guyau ou Fouillée, que ces deux catégories de facteurs jouent le principal rôle dans l'activité volontaire. M. Ribot ne dit-il pas, par exemple : « L'atrophie des facultés intellectuelles et affectives rend impossible l'apparition de l'activité volontaire '^ » ?